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Georges Soros ... un visionnaire ?
MessagePosté le: Mardi 07 Octobre 2008, 14:08 Répondre en citant
meka
Idéomane
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Pourquoi Bush conduit l’Amérique à la faillite


Semaine du jeudi 11 mars 2004 - n°2053 - Réflexions

Les débats de l’Obs



Le milliardaire et philanthrope américain fait campagne contre le président républicain et publie un pamphlet incendiaire, «Pour l’Amérique, contre Bush». Entretien exclusif
Le Nouvel Observateur. - Pour vous, le 11 septembre aurait surtout donné à Bush le feu vert à son projet d’hégémonie américaine?

George Soros. - La politique étrangère de Bush est fondée sur cinq principes. 1) Les relations internationales sont des relations régies par la force et non par le droit. 2) La force prévaut et le droit légitimise ce qui prévaut. 3) Les Etats-Unis, seule superpuissance de l’après-guerre froide, ont dès lors le droit d’imposer leurs vues, leurs intérêts, leurs valeurs. 4) Le monde ne peut que gagner à adopter les valeurs américaines car le modèle américain a démontré sa supériorité. 5) L’administration Clinton et de Bush père n’ont pas su utiliser toute la force de l’Amérique. Les Etats-Unis doivent trouver un moyen d’affirmer leur suprématie dans le monde.
Ce radicalisme est une sorte de «darwinisme social» qui postule deux types de souveraineté. Celle de l’Amérique est sans limites. Elle prime sur les traités et les organisations internationales. Celle des autres pays est subordonnée à la bonne volonté américaine. Comme dans «la Ferme des animaux» d’Orwell, tous les animaux sont égaux mais certains animaux sont plus égaux que d’autres. Par ailleurs, il est faux de prétendre qu’il n’existe qu’un modèle de développement. Celui qui a permis à l’Amérique de réussir ne peut être utilisé par les autres: il est fondé sur la position dominante de notre pays au centre du système capitaliste mondial. Or nous ne sommes pas prêts à céder cette place.

N. O. - Bush mérite-t-il un jugement aussi sévère?

G. Soros. - J’accuse les néoconservateurs qui constituent le groupe dominant du gouvernement Bush d’être des extrémistes. La machine bushienne cherche à retourner l’accusation. Elle me caricature en extrémiste sous prétexte que j’aurais traité Bush de nazi en comparant sa politique à celle que j’ai connue personnellement sous le régime totalitaire des nazis et des communistes. C’est évidemment faux. Pour avoir précisément vécu les deux expériences, je sais parfaitement faire la différence entre une société ouverte et un régime totalitaire. Cela étant, lorsque j’entends le président des Etats-Unis traiter de terroristes ceux qui ne le soutiennent pas, je ne peux m’empêcher de penser à l’Allemagne nazie et au Parti communiste soviétique. Si je suis dur avec Bush, c’est que je considère que la «société ouverte» telle que Karl Popper l’a définie - une société fondée sur le postulat que les individus ont des conceptions et des intérêts divergents et que nul ne détient la vérité - est en danger quand son gouvernement traite de mauvais patriotes ceux qui s’opposent à sa politique. J’exhorte donc les gens à prendre ce qui se passe très au sérieux et à réagir.

N. O. - Vous parlez des victimes devenues bourreaux, comme les Américains envahissant l’Irak après le 11 septembre ou ces juifs d’Israël réprimant le terrorisme palestinien.

G. Soros. - C’est la partie la plus audacieuse du livre. Elle touche un nerf sensible, notamment dans la communauté juive. On m’a traité de «self hating jew», on m’a reproché de pratiquer en tant que juif l’autodétestation. Je ne me déteste pas. Je n’éprouve aucune haine pour ma communauté. Mais ce n’est pas parce que je suis juif que je dois défendre tout ce que fait Israël. Pour reprendre la distinction de Bergson dans «les Deux Sources de la morale et de la religion», si j’agissais ainsi, j’adopterais une attitude tribale, alors que je milite pour une société ouverte aux principes universels. Je déteste l’intolérance quelle qu’en soit son origine. La victime qui se transforme en bourreau est un syndrome classique. On l’observe chez les chefs d’Etat répressifs - pensez à Robert Mugabe - qui dénoncent les exactions colonialistes mais se livrent à une répression sanglante. L’opinion américaine répugne à le reconnaître, mais de victime l’Amérique est devenue bourreau quand, après le crime odieux du 11 septembre, sa guerre contre le terrorisme a tué en Afghanistan et en Irak plus de civils innocents que dans les attentats du World Trade. De la même manière, quand Israël s’est mis à riposter aux attentats palestiniens par des représailles disproportionnées, l’escalade de la violence a transformé les victimes en bourreaux.

N. O. - L’idéologie hégémonique que vous dénoncez dans l’Amérique de Bush est dans la nature de toute puissance dominante: la France des Bourbons au xviie siècle, l’Angleterre victorienne ou l’Allemagne de Bismarck au xixe...

G. Soros. - C’est vrai, mais la réussite d’un empire se mesure à l’obéissance librement consentie de ses ressortissants. Aux Indes, une certaine élite qui aspirait au statut de «gentleman» avait parfaitement intégré les valeurs et la conception britannique de la loi. Ce qu’il y a de stupide dans l’idéologie suprémaciste de Bush, c’est qu’elle considère qu’on peut soumettre les gens par la peur, particulièrement au Moyen-Orient. L’expérience irakienne prouve le contraire. L’Amérique est devenue une hyperpuissance en se contentant, le plus souvent, de montrer sa force pour se faire respecter.

N. O. - N’exagérez-vous pas le pouvoir des néoconservateurs?

G. Soros. - Robert Kagan, le plus brillant de cette bande, est un marxiste qui s’ignore: il croit encore que l’infrastructure - la puissance économique américaine - détermine la superstructure, l’idéologie qui doit animer sa politique étrangère. Il y a trois ans, il écrivait un article tonitruant (dans «Foreign Affairs») pour expliquer que les Américains et les Européens ne partageaient plus la même vision du monde. Sa thèse: alors que les Européens, influencés par Vénus, se détournaient de la puissance au bénéfice d’un monde de lois et de coopération, les Américains, détenteurs de la puissance et influencés par Mars, considéraient les institutions internationales comme des entraves et préféraient l’emploi unilatéral de la force. Or aujourd’hui le discours a changé. Kagan plaide dans la même revue en faveur d’interventions «légitimes»... L’influence des néoconservateurs n’est pas exclusive. Il y a aussi le Pentagone, à commencer par le vice-président Dick Cheney, ministre de la Défense sous Bush père, puis Donald Rumsfeld, l’actuel secrétaire d’Etat à la Défense, et Paul Wolfowitz, son numéro deux, qui fut un élève du philosophe Leo Strauss. Avec ce dernier, nous avons affaire à quelqu’un qui croit vraiment à ses idées. Cheney, lui, est l’homme de la communauté des affaires.
Ce sont des idéologues. L’erreur de Wolfowitz, qui croit comme Strauss à l’idée de droits naturels, est de penser que l’Amérique incarne la liberté. Quand il dit que la liberté doit prévaloir, il pense «l’Amérique doit l’emporter». A l’étranger, ce postulat ne passe pas.

N. O. - Comment êtes-vous perçu en Amérique?

G. Soros. - Ceux qui partagent mes convictions me décrivent comme un financier-philanthrope, à la manière de Carnegie. Ceux qui croient les pamphlets républicains me peignent comme un «libéral-libertin qui veut légaliser la drogue». Le «Wall Street Journal», dans un éditorial intitulé «Qui est George Soros?», n’a pas dit un mot sur le réseau de fondations que j’ai créé dans les pays de l’Est pour promouvoir les sociétés ouvertes... Au fond, les républicains m’appliquent le traitement qu’ils réservent aux Irakiens.


N. O. - La majorité silencieuse est moins dure avec George Bush.G. Soros. -

Al Gore, qui parle aussi franchement que moi, dit exactement la même chose: après le 11 septembre, Bush a délibérément utilisé la peur des Américains comme un ciment pour les souder derrière lui. Il a sciemment utilisé la guerre contre le terrorisme pour engager son programme hégémonique. La peur est une émotion puissante. Il a réussi. Mais le vent a tourné. S’il est toujours impossible de critiquer Bush sans passer pour un mauvais patriote, les gens ont le sentiment d’avoir été trompés. Ils reviennent sur leur jugement comme Bill O’Reilly, un des éditorialistes les plus féroces de Fox News, qui militait pour une intervention musclée en Irak. Conscient d’avoir été berné, il vient de faire des excuses publiques. Un nombre croissant de républicains et d’indépendants qui ont voté pour Bush sont en train de tourner casaque: ils ne voteront pas pour un candidat du parti démocrate mais contre Bush.

N. O. - La politique étrangère est pour la première fois un sujet de campagne. Mais si les choses s’améliorent en Irak, les gens voteront sur des thèmes économiques.

G. Soros. - La question de la crédibilité sera le sujet majeur. Avec des armes de destruction massive introuvables et les attentats auxquels nous assistons aujourd’hui, l’Irak est un lourd handicap pour Bush. A la question: «Faites-vous confiance à votre président? », les gens risquent fort de répondre non. Le gouvernement fait d’ailleurs tout pour occulter les problèmes de politique étrangère. Pour éviter l’arrivée des bodybags (linceuls), il a donné instruction à ses forces de se retrancher dans des positions fortifiées et de n’en pas bouger jusqu’aux élections.

N. O. - La politique étrangère de Bush a eu au moins le mérite d’en finir avec un dictateur sanguinaire.

G. Soros. - C’est un problème qu’on pouvait traiter sans guerre préventive. Les Européens privilégient la souveraineté des nations. Avec ce principe, nous n’aurions pas le droit d’intervenir. Cette conception est dépassée. Avec la globalisation, la nature du régime afghan est devenue pour l’Amérique un problème de sécurité intérieure. Nous devons donc réfléchir à une argumentation permettant d’intervenir: lorsque le dirigeant d’un Etat souverain qui a la responsabilité de protéger ses citoyens n’y parvient pas, cette responsabilité doit être transférée à la communauté internationale. L’une de mes objections essentielles à l’intervention en Irak, c’est précisément qu’elle a mis en péril ce principe en substituant la force américaine à la légitimité internationale. J’espère que cette erreur est uniquement imputable à l’administration Bush. Je crains qu’elle ne reflète une tendance profonde de l’Amérique d’aujourd’hui.

N. O. - Elu, John Kerry ferait-il une politique tellement différente?
G. Soros. - Je pense qu’il y aurait une grande différence entre Kerry et Bush. Bush conduit l’Amérique dans une mauvaise direction. Son rêve d’hégémonie mondiale est irréalisable et en contradition avec les valeurs traditionnelles de notre pays. Bush représente une rupture majeure dans l’évolution de l’histoire américaine. Les principes qui ont fait la force et la grandeur de l’Amérique – l’économie de marché, la supériorité du droit sur la force, notre autorité morale – sont aujourd’hui menacés par l’idéologie suprémaciste d’un petit groupe qui a érigé l’anormal et l’extrême en principe et prétend dicter sa loi à Washington. Un autre président peut stopper ce rêve hégémonique, éviter l’effondrement catastrophique de l’influence américaine dans le monde. J’étais un adversaire de Clinton. Je plaide aujourd’hui pour un changement radical de politique, tout en sachant que Bush n’a pas dit son dernier mot.

N. O. - Vous comparez l’évolution actuelle de l’influence américaine à la bulle financière qui menace en permanence les marchés financiers.
G. Soros. - J’avais déjà utilisé cette comparaison et cette théorie d’analyse boursière pour l’Union soviétique. Cette métaphore permet de mieux comprendre ce qui se passe. La course à l’hégémonie dans laquelle Bush s’est lancé ressemble aux cycles boom and burst (gonflement-éclatement) que l’on observe sur les marchés boursiers avec l’apparition récurrente d’une bulle spéculative. Normalement, un processus d’autocorrection la maintient dans des limites acceptables. Mais il arrive que la tendance réelle soit amplifiée par une croyance ou une conception erronée. La bulle explose. Ici, la réalité c’est l’hégémonisme de l’hyperpuissance américaine. L’interprétation erronée, c’est ce «darwinisme social» qui réduit la vie à la compétition, fait du marché une religion et sous-estime le poids de la coopération. L’erreur, c’est cette recherche de la supériorité par voie militaire, cette volonté obstinée de vouloir la fonder idéologiquement. Avec la détérioration de la situation irakienne, sommes-nous au moment de vérité? Est-ce un nouveau test qui, en cas de réussite de Bush, renforcera la tendance? Jamais le fossé entre les attentes du gouvernement américain et la situation réelle n’a été aussi grand. Tout peut brutalement exploser. Mais rien n’est jamais écrit. La bulle n’explosera pas si nous réagissons vigoureusement à l’engourdissement qui nous a saisis après le 11 septembre.

Propos recueillis par Jean-Gabriel Fredet

Né en Hongrie en 1930, George Soros a émigré aux Etats-Unis en 1956. Financier mondialement connu, devenu milliardaire en spéculant contre les monnaies, il se consacre aujourd’hui à ses fondations pour promouvoir les sociétés ouvertes, d’abord dans les pays de l’Europe de l’Est puis dans le monde entier. Il publie cette semaine chez Dunod «Pour l’Amérique, contre Bush» («The Bubble of American Supremacy»).

Jean-Gabriel Fredet


La question sera donc de savoir pourquoi ce sont toujours les violents qui l'emportent ???[/win]
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