philosophie naïve du devenir humain

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Matière Amour
Introduction
Esprit et vivant
Esprit et matière
La création
Esprit et Amour
Explication
Dieu et l'atome
L'amour et l'atome
La capacité d'aimer
X l'inconnu
 

Tout l'effort de la philosophie pratique du XIXe siècle a eu, pour but de séculariser les bases de la vie sociale et d'arracher à la théologie les notions de droit, de morale et de justice. R.-L. Reclaire

 

L'ineffable

Esprit, Yahvé, Brahman, Dieu, Allah, Tout puissant, Verbe, Principe, Un, Amour, Bien, force impersonnelle, notion unique, matière première pré-existante et informelle, la voie de l'énergie primordiale, lumière, connaissance, illumination, souffle, vérité, quarks, champ de particule virtuelle, cordes, tant de termes pour désigner la même chose.

Ce d'on ont ne peut pas parler, il ne faut pas le taire.

Les chapitres précédents nous ont déposé sur un chemin réemprunter depuis quelques temps, par un grand nombre des scientifiques et de philosophes.
A l'horizon de cette voie difficile et profonde, l'existence de quelque chose l'origine de l'univers, la présence d'une sorte de Principe Originel, apparaît comme une évidence.
Pour galvaniser le progrès et libérer l'humanité de certaines servitudes religieuses, la science et la philosophie ont dû s'écarter ponctuellement des chemins de la croyance, les grands voyageurs de la pensée préférant emprunter quelque temps, les bitumes pragmatiques du « moi », du « phénomène » et de « l'existence ».
La reprise de contact ente le scientifique, le philosophe, le spirituel et le téléologique, fait suite aux impasses d'une évolution insensée, d'une évolution vide de sens et de but.
En tout cas les réflexions sur les origines de l'univers semble se poser à nouveau.

La physique quantique utilise certains termes comme champ de particules virtuelles cordes etc., pour nommer cette chose l'origine du monde, les spiritualités parlent de Dieu, d'Absolu, d'Amour ...

Il semblerait donc bien qu'à présent, les ambiguïtés ne portent plus tellement sur la pertinence de l'existence d'un principe créateur, mais sur sa dénomination et sur les qualités que les uns et les autres attribuent à la chose.

La question serait donc de savoir comment nommer cette  incorporéité et s'il est possible de lui attribuer un nom.

La question n'est pas nouvelle.

Les plus grands mystiques se la sont posés.
La plupart du temps ils en ont conclu qu'il était impossible de s'approprier ou de nommer cette « chose ». Seule l'expérience intime pouvant en rendre compte, il était plus sage de la considérer comme « universelle », « intimiste », « interieur », et « ineffable ».

Pourquoi ont-ils fait de la Foi une déesse, et lui ont-ils consacré un temple et un autel? L'autel de la Foi est dans le coeur de quiconque est assez éclairé pour la posséder. Saint Augustin, La Cité de DieuAu niveau du fond, ces grands mystiques ont raisons.
Le principe créateur est forcément à l'origine de l'ensemble de la création, il appartient donc à l'humanité tout entière, et au-delà, à l'univers dans sa complétude. Se l'approprier de façon clanique, serait donc en quelque sorte une aberration.
La façon la plus sage de percevoir et de comprendre le principe créateur, serait effectivement intimiste et universelle.

Mais l'humanité n'a pas encore atteint une telle sagesse de point de vue. Elle a encore besoin de s'approprier les choses, de les considérer selon le point de vue de son caractère actuel autrement dit : egocentrique, clanique et egoïste.

D'où l'intérêt de réunir les deux points de vues, le point de vue scientifique et le point de vue spirituel, car chacun détient une partie de la solution.

En effet, pour les scientifiques, le principe créateur est universel et sans appartenance (mais il n'a pas de qualités intimes).

Le principe créateur des spirituels, est au contraire enveloppé de qualités. Il est juste, généreux, plein de bonté et d'amour (mais il est perçu d'une façon clanique).

Bien souvent les « croyants » ont besoin de se faire une image de leur dieu ou de le distinguer de celui des autres communautés, au détriment de la véritable spiritualité.

Inversement, la séparation radicale des disciplines,  engage les milieux scientifiques confrontés à la « chose », dans la voie unique de sa « matérialité » (ou de son « immatérialité »)  sans se préoccuper de sa dimension spirituelle (et parfois en se laissant aller à la dénigrer).

  • Les uns privilégient les points de désaccord inter communautaires plutôt que les points de convergences, et particularisent « leur Dieu »
  • Les autres refusent toute union entre leur quête analytique et la quête mystique, creusant ainsi le fossé d'incompréhension.

Nous devons cela en partie, à  l'influence encore conséquente de nos pulsions primaires. En effet, nos tendances et les valeurs de la société nous obligent à préférer nous approprier les choses et à nourrir nos ego, au lieu de rechercher la symbiose.

Aucun mot ne pourra jamais définir le contact entre l'être et le divin. Dans notre système encore fortement narcissique et individualiste, définir une chose revient à se l'approprier, à la « propriétariser » (le mur de Planck, la maladie de Parkinson, le Watt, le darwinisme etc.).

Seulement, personne ne peut s'approprier le principe originel, il est par nature « inaccaparable », puisqu'immatériel et constituant de tous.

A partir du moment où un groupe humain nomme le principe créateur, il oblige autrui ; soit à adhérer à ce nom (à se convertir) soit à le rejeter (l'athéisme), soit à le renommer (le sectarisme etc.).

Tant que l'homme donnera un nom à X (le Dieu du judaïsme, le Dieu du christianisme, le principe du bouddhisme), il lui sera difficile de se réunir universellement autour d'une puissance, pourtant unique et commune.

Bien entendu, cette appropriation et l'antagonisme qui en découle, était nécessaire au progrès humain. Il a permis l'éclosion des différentes formes de spiritualités, multipliant ainsi nos connaissances sur le sujet.

Mais aujourd'hui après des dizaines de milliers d'années de réflexions et d'expériences spirituelles, les grands mystiques ont découvert tout ce qu'il était « spirituellement » possible de savoir sur le divin, et la diversité religieuse est parvenue à éclairer l'ensemble des pans du divin.

D'autre part, l'expansionnisme religieux me semble être arrivé à son terme.
A présent, la plupart des êtres humains « sont affiliés » à l'une des grandes communautés religieuses. Ce serait un leurre me semble-t-il, d'imaginer une religion capable de l'emporter sur les autres, un leurre doublé d'une provocation de prêcher la suprématie de sa religion, la conquête armé, l'expansion évangélique ou sectaire.   

S'il reste encore un potentiel d'évolution aux grandes religions (hindouisme, judaïsme, bouddhisme, christianisme, l'islam), c'est au niveau de leur unification qu'il faut à mon sens le chercher. Les grandes croyances auront à réunir toutes les données qu'elles ont accumulées pendant des millénaires à propos des états d'extase (béatitude, nirvana, etc.), afin d'en faire profiter l'ensemble de l'humanité.

Les chefs spirituels et les théologiens des diverses communautés, auront à résoudre progressivement ce type d'ambiguïté.

 

Vers la symbiose des religions.

dieuContrebalançant tous les désirs de « choc de cultures », un profond courant œcuménique s'est mis en marche depuis quelques décennies.
L'évolution du droit, de la science, du commerce, de la conscience, de la culture et du tourisme, laisse espérer une victoire de ce dernier.
Le droit laïc soulage progressivement les religions de leurs activités politiques et morales, les rendant ainsi progressivement à la pure spiritualité.
La conscience humaine en se développant, ouvre l'homme à l'idée d'un dieu universel et absolu, transcendant les religions mêmes.

Les physiciens, en démontrant que tout être est composé de particules élémentaires immatérielles (quarks, cordes), démontrent en même temps que chaque homme est « constitué » de ce divin (ce qui coïncide avec le point de vue de toutes les grandes spiritualités) .

Le commerce, le tourisme, internet, unifie peu à peu l'humanité.

Ces activités pragmatiques mélangent les populations et les cultures, diffusent les grands thèmes spirituels, adoucissent les radicalités des croyances etc.

 

L'extase comme osmose.

La science, comme la philosophie, ne peut suffire à contenter le coeur de l'homme. Auguste ValensinParallelement à la réunion progressives des RELIGIONS entre-elles, l'évolution humaine, par sa propre mécanique, semble se diriger naturellement vers une compréhension universelle de « Dieu ».

En effet, si comme nous l'avons vu dans les précédents chapitres, l'humanité évolue vers «  la capacité universelle d'expérimenter L'EXTASE, la béatitude, le nirvana » (ce que nous appelons la perfection), si cette expérience n'est autre que la mise en relation directe de l'individu avec la « chose » supérieure (ce que les religions nomment le divin).

Alors cette expérience « extraordinaire » si elle est communément ressentie, unifiera l'ensemble des esprits derrière elle.

Tout comme des alpinistes de différents pays ayant vaincu l'Everest n'ont pas besoin de mots pour savoir qu'il partage des sensations communes, quand l'ensemble humain pourra expérimenter l'extase spirituelle, les hommes n'auront plus besoin de mots pour comprendre et se convaincre mutuellement de ce qu'est sensitivement le divin. 

Et n'est-ce pas là, la seule véritable façon de nous accorder sur une « chose » réputée ineffable ?

 

De l'homme double à l'humain UN

Le philosophe fait bien son travail s'il parvient à faire naître de véritables doutes. Morris Raphael CohenL'écart de contact entre soi et la « chose » en soi, fait de nous des êtres doubles.

La fusion de ces deux choses forme l'être UN.

Comme nous venons de l'expliquer dans les quelques lignes précédentes, l'homme en état d'extase est relié directement avec l'énergie créatrice qui l'anime, autrement dit avec Dieu.
Il fait corps avec le principe créateur, il est donc un.

L'homme ORDINAIRE, pour ainsi dire, n'a pas la chance d'être en unité. Il est double.

Il porte en lui le principe createur sous la forme de l'énergie qui l'active, qui lui permet de vivre, mais son esprit est distant du divin, il est une personnalité à part, un caractère, un ÉGOCENTRISME, un personnage.

L'écart entre le DIVIN et soi, est constitué par nos pulsions, nos tendances, nos désirs, nos attachements, etc.

La plus ou moins grande densité des instincts, des pulsions et des tendances, empêche plus ou moins l'être humain de se connecté avec ce divin.

Cet écart entre l'individu et Dieu, est variable.

Il s'étend du pur materialiste à l'ascete, de l'homme absolument soumis à ses tendances, à l'homme parvenu au pur détachement.

Nous pouvons être très loin du divin, si notre esprit adhère à un pur matérialisme, à une pensée ne laissant aucune place au spirituel et à ses valeurs (bonté, amour, générosité, partage etc.), une pensée se contentant de satisfaire des besoins basiques.

Et nous pouvons être très près du divin, si notre esprit s'autorise à croire en sa présence, s'il choisi d'incarner le plus possible les valeurs de Dieu (bonté, générosité, amour du prochain, partage, altruisme etc.) si nous parvenons à détacher notre esprit de la matérialité pour l'élever aux choses spirituelles.

En suivant le rythme lent de l'évolution de l'histoire, cet écart se resserre en faveur du détachement, c'est à dire de l'extase, car n'oublions pas que nos tendances, nos désirs, nos attachements, bref toutes les facultés qui nous empêche d'être UN, sont une nécessité pour que l'homme puisse construire sa perfection.

Si donc, pour l'instant, ce potentiel est ineffable, tous les mots utilisés ici (Amour absolu, Dieu, quarks, cordes, X etc.) sont substituables par le terme de votre choix.

 


O toi au-delà de tout,
Comment t'appeler d'un autre nom ?
Quel hymne peut te chanter ?
Aucun mot ne t'exprime.
Quel esprit peut te saisir ?
Nulle intelligence ne te conçoit.
Seul, tu es ineffable ;
Tout ce qui se dit est sorti de toi.
Seul, tu es inconnaissable ;
Tout ce qui se pense est sorti de toi.
Tous les êtres te célèbrent,
Ceux qui parlent et ceux qui sont muets.
Tous les êtres te rendent hommage,
Ceux qui pensent comme ceux qui ne pensent pas.
L'universel désir, le gémissement de tous
Tend vers toi. Tout ce qui existe te prie
Et vers toi, tout être qui sait lire ton univers,
Fait monter un hymne de silence.
En toi seul tout demeure.
En toi, d'un même élan, tout déferle.
De tous les êtres tu es la fin.
Tu es unique.
Tu es chacun et tu n'es aucun.
Tu n'es pas un être, tu n'es pas l'ensemble :
Tu as tous les noms ; comment t'appellerai-je
Toi, le seul qu'on ne peut nommer ?
[…]
Aie pitié, ô toi, l'au-delà de tout :
Comment t'appeler d'un autre nom ?

Grégoire de Nazianze
Poèmes dogmatiques (Patrologie Migne 37, 507-8)

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Là est le vice initial des systèmes philosophiques, ils croient nous renseigner sur l'absolu en lui donnant un nom. Mais encore une fois, le mot peut avoir un sens défini quand il désigne une chose ; il le perd dès que vous l'appliquez à toutes choses. (Bergson)

 

Varron ajoute que les anciens Romains, pendant plus de cent soixante-dix ans, ont adoré les dieux sans en faire aucune image. « Et si cet usage», dit-il, « s’était maintenu, le culte qu’on leur rend en serait plus pur et plus saint ». Il allègue même, entre autres preuves, à l’appui de son sentiment, l’exemple du peuple juif, et conclut sans hésiter que ceux qui ont donné les premiers au peuple les images des dieux, ont détruit la crainte et augmenté l’erreur, persuadé avec raison que le mépris des dieux devait être la suite nécessaire de l’impuissance de leurs simulacres.

st augustin

 

Ce n'est pas le manque de terme qui rend difficile l'explication de l'expérience extatique, mais la rareté des expériences qui limite les oreilles capables de saisir toute la profondeur de cette explication.

En écoutant un alpiniste raconter son assencion de l'Everest, nous arrivons à comprendre la dimension de son exploit jusqu'a un certain point, mais seul un autre alpiniste immalayen pourra percevoir toutes les subtilités, les véritables émotions, les véritables sentiments que ses mots recèlent

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