L'esprit philosophique consiste à préférer aux mensonges qui font vivre les vérités qui font mourir. Gustave Thibon
conscience, contraintes et valeurs
La conscience est la conséquence
du renoncement aux pulsions. Sigmund Freud
A partir du moment où l'homme s'est « inventé » des interdits, des règles et des lois, il n'a cessé d'essayer de les contourner pour assouvir le désir naturel de s'affirmer aux dépens de ses congénères.
D'un côté, notre propension à contourner le droit, nous oblige à imaginer de nouvelles lois (donc à développer le droit). Et de l'autre, parce qu'il est menacé de sanctions et de punitions l'homme doit apprendre à gérer de mieux en mieux ses pulsions et ses tendances.
Maîtrisant de mieux en mieux ses pulsions, la conscience humaine s'est développée de plus en plus.
En se développant, cette faculté extraordinaire qu'est la conscience, a pu imaginer le système de valeurs idéales et universelles que nous connaissons : égalité, fraternité, universalité, partage, altruisme, protection du faible, philanthropie, etc..
Sans contrainte, on tourne en rond ... Mathieu Chedid Ces valeurs idéales inculquées dès l'enfance par le tissu familial, amical, scolaire, artistique, médiatique etc., servent « d'horizon positif », d'idéal à atteindre, pour l'ensemble humain (c'est pourquoi l'abbé Pierre ou soeur Thérèsa ont conservé la tête des sondages de popularité pendant toute leur période d'activité).
Cet idéal valeureux à atteindre s'allie
au système de contrainte pour dévaluer
toujours plus la capacité humaine à s'affirmer
au détriment d'autrui .
Les interdits maîtrisent les pulsions par
la force.
Les valeurs les maîtrisent par la conscience.
Ces valeurs idéales s'opposent exactement aux lois de
la nature.
l'égalité inverse
le principe domination-soumission régnant chez primate
naturel.
L'universalité et la fraternité, inversent
la clanicité.
Le partage inverse la thésaurisation
des privilèges.
La capacité à protéger les plus faibles inverse le principe de sélection
naturelle par le plus résistant.
Le progrès inverse la soumission
aux éléments naturels.
Métamorphoser un animal conditionné
à s'affirmer aux dépens de ses congénères,
en un être totalement respectueux d'autrui, c'est en somme,
le rôle de l'humanité constructrice.
Contraintes et inconscient
L'inconscient est une zone de décompression
pour faciliter le passage de l'animal à l'humain La
répression de certaines de nos pulsions animales (celles qui
s'opposent aux lois humaines), est une nécessité terriblement
violente pour l'homme constructeur.
Elle l'oblige
à réprimer des tendances et des désirs
profondément inscrits dans son caractère.
instinctivement les primates naturels convoitent ce que détiennent leurs congénères, laissent libre cours à leur
agressivité, se montrent hostiles avec les individus des
clans voisins etc... Et dans la nature, aucune de ces conduites ne sont punies.
Dans l'humanité au contraire, ces attitudes sont prohibées. l'homme sociabilisé , doit donc
contenir ces réactions naturelles.
Aujourd'hui, le vol est puni,
la violence envers autrui aussi, tout comme le racisme ou
la xénophobie.
Pourtant, il suffit d'interroger
l'intimité
de son esprit pour y rencontrer la présence de ces réactions
primaires. La convoitise, le désir de vengeance ou
de domination, la crainte de l'étranger, peuvent apparaître
à tout moment, et l'homme a souvent bien du mal à
réfréner ces pulsions archaïques.
Résister à nos pulsions transgressantes
est un travail violent et frustrant.
1/ Le rôle de l'inconscient
Pour pallier à cette frustration, une sorte de
faculté nouvelle, ou plus précisément, une sorte de zone de décompression, s'est
développée dans le cerveau humain : l'inconscient.
L'inconscient amortit en quelque sorte, la
violence engendrée par nos « désirs pulsionnels contrariés ».
Cette faculté des profondeurs, permet de mimer, d'imaginer ou de rêver des actes contraires
aux valeurs humaines. Elle permet en quelque sorte, d'éviter certains passages à l'acte que notre espèce prohibe et punit.
L'inconscient participe donc également,
au grand mécanisme de compression des instincts transgressants.
Contraintes et psychologie
Dans notre humanité, la somme des interdits croît tandis que la violence
des punitions décroît.
Dans les premiers temps de la civilisation, les hommes utilisaient surtout la cruauté, la violence et la terreur (torture, mise à mort cruelle...) pour apprendre à contenir leurs propres pulsions.
Le droit était arbitraire, injuste, partisan et favorable aux plus puissants.
L'arrivée des grandes religions (hindouisme, bouddhisme, judaïsme, christianisme, islam) a, d'une part permis d'adoucir, d'une certaine manière, la cruauté des dominants guerriers, mais elle a également permis de hisser notre conscience à la dimension psychologique.
La spiritualité a atténué le principe du châtiment corporel (jusqu'à là, systématique), en ajoutant la culpabilisation morale (embryon de l'aveu), puis, plus tard, la compassion (début de la conscience de la cause) et enfin la confession (début du soin psychologique).
2/ Naissance de la philosophie.
Dans le même temps, naissait la philosophie.
Par ses audacieuses capacités critiques, par son extrême sensibilité à la souffrance d'autrui et son goût immodéré pour la vérité et la justice , cette autre
grande discipline spirituelle, a également travaillé à la
lente dévaluation de la violence, à la
compréhension progressive des mécanismes de la transgression et à l'amélioration
de la justice et du traitement des délinquants.
3/ De la psychologie
La période laïque et quelquefois nihiliste
à laquelle nous appartenons, continue, via le développement
de nouvelles sciences (sociologie, psychologie, éthologie)
d'humaniser le système de punition.
Le jugement civil
remplace peu à peu le jugement moral - ce qui permet de
nettoyer la morale de ses archaïsmes et ses hypocrisies.
Pour le
droit, l'homme transgressant, n'est plus mauvais,
mais pénalement responsable et punissable.
- La justice remplace peu à
peu la culpabilisation par la responsabilisation.
- La confession de la faute s'est
transformée en aveu et ne se fait plus au confessionnal
mais au tribunal. Elle se voit gratifiée d’allégement
de peine et de soin psychologique.
- Et la compassion est progressivement
remplacée par le concept de circonstances atténuantes,
et par un travail de réflexion sur les causes réelles
de la transgression - injustice sociale, carences éducatives,
valeurs imposées par la société ...
Le châtiment est fait pour améliorer
celui qui châtie. Friedrich Nietzsche. Notre
psychisme s'élaborant, l'humanité s'engage peu à
peu vers une vision beaucoup plus ouverte des responsabilités
humaines.
Notre conscience a acquis la capacité de travailler
en profondeur, sur l'origine des transgressions. Elle tend progressivement
à se positionner avant le passage à l'acte - prévenir
plutôt que guérir.
Nul ne doute qu'en prolongeant cette compression permanente « de nos instincts transgressants », et en continuant à développer
les lois protégeant les plus vulnérables ... l'humanité parviendra à
écarter de son psychisme toutes les tendances poussant l'homme à s’affirmer
au détriment de ses congénères.
philosophie, éthologie, science >> Supériorité |