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Le hors-la-loi et l'évolution.

De la nécessité du hors-la-loi. Philosophie de la transgression

La belle et la bête, oeuvre de Jean Marc TonizzoSans la présence du mal, il n'y a pas d'humanité possible. Par déclinaison, sans la présence du « hors-la-loi », du « transgressant », il n'y a pas d'humanité ni d'évolution possible.

Révolté par « le scandale du mal » comme l'appelle Paul Ricoeur, l'esprit se refuse d'en admettre la présence. Atterré par les horreurs du siècle dernier, la pensée repousse l'étude de cette « force négative ».

Pourtant, comme nous l'avons vu dans les pages précédentes, c'est en créant des interdits que l'espèce humaine s'est définitivement séparée du monde naturel.

En imaginant des tabous, des lois, des morales, l'humanité est « entrée en guerre » contre certains instincts naturels. Elle s'est opposée par exemple, à la prédation, la domination, la thésaurisation des privilèges, ou l’affirmation de soi aux dépens de ses congénères.

En s'opposant à ces instincts, l'humanité a engendré deux types de réactions.
Celles qui parviennent à frustrer leurs instincts pour se conformer aux interdits, aux lois (c'est-à-dire la majorité humaine).
Et celles qui, ne réussissant pas à contenir leurs instincts, cherchent à les assouvir par-delà les interdits.

Cette dernière catégorie se sépare elle-même en deux expressions différentes :
il y a ceux qui transgressent les interdits pour assouvir leurs tendances.
Et ceux qui contournent ces lois, qui en utilisent les failles, pour parvenir à la même chose.

La métamorphose primate naturelle / homme

Le but de cette mécanique, est de transformer progressivement un primate naturel conditionné à s'affirmer aux dépens de ses congénères, en un être humain absolument respectueux d'autrui.

Pour réussir cette métamorphose extraordinaire, le système des interdits doit en permanence évoluer.. Il doit combler progressivement toutes les failles, éducatives, morales et législatives, révélées par les transgressants et les hors-la-loi.

Autrement dit, les hors-la-loi et les transgressants, ont été des acteurs fondamentaux pour l'évolution du droit, de la loi, de la morale humaine.

Et tant que la loi, le droit, l'éducation, la répression et la punition, n'auront pas atteint leur perfection, les hors-la-loi et les transgressants seront nécessaires à la progression de ces notions.

Si par exemple, le système pénitentiaire avait atteint sa perfection, aucun délinquant, à l'expiration de sa peine, ne récidiverait. La récidive n'est pas un problème de délinquant, mais un problème de société. Le système pénitentiaire tel qu'il est pratiqué aujourd'hui dans le monde, y compris en Occident, est incapable d'éduquer un individu, de le ramener sur le droit chemin, de lui permettre d'utiliser son potentiel à des fins positives pour la société et pour lui-même.
Les qualités organisationnelles et l'intelligence d'un chef de gangs ou d’un patron de mafia, capable d'établir un commerce de drogues intercontinental, n'a rien à envier à celles d’un patron d'industrie quelconque. Seulement, l'un utilise ses talents au détriment de la société humaine (et finalement à son propre détriment) et l'autre, en principe, à son avantage.

Cette analyse nous révèle plusieurs choses.

La première c'est qu'il n'est pas besoin d'être « hors-la-loi » pour maltraiter ses congénères.

Autrement dit, un homme peut transgresser tout en restant dans le cadre de la loi.

C'est le cas, par exemple, des gouvernements démocratiques manipulateurs s'arrangeant pour faire passer des lois élitistes et défavorables au peuple. C'est le cas des employeurs payants leur personnel au « plus bas salaire légal » tout en sachant qu'ils les mettent ainsi, dans un état de servitude et d'esclavage. C'est le cas des commerçants profitant de la dérégulation pour augmenter leurs prix de façon scandaleuse et au détriment des plus pauvres de la société. C'est le cas encore des très riches détournant la tête devant la misère. En somme, c'est le cas de toutes les transgressions morales légales, perpétrées depuis l'origine des sociétés, par certains dominants envers le peuple..

En sommes peut-être jugées « transgressants », tout individu qui enfreint les grandes règles universelle de l'humanité, qu'elle soient morales, éthiques ou civiles. Autrement dit, tout individu ne s'appliquant pas à lui-même la sentence de Kant : Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse être érigée en loi universelle. Et à la lecture d'une tel maxime, cela paraît évident, d'une manière plus ou moins dense, nous sommes tous des « transgressants ».

Comprendre le mal pour le soigner

Pourquoi punir un coupable quand il n'y a plus aucun bien à tirer de son châtiment. I Ching

En révélant le côté fondamental du mal et du hors-la-loi pour l'évolution humaine, cette analyse éclaire l'importance d'étudier le sens de cette valeur négative au sein de l'humanité.

Car même si le « mal », sous un certain aspect, est un des moteurs de l'évolution du « bien », même s'il est indispensable au progrès du droit, sa présence doit continuer à nous être insupportable.
D'un autre coté, cette nature « indispensable » nous oblige quand même à l'analyser en profondeur spour pouvoir agir le plus efficacement possible contre lui. Par exemple, si nous voulons éviter les récidives, nous devons comprendre les causes de la transgression et les carences des châtiments que l'on impose. Nous devons cesser de mettre toute notre énergie sur les effets sans nous occuper réellement des causes.

Il est donc nécessaire, pour notre humanité, si elle veut devenir consciente, de déchiffrer tous les mécanismes conduisant un individu à abuser ses semblables.

 

 

 

 

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Allier la plus ferme résistance au mal à la plus grande tolérance envers le malfaiteur. Il n'existe pas d'autre moyen de purifier le monde.
Gandhi

 

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Mise à jour le 16/03/2010 - Paris
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