La loi, l'homme, l'humain
Le paradoxe du mal
Seul celui qui comprend la beauté du pardon est capable de juger ses semblables. Socrate
Observée de façon pragmatique, la place du délinquant dans l'évolution humaine est évidente. Le hors-la-loi est un des acteurs
nécessaires au progrès de la justice, du droit et de la loi.
Mais si la présence du hors-la-loi est une nécessité pour notre évolution, sa condamnation l'est
tout autant.
Le mal, nécessaire mais de trop
Nous sommes donc en présence d'un étrange paradoxe.
Le transgressant est en même temps nécessaires à l'humanité et nécessairement jugé «inutile » pour pouvoir le combattre. Nécessaire, pour permettre au bien d'évoluer, et nécessairement condamnable pour réduire progressivement sa présence dans l'humanité.
De plus, la nécessité du hors-la-loi dans l'évolution, engage la société à une certaine bienveillance. Toute transgression doit être punie, certes, mais le transgressant mérite un système de punition digne et respectable. La société humaine a la charge de chercher les meilleures solutions pour réduire la délinquance. La charge de permettre au transgressant d'utiliser son potentiel de façon positive.
Le challenge est de taille car il exige de la psychologie, de la bienveillance et de la fermeté.
Du tabou à la loi
Le mal active l'humanité
Pendant des millénaires, les tabous, les règles religieuses et quelques lois laïques, se sont chargés du problème de la transgression. La justice et l'analyse était embryonnaire. La punition de l'individu, sa condamnation, enveloppait toutes les réponses données à la transgression.
Depuis plus d'un siècle nous sommes entrés dans l'ère de la psychologie. Avec son apparition (Janet, Freud ect.), l'analyse des causes de la transgression s'est définitivement mise en route.
Depuis, la réflexion sur les causes prend progressivement des parts sur la condamnation systématique des effets.
Le siècle de l'analyse
Il est temps à présent, d'accélérer l'utilisation de l'analyse. La superficialité des « années marchandes » en dissimule tous les apports.
L'inconscience journalistique, nous le voyons aujourd'hui, ramène les vieilles condamnations populaires sur le devant de la scène.
Les transgressions sont jetées en pâture au peuple par les médias, sans aucune analyse. Elles font resurgir de l'ombre, les vieux réflexes de vengeance, de racisme, de peine de mort etc.
Nous devons donc ;
mettre à jour, toutes les motivations poussant un être humain à transgresser les règles de l'humanité.
améliorer les conditions de détention. Autrement dit,
cesser d'aggraver des psychologies réclamant au contraire, de la bienveillance et de l'éducation.
améliorer en amont, l'enseignement au respect d'autrui (au sens universel du terme). Et exporter cet enseignement vers les sociétés en retard sur ce domaine.
permettre aux délinquants d'utiliser leur potentiel
dans un sens positif.
Transformer l'enfermement en un lieu de développement affectif, intellectuel et créatif.
apporter un véritable soutien psychologique à l'enfance. Un soutien capable de nettoyer les traumas à l'origine d'une multitude de délinquance.
permettre aux transgressants d'apprendre à gérer leurs pulsions agressives et abusantes. Leur permettre de transformer cette énergie vitale négative
en énergie positive et constructive.
Nous devons également, montrer et critiquer avec plus de vigueur, les transgressions légales des dominants. Les manipulations utilisées par les leaders pour asservir les dominés. L'utilisation des pauvres et des communautés pauvres comme bouc émissaire en est un exemple.
Le mal nécessairement condamnable
Des sanctions éducatives sans laxisme
La nécessité du transgressant est un fait
pour le progrès du droit. Mais sa condamnation effective
ou morale, l'est
également.
À cette condition seulement nous nous maintiendrons dans le sens logique de l'évolution. Cette exigence est bien respectée au niveau du peuple. Les condamnations sont sévères, appliquées et rarement étouffées. Ce n'est pas forcément le cas pour les «puissants ».
Le déshonneur, la désapprobation pour les puissants
John Stuart Mill, le grand penseur du libéralisme, avez sans doute bien saisi cette subtilité lorsqu'il écrit : « Si quelqu'un commet un acte nuisible pour les autres, il y a une raison prima facie de le punir, par la loi, ou, là où des sanctions légales ne sont pas applicables sans danger, par la désapprobation générale. ».
En principe, la mise en route de la désapprobation est à la charge des médias.
C'est à eux par exemple, qu'incombe de montrer du doigt la délinquance en cols blancs, lorsqu'ils en ont connaissance. à eux de critiquer les «immoraux» pour qu'ils servent de contre-exemple. A eux de mettre a jour les abus de certains hommes d'affaires dans les pays sous-développés. De braquer leurs lumières sur les dictatures dans les pays pauvres. De révéler l'incivisme, l'égoisme et les mauvais comportements des «célébrités».
C'est la seule façon de lutter contre les malversations des dominants. La seule façon de permettre au peuple de continuer à considérer, le mépris, l'égoïsme, l'incivisme, l'abus d'autrui, l'arnaque, l'immoralité, comme des anormalités.
Aucune transgression ne doit rester impunie. Aucune transgression ne doit rester inexpliquée à son auteur. Sous cette condition seulement, l'humanité peut progresser vers toujours plus d'humanité. Sous cette condition l'humanité évitera de régresser vers toujours plus d'animalité.
C'est le seul moyen également de permettre aux transgressant de comprendre son rôle dans l'humanité. Et de faire de la transgression un
développeur de «bien» et un instrument de sa
propre extinction.
Histoire de la loi
Du non droit au code pénal
Il faut de tous pour faire un monde jmt.
Nous pouvons schématiser l'histoire
des interdits de cette façon :
1/ Nos interdits culturels prennent naissance au sein de la nature à laquelle nous appartenions originalement. A ce stade nos interdits n'étaient que des instincts : manifestations agressives en cas de sentiment d'abus, cessation de
toute agressivité du dominant aux premières attitudes de soumission du subordonné, etc.
2/
De ces interdits instinctifs, sont issus tous nos interdits humains (tabous, lois morales,
lois laïques).
3/
Pour assouvir
leurs désirs et leurs pulsions, les transgressants enfreignent ces lois ou s'évertuent à les
contourner.
4/
Ce faisant ils obligent les législateurs à inventer
de nouvelles lois pour s'y opposer (faisant ainsi progresser le droit et la loi).
5/
Et l'ensemble de ce mécanisme, restreint toujours plus la capacité
humaine à abuser d'autrui.
L'entonnoir à transgression
Par ce travail conjoint du transgressant et du législateur, les lois laïques
se sont étoffées jusqu'au code pénal actuel (sensé protéger le faible, de la toute-puissance du fort).
Progressivement le filet se resserre sur la liberté
de transgresser.
Il y a quelques milliers d'années encore, les dominants avaient
tout pouvoir sur les dominés. L'évolution du droit nous a offert un arsenal pointu de lois restrictives. Ces lois condamnent
à présent, une grande partie de transgressions autorisées dans le passé (la pédophilie en est un exemple).
Pourtant, même si l'évolution
du droit porte ses fruits, la législation et le comportement humain ne sont pas encore parvenus à leur perfection.
Il existe encore des moyens légaux d'abuser ses congénères.
Le psychisme humain mais pas encore totalement capable
d'accorder à autrui le respect absolu qui lui est dû.
Vers le respect absolu d'autrui
La conscience est la conséquence
du renoncement aux pulsions. Sigmund Freud
Pourtant, le sort des hommes ne cesse
de s'améliorer.
La violence, la fréquence et
l'impunité
du fort sur le faible, diminuent constamment d'intensité.
Et ainsi, de siècles en siècles, « l'instinct abusant » (celui qui condamne notre cousin singe à s'affirmer
aux dépens de ses congénères), décline dans l'esprit humain
au profit des valeurs supérieures (la justice, l'entraide,
l'amour, le respect du prochain).
Métamorphoser un être conditionné
à s'affirmer aux dépens de ses congénères,
en un être totalement respectueux d'autrui, voilà selon nous,
le rôle de l'humanité constructrice.
L'activité du transgressant (et du mal), trouve donc sa logique au sein de l'évolution. Nos « défauts » peuvent ainsi se replacer dans la boîte où nous rangeons les outils nécessaires à la construction humaine.
En résumé, pour
élaborer l'agneau que sera l'homme pour l'homme, l'homme
doit (malheureusement) passer par l'étape du loup pour l'homme. (voir Kant à ce sujet)
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