Les personnalités humaines
Être et devoir être
Nous cherchons toujours à jeter un
pont entre ce qui est et ce qui devrait être ;
et par là donnons naissance à un état
de contradiction et de conflit où se perdent toutes
les énergies. Jiddu Krishnamurti.
La réflexion suivante n'est pas celle d'un spécialiste. Son but principal est d'éclairer un peu plus notre théorie selon laquelle « l'humanité est destinée à atteindre la perfection ». Les termes employés sont souvent inadéquats et les idées schématiques. Il convient donc de lire ce texte avec les précautions d'usage. Comme un éclairage supplémentaire et non pas comme un cours magistral de psychologie.
Du conflit entre pulsions primates et interdits humains
Un conflit permanent entre instinct et conscience, entre pulsion
et raison, accompagne la grande ascension humaine.
Cette tension illustre notre condition d'homo-sapiens à cheval
entre l'animal que nous étions et l'humain sage que nous avons à devenir.
Cette transformation est douloureuse. Elle engendre une lutte sans merci entre le désir primate d'exprimer ses instincts et les interdits humains nous obligeant de les réfréner.
Cette lutte crée dans l'esprit, une quantité de refoulements, de contournements, de perversions, de dénis ou de manipulations. De ces refoulements et de ces perversions, naissent ce que nous appelons des « pathologies » (schizophrénie,
névrose, psychose, narcissisme etc.).
Mis à part quelques rares éclaireurs ayant atteint la sagesse suprême, nous sommes tous les heureux propriétaires d'une ou plusieurs de ces pathologies.
Selon notre éducation, nos influences, notre cadre familial, nous aurons un rapport différent à la morale universelle et à nos pulsions. Ces divers rapports engendrent, selon nous, deux grands types de personnalités. D'un côté le type « névrosé » et de l'autre le type « narcissique ». Chacun des deux types étendant leur rayon psychique, du « normal » jusqu'au « pathologique ».
Tout être humain selon nous, se situe d'un côté ou de l'autre de ces tendances.
Les normes
Pour baliser le chemin de son évolution, l'humanité s'est créée des normes subjectives.
Les 10 commandements en sont un exemple.
Tout ce qui se trouve en dehors de ce gabarit, prend alors le nom de maladie, d'anomalie, d'anormalité, de transgression ou de pathologie.
Ces conventions évoluent en fonction de l'évolution humaine. Progressivement les normes injustes, disparaissent. C'est le cas par exemple de l'homosexualité considérée il y a peu encore, comme une pathologie. D'autres au contraire, font leur apparition. C'est le cas de l'abus de faiblesse, ou des lois de protection de l'enfance.
En observant attentivement la progression des lois humaines, nous pouvons comprendre le sens qu'elles veulent imprimer à notre évolution.
D'un coté, elles cherchent à étouffer progressivement le penchant humain à abuser autrui. Et de l'autre, elles contribuent au développement du respect d'autrui, des libertés respectueuses, de l'empathie, de la fraternité, de l'entraide, etc.
Narcissique et névrosé
1/ Le monde névrosé est fortement imprégné
d'interdits, d'éthique, de morale et de valeurs humaines. Le respect d'autrui, l'égalité, la fraternité, l'entraide, le partage, font parti de ses valeurs phares. Ce groupe rassemble la majeure partie de l'humanité.
2/ Le monde narcissique quant à lui, privilégie plutôt la satisfaction de ses pulsions, de ses désirs, de ses tendances. Le goût du pouvoir, du commandement, de la notoriété, de la richesse, de l'entreprise, de la domination, font parti de ses grands moteurs. Ce groupe représente une minorité humaine.
Nous parlons bien évidemment de dominantes. Des personnalités narcissiques peuvent apprécier les valeurs phares du monde névrosé et réciproquement. D'autre part, nous devons toujours garder à l'esprit, à propos de ces deux types de caractères, qu'ils sont essentiels à la construction de l'humanité.
Comme il faut des dirigeants et des exécutants, il faut des névrosés et des narcissiques pour construire notre monde.
Ecoutons ces mots de William James à propos de deux tempéraments de philosophes : les tendres d'esprit (tender-minded) et les rudes esprits (tough-minded) .. « L'histoire de la philosophie est, dans une grande mesure, celle d'un certain conflit des tempéraments humains [...] ils (les tender et les tough) s'estiment peu. Leur antagonisme a contribué à déterminer l'atmosphère philosophique d'une époque : il en est particulièrement ainsi pour la nôtre. Le philosophe du type « barbare » reproche au « délicat » sa sentimentalité, son manque de vigueur intellectuelle. Le « délicat » se plaint que le « barbare » soit si peu raffiné, si peu sensible et si brutal. Chaque type se croit supérieure à l'autre »
Seulement, nous devons également suivre la logique de l'évolution humaine. Et la logique de l'évolution humaine, nous engage à valoriser l'individu capable de frustrés ses pulsions pour ne pas abuser autrui, et de condamner au contraire ceux qui parviennent à le faire de même en restant dans la légalité.
Et ainsi, selon nos définitions du névrosé et du narcissique, nous situerons la normalité plutôt du côté du monde névrosé.
La morale comme frontière
Les prédominantes narcissiques et les prédominances névrosées se distinguent par bien des critères. Les premiers sont plutôt extravertis, les seconds plutôt introvertis. Les narcissiques plutôt tournés vers l'extériorité et l'action et les autres plutôt intéressés par l'intériorité et la réflexion. Mais ce qui distingue véritablement ces deux types de caractères, c'est avant tout, leur rapport aux interdits et principalement aux grandes morales religieuses ou laïques, universelles.
Les interdits sont les fondements de l'humanité
À la différence des autres primates, l'homme doit obéir à des interdits.
La société humaine est bâtie sur des morales religieuses, des éthiques philosophiques et des lois laïques.
Grosso modo, ces interdits interdisent à l'homme d'abuser autrui. Elles lui interdisent de le manipuler, de le maltraiter, de le corrompre, de le mettre en esclavage, de le mépriser ou d'abuser de sa naïveté. Elles lui intiment l'ordre de ne pas être égoïste, de porter secours à ses congénères, de ne pas abandonner un être humain à son sort, de ne pas faire preuve d'indifférence lorsqu'il souffre, ni de racisme, ni de xénophobie etc. etc..
Globalement, les morales religieuses et philosophiques (tout au moins pour les plus récentes), condamnent formellement tout abus d'autrui.
Autrement dit, si un être humain parvenait à obéir strictement à ces diverses morales, il deviendrait absolument bienveillant envers autrui et de manière universelle.
Les carences de la loi
Cela n'est pas le cas avec la loi. Même si certains articles de la législation proscrivent effectivement l'abus de la naïveté ou la maltraitance des innocents, il suffit d'observer la société contemporaine pour voir qu'il est facile d'être immoral tout en restant dans la légalité. Les manipulations politiques, médiatiques ou marchandes, en sont des exemples frappants et permanents. Par exemple les « faucons » américains savaient pertinemment qu'en déclenchant des guerres en Irak ou en Afghanistan, ils allaient ravager l'existence de millions de femmes et d'enfants innocents. Nous n'étions absolument pas dans le cas de figure d'un engagement guerrier « juste », comme ce fut le cas face à l'expansionnisme des fascismes. Une résolution diplomatique était possible permettant ainsi d'éviter un chaos dont ils savaient qu'ils seraient principalement supportés par les populations vulnérables. Si ces leaders avaient suivi la morale religieuse universelle ou l'éthique philosophique, ils auraient opté pour la diplomatie, le dialogue, la résolution d'autres conflits dépendants etc. En choisissant de se baser sur la loi (et en parvenant à manipuler celles-ci), ils ont pu ordonner des actions que l'histoire jugera parfaitement immorales.
Le passage de la morale à la loi
La loi ne peut donc pas tout. Et pourtant, elle vient progressivement en remplacement de la morale religieuse.
La loi pour compenser l'utilisation perverse de la morale
Cette laïcisation des interdits est nécessaire. Elle permet d'écarter certaines règles morales obsolètes ou partisanes sur lesquelles pouvait s'appuyer la perversion pour justifier ses méfaits .. Car les morales religieuses ne sont pas non plus parfaites. Certaines permettent de maintenir des systèmes de castes moyenâgeux à l'aide desquels la perversion place sans complexe autrui en esclavage. D'autres, par leurs textes agressifs, permettent également aux pervers, de justifier leur racisme, leur violence, et leur mépris de l'autre.
Mais il s'agit là d'utilisation perverse. Car chaque individu sait, dans l'intimité de son cœur, ce qui est absolument juste et ce qui ne l'est pas. Tout être humain appartenant à l'une des grandes religions, connaît le véritable message de Dieu, de Yahvé, de Brahman ou d’Allah .. Tout être humain sait qu'il ne peut justifié ses méfaits à l'aide des livres sacrés qu'en utilisant la perversion et la mauvaise foi.
Le développement du droit et des lois, empêche donc l'utilisation frauduleuse de la morale religieuse ou philosophique.
Le passage de la morale au législatif
Seulement, la période de transition dans laquelle nous sommes, pose un véritable problème à l'humanité.
La lutte entre le laïque et le religieux (pour fournir les valeurs à la société), s'est soldée par la victoire du laïque. La société du marché s'est imposée. Et comme dans toute victoire, nous avons eu droit à l'excès narcissique du vainqueur.
Le religieux, tout au moins en Europe, s'est retrouvée marginalisé, culpabilisé, raillé, privé d'expression. Curieusement (et cela méritera une plus profonde analyse), le marché semble s'accorder beaucoup mieux avec les fondamentalismes religieux, comme ceux que l'on peut rencontrer aux États-Unis. Leurs morales plus archaïques, plus matérialistes et plus pragmatiques, laissent sans doute plus de liberté d'action au marché.
En tout cas, la société actuelle refuse toute moralisation pour préfère se fixer sur le droit. Seulement, le droit, comme nous l'avons vu dans l'exemple du dessus, est encore largement démuni devant certaines manipulations et perversions humaines.
Sans morale, la loi ne suffit pas
Il faut voir les choses comme elles sont et en tirer les conclusions nécessaires. Un système sans morale n'est pas viable dans l'état actuel du droit. Il a permis tous les abus de la mondialisation. La liberté que les lois actuelles laisse aux dominants du marché et du militaire, a engendré d'énormes abus envers les populations humaines.
À mon sens, un accompagnement ou un retour (sans abus), de la morale religieuse et de l'éthique philosophique dans le système fournisseur des valeurs, pour accompagner le législatif, me semble vital si l'on veut stopper la progression de la perversion et de la manipulation. Il s'agit bien évidemment de préconiser un accompagnement subtil et non pas un retour à l'ordre religieux.
Car nous le voyons bien, une éducation uniquement basée sur le législatif, ne permettrait pas à l'empathie de se développer. Si l'on éduquait un enfant simplement avec le code pénal, il resterait bloqué dans son narcissisme originel. Il serait incapable de se mettre à la place d'autrui. Incapable de comprendre de façon intime pourquoi il ne doit pas faire de mal à ses congénères.
La plupart des malveillantes sont possibles uniquement par défaut d'empathie. Et l'empathie s'élabore entre autres grâce à la morale universelle fourni par le religieux.
C'est à partir de ce rapport à la morale universelle que se distingue selon moi les deux grands types de personnalités humaines (névrosé et narcissique).
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