Pessimisme nihiliste et humanité
Aux sources du pessimisme
La chute du religieux
Face à l'univers étrange et sans clef dans lequel il était plongé, l'idée d'un principe créateur s'est rapidement imposée à l'homme.
Puis nos connaissances, grâce à la science se sont développées. A chacune de leur grande découverte, elles ont fait vaciller les certitudes religieuses.
Progressivement, comme s'il s'agissait d'une lutte pour le contrôle de la pensée, les sciences ont discréditées les intuitions des livres sacrés sans les re situer dans leur contexte historique.
Par exemple, le créationnisme était le plus logique pour les penseurs de l'époque de Moïse ou de Platon.
L'idée d'une création en sept jours, était une métaphore absolument géniale pour ces temps vides de sciences.
La téléologie, la religion et la science
La science est incapable de nous dire ou va l'humanité. Elle ne peut pas donner un sens agréable et positif au devenir de l'homme. Sous son autorité, nous sommes condamnés à ne pas réfléchir à la question.
Si la majorité humaine est optimiste, c'est avant tout parce qu'elle se rattache à l'une des grandes religions du monde (hindouisme, judaïsme, bouddhisme, christianisme,
islam, panthéisme)..
Chacune d'entre elles offre un sens aux vivants. Un sens à la création. Et un sens à l'homme.
Elles apportent également des raisons à ce qui pourrait paraître insensé, comme le mal, la souffrance ou la mort.
Elles proposent à leurs adeptes une direction pour le monde (linéaires ou circulaire). Elles lui fournissent une finalité positive (individuelle ou universelle), et une logique pour leurs actions.
Le nihilisme et le pessimisme
Si la science s'abstient de réfléchir à la finalité humaine, le nihilisme quant à lui, refuse toute idée de finalité. Pour lui le monde est
absurde et l'existence, dénuée de sens.
Cette pensée, plutôt minoritaire, a son sens et son importance au sein de l'humanité. Elle oblige les convictions à s'affiner, à devenir de plus en plus logiques et scientifiques.
il est intéressant de remarquer tout de même, que le pessimisme lui-même, ne peut pas faire l'impasse du sens, tout au moins en philosophie.
Si le monde n'a pas de sens, c'est à l'homme de l'inventer écrit Jean Paul Sartre.
Mais, qu'elles proposent un sens éthique comme l'existentialisme, où un sens jouissif comme Sade, aucune philosophie nihiliste ne se propose d'agir à tord et à travers, d'agir en insensé. Même les grandes pensées pessimistes (comme celle de Cioran par exemple), montrent par l'exemple de ses auteurs, qu'il faut vivre sa vie, qu'il faut se conduire de façon sensée et agir dans le sens de l'humanité et pour l'humanité.
Si l'on y regarde bien donc, au final, le pessimisme radical, se révèle n'être qu'un effet de style. Une superficialité conceptuelle, contredite par l'existence même de leur créateur.
Au source du pessimisme
Le pessimisme est le fruit de plusieurs
mécanismes.
Il peut s'agir d'un mouvement de révolte. Une insurrection des hypersensibles, face Ã
l'inconscience, à la surdité et à l'égoïsme humain. Un écÅ“urement devant la compulsivité de certains pouvoirs qu'ils soient laïques ou religieux. Bien souvent alors, ce pessimisme devient un instrument de critiques et de combat.
Il
peut également s'agir d'une attitude de défense. Submergé par la rapidité de l'évolution, certains êtres humains préfèrent penser le monde de leur jeunesse supérieur au monde actuel. Cela induit naturellement un sentiment de régression et donc un pessimisme, devant l'évolution de l'humanité.
Cela peut également être une attitude réactionnaire. L'individu est alors
hostile à au progrès humain. Il milite pour un retour à des
moeurs anciennes.
Ce pessimisme vise alors essentiellement à réduire les avantages et les
libertés du
peuple aux bénéfices des privilèges claniques.
Et
puis il y a le pessimisme utilisé par la perversion narcissique. Il sert à justifier l'injustifiable. Nous les retrouvons dans ce genre de propos : « l'homme est
un loup pour l'homme et il en sera toujours ainsi ! »,
Ou encore : « l'homme est fondamentalement mauvais
». Ou bien : « si tu ne manges pas autrui, c'est autrui qui te mangera ».
il s'agit là d'anti-morales désirant se faire passer pour des morales. La morale et la réalité humaine sont tout autres. La
majorité des hommes sont des agneaux pour les autres
hommes. Rares sont les loups dans l'humanité. Et ces derniers, s'appuient justement sur ces anti-morales pour justifier leurs forfaits .
En résumé, la majorité humaine est plutôt
optimiste sur l'avenir humain. La minorité pessimiste, travaille, elle aussi et indirectement, à l'évolution positive de l'humanité.
Le pessimisme comme moteur
Je ne puis concevoir intégralement
ce que je suis. L'esprit est donc trop étroit pour se
contenir lui-même ?
C'est sur moi-même que je m'épuise. Je
suis devenu pour moi même une terre de difficultés
et de sueurs accablantes. » Saint Augustin
Il
y a plusieurs façons d'appréhender le monde : à la mesure de quelques générations
autour de la notre, ou à l'échelle de l'histoire de l'humanité entière.
Sous la vision étroite de quelques décennies, la violence
humaine et les
régressions ponctuelles, peuvent donner de l'évolution, une image vide de sens ou évoluant
vers le pire.
Ce sentiment inconfortable engendre un certain pessimisme. Ce pessimisme est générateur de souffrance. Pour s'en libérer, les hommes doivent lutter
contre l'égoïsme et l'injustice qui en est l'origine (la religion, la politique).
En réalité, même s'il existe effectivement
des périodes ponctuelles d'insoutenables
barbaries, d'égoïsme
cruel et d'affaiblissement éthique et moral, l'humanité ne cesse pourtant de s'améliorer.
L'espèce humaine ne va pas de
plus en plus mal. C'est l'homme qui devient de plus en plus
sensible au mal.
Depuis que l'homme a créé ses premières lois et leur a permis de progresser, le mal est condamné à régresser sans cesse pour disparaître à terme,
tout à fait.
Le mécanisme en est simple :
-
Le mal s'exprime. Il transgresse les interdits. Engendre de la souffrance … La société crée des lois pour faire régresser ce mal. L'humanité devient plus sûre. La sensibilité humaine, l'empathie, le confort augmente. Devenu plus sensible, l'homme ne supporte plus certains abus qu'il tolérait auparavant. Il légifère. Créer de nouvelles lois. Et ainsi de suite. Ce mécanisme, auto alimente sa propre activité. Plus la sécurité et la paix augmente dans la société, plus la sensibilité de l'être se développe. Plus la sensibilité de l'homme augmente, moins il supporte le mal (qu'il soit subit par lui-même ou par ses congénères). En fin de compte, la sensibilité, les lois, la morale,
la justice, l'égalité et l'éducation progresse dans l'humanité.
Nous sommes encore une fois en présence de la « ruse de la raison » chère à Hegel.
La transgression
oblige la société à créer toujours plus
de lois pour s'en défendre et enrichit ainsi l'instrument
destiné à sa propre extinction. Notre sensibilité, en progressant, rend notre confrontation
au mal de plus en plus insupportable. Nous sommes
alors condamnés à lutter contre le mal sous toutes ses
formes jusqu'à sa complète disparition.
Au final, le pessimisme et la sensibilité, se révèlent être deux instruments fondamentaux de notre évolution vers la perfection.
Pour être complet nous pouvons ajouter la manipulation politique au rang des
instruments inconscients d'évolution. En effet, lorsque certains hommes politiques utilisent la peur pour attirer vers eux de nouveaux électeurs,
Ils doivent en même temps travailler sur la transgression pour faire bonne figure.
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