philosophie naïve du devenir humain
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La culture... ce qui a fait de l'homme autre chose qu'un accident de l'univers. André malraux

L'invention culturelle

l'homme est un être culturel par nature parce qu'il est un être naturel par culture.
Edgar Morin

L'unicité de l'homme réside dans son adaptation biologique particulière au milieu, laquelle lui a permis d'acquérir la station bipède, puis un développement fonctionnel du cerveau, processus unique dans le monde du vivant.

Son évolution biologique a d'abord suivi le même rythme que son évolution culturelle : son rythme biologique, qui est de l'ordre du million d'années, a été ponctué par les étapes paléontologiques du rameau humain (sivapithèque, pré-australopithèque, homo) et jusqu'au stade actuel, sapiens, il y a environ 100 000 ans. Son rythme culturel a été, à ses débuts, en phase avec son rythme biologique ; il a été marqué par l'émergence des premiers outils entre trois et 4 millions d'années, des premiers silex taillés vers 700 000 ans, de la découverte du feu vers 400 000 ans, des premiers rites funéraires et de la fabrication des premiers pigments colorés il y a environ 50 000 ans. Puis son évolution culturelle s'est accélérée après la dernière glaciation

[...]

Contrairement à ce qui a lieu pour la création organique (organe écholocateur par exemple), l'invention culturelle n'est pas inscrite dans le génome.

Il en résulte une grande fragilité : quand les premiers missionnaires jésuites, arrivèrent en Chine à l'époque Ming, le peuple chinois avait oublié beaucoup des connaissances qu'il possédait à l'époque Song : le boulrsement dramatique de la société chinoise par les hordes gengiskhanides avait fait s'effondrer sa mémoire.

Il en résulte pas contre une grande souplesse qui se manifeste dans les possibilités adaptatives de l'homme.

L'adaptation culturelle de l'homme à son milieu lui a permis de répondre aux défis écologiques (due notamment aux sécheresses et aux froids extrêmes) qui modifièrent, d'une manière fondamentale, son environnement ;

l'homme a pu survivre en s'adaptant ou en fuyant vers des niches écologiques plus propices.

L'agriculture et l'élevage furent inventés en réponse à une pression économique de la population, lorsque la grande transformation écologique postwürmienne n'a plus permis la cueillette et la chasse ;

les textiles furent inventés, lorsque les peaux des animaux devinrent insuffisantes pour se vêtir.

Les découvertes et inventions de l'homme ont sans cesse permis de suppléer aux déficiences du milieu.

Robert Bouchez et Claire Laurent. histoire des moeurs. La pleiade

 

De la nature à la culture

Le chaînon manquant entre le singe et l'homme, c'est nous.
Pierre Dac

Comme vous l'avez déjà remarqué dans les chapitres précédents de notre philosophie, une grande partie de notre réflexion sur l'évolution humaine, utilise la comparaison entre ce que j'appelle les primates naturels (autrement dis les primates sociaux vivant sous les règles de la nature)  et les primates culturels (autrement dit l'homme vivant sous les règles de la culture).

Dans le premier chapitre (intitulé « comportement ») nous avons vu que notre espèce, par rapport aux autres primates, cherche à améliorer le comportement de l'homme envers ses semblables (l'universalisation de l'anglais, du tourisme, les échanges entre étudiants, la critique du racisme etc.).

Dans ce chapitre, nous allons étudier les points d'évolution entre les primates naturels et l'homme, à propos de la maîtrise de l'environnement.

Maîtrise du comportement et de l'environnement, ont une influence sur le taux d'agressivité global de l'espèce.

En effet, comme l'écrit Odile Petit, à propos des chimpanzés : la vie en groupe va placer les individus en situation de compétition vis-à-vis de ressources essentielles telles que la nourriture, l'eau ou les partenaires sexuels. L'agression et l'expression de cette compétition, elle comporte un risque important pour chacun des opposants potentiels.

La maîtrise - ou plus précisément la gestion - de l'environnement (autrement dit la gestion des ressources essentielles et leur juste répartition à l'ensemble des hommes), est donc une nécessité pour atteindre une paix définitive au sein du groupe humain (est aujourd'hui, nous pouvons le comprendre à travers le gaspillage, ce n'est pas une question de quantité de ressources essentielles, mais de partage, de juste répartition ... donc, ce n'est plus qu'un problème d'OUvertuRE de conscience).

Car en réalité, cette gestion des ressources essentielles, nous l'avons acquise.

Autrement dit, si nous voulions aujourd'hui, offrir à chaque être humain le minimum vital - nourriture, eau - sans qu'il soit soumis au principe de compétition, nous pourrions le faire.

Seulement, si l'agressivité humaine existe encore de nos jours alors que nous avons les moyens intellectuels et physiques de la dépasser, c'est qu'elle correspond à un autre besoin.

Une partie de la réponse pourrait être la cohésion sociale dont il semblerait bien qu'elle soit plus forte dans les sociétés primates les plus agressives.

On peut penser, écrit encore, Odile Petit, que l'agression aura des conséquences sur l'organisation du groupe social, en entraînant, par exemple, une dispersion des individus.

Or en 1974, Nagel et Kummer, constatent que les singes cercopithécines, qui sont les plus agressifs des primates en termes de fréquence d'agression, semble présenter les sociétés les plus clairement organisées.

À partir de ce constat on peut supposer que l'agression est probablement l'un des facteurs structurants de l'organisation d'un groupe social.

À mon sens donc (et c'est ce qui ressort, me semble-t-il, de l'étude éthologique d'Odile Petit), c'est plutôt la capacité à gérer l'agression qui constitue l'instrument structurant, Ce sont les attitudes supérieures qui découlent de l'agression - RECONCILIATION, CONSOLATION, pardon - qui accroîssent au final, la cohésion du groupe.

 

De la culture à la sérénité

Bonne est l'action qui n'amène aucun regret et dont le fruit est accueilli avec joie et sérénité. Bouddha

Il semblerait qu'il y ait toujours plusieurs forces à l'oeuvre dans l'évolution de l'humanité. Certaines semblent tirer l'humanité vers l'arrière, d'autre l'a poussée vers l'avant. En réalité, l'ensemble de ses activités « négatives » et « positives », améliore progressivement notre comportement et notre adaptation au milieu.

Par exemple, même si la société actuelle, à cause de la toute-puissance du marché et des dominants, abêti, stresse et angoisse l'être humain pour en piller toute la substance, comme nous maîtrisons de mieux en mieux notre environnement, nous augmentons parallèlement notre capacité à accéder aux états de sérénité, de quiétude, de tranquillité d'esprit.

Il n'est pas très facile a priori de mesurer correctement l'apport du progrès à la quiétude, dans la mesure où il apporte aussi des désagréments. Entre le Moyen Âge ou le siècle dernier et l'époque actuelle le confort domestique dans la plus grande partie du monde, a largement progressé. La maison est remplie d'ustensiles qui nous permettent d'économiser du temps, de l'énergie, de la santé, etc. Seulement, cette somme d'objets nouveaux engendre parallèlement à cette quiétude, une somme de nouvelles inquiétudes, une quantité de petites contrariétés.

Mais même si toute comparaison ne peut être que subjective, même si nous ne connaissons pas encore suffisamment la façon dont les grands singes appréhendent le monde, nos petites astreintes n'ont rien à voir en comparaison aux contraintes et aux dangers auxquelles doivent faire face les primates naturels. Si nous nous en tenons aux conditions de vie pratique entre nature et civilisation, aux difficultés particulières liées aux deux modes d'existences et aux problèmes résolus par l'humanité, la vie humaine parait largement préférable.

Nous pouvons tout de même avoir une petite indication de l'intérêt du confort et de la maîtrise de l'environnement en nous appuyant sur les aspirations humaines.

La tendance spontanée de l'homme n'est pas orientée vers un retour au tribal, au nomadisme, à la vie de la jungle. la plupart des êtres humains au contraire, aspirent lorsqu'ils vivent dans des endroits sans confort, a la citadinité. c'est la raison pour laquelle, de tout temps, les individus migrent, lorsqu'ils peuvent le faire, de la tribu et du village, vers la ville. Les êtres humains vivant dans les pays disposant d'un faible confort, désirent pour eux et leurs enfants, et c'est tout à fait compréhensible, immigrer vers les pays qui disposent au contraire de tout ce qui se fait de mieux dans le progrès.

Vu sous cet angle, les animaux des zoos (si tant est qu'ils soient bien traité), où les primates dont s'occupe par exemple Odile Petit, serait plus heureux que les singes en liberté … et Washo a été le plus heureux de tous.

Vu sous cet angle encore, sûr d'agir pour le bien de la cause animale, les organisations qui militent pour renvoyer les animaux sauvages dans la nature, les écologistes qui se battent pour réintroduire des prédateurs là où ils avaient disparu, feraient sans doute fausse route. Les prédateurs, comme nous, préfèrent sans doute qu'on les dorlotent et les nourrissent, plutôt que d'avoir à chasser.

Ils s'opposeraient en réalité, à une aspiration générale du vivant, celle de tendre naturellement vers toujours plus de confort, plus de quiétude, plus de sérénité.

 

Comparaison des conditions de vie

Tout cela reste évidemment à discuter.

En tout cas, nous pouvons mesurer quelques bienfaits intéressants du progrès entre l'être humain et le primate naturel :

  • Tout d'abord, il y a la contribution obligatoirement donnée aux prédateurs par nos cousins singes, et qui, relativisée à la population humaine est sans doute conséquente.
  • Ensuite, il y a l'impuissance pour les autres primates de se protéger correctement des grandes catastrophes climatiques (sécheresse, feux de forêt, déluge, etc.)
  • Il y a ensuite leur vulnérabilité devant les blessures et les maladies.
  • Il y a également leur incapacité à quitter leur confinement obligatoire dans un lieu géographique donné.
    Et enfin , leur espérance de vie est globalement moins importante que celle de l'homme.

Au contraire, l'homme, grâce à sa maîtrise de l'environnement est parvenu à :

  • se libérer pratiquement totalement des prédateurs.
  • Il apprend de mieux en mieux à se protéger des caprices du climat.
  • Il est de moins en moins vulnérable aux blessures et aux maladies.
  • Il peut voyager sans contrainte sur l'ensemble de la planète, (et quand ce n'est pas le cas c'est à cause des guerres enclenchées par les dominants)
  • son espérance de vie ne cesse de s'accroître.
  • Les relations inter communautaires ont constamment pris de l'envergure, passant de la tribu à la cité, au pays, à la nation pour aborder aujourd'hui l'universalité.

Pour mesurer correctement l'intérêt qu'il y a à gérer de mieux en mieux notre de l'environnement, nous devons nous projeter dans un temps où cette gestion aurait atteint sa perfection, autrement dit un temps où le progrès ne sera plus une contrainte pour l'homme.

À mon sens, c'est vers ce temps que nous allons.

 

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