Le passage au troisième millénaire, en philosophie, c'est peut-être cela : réaliser qu'on n'accomplira des progrès qu'en passant par des pensées minuscules et non plus majuscules. Pascal Engel
L'homme et l'invention.
La culture c'est ce qui fait l'humain Monica BelluciSi toutes les ESPECES ANIMALES
possèdent la faculté « machinale » d'adapter
leur organisme à leur environnement, seul l'HOMME, grâce à ses
aptitudes inventives et ses nombreux outils , peut s'adapter à l'ensemble
des milieux.
Grâce à l'homme, le progrès est passé de
biologique à technologique.
En effet, nos DONS d'INVENTEUR, nous
permettent, en imitant la nature, d'acclimater
l'humanité à l'ensemble
des environnements.
C'est ainsi que nous maîtrisons de mieux en mieux les éléments
: marin, aérien et terrestre.
Nous savons à présent
copier à peu près toutes les stratégies mises au
point par la nature pour acclimater les espèces à toutes
sortes de milieu.
Comme les chauves-souris ou les
baleines, nous utilisons l'écho pour distinguer
des objets dans la nuit. Comme la pieuvre ou le lézard
nous nous servons de ventouses pour escalader les parois
lisses, etc..
L'unicité de l'homme réside
dans son adaptation biologique particulière au milieu,
laquelle lui a permis d'acquérir la station bipède,
puis un développement
fonctionnel du cerveau, processus unique dans le monde du vivant.
Son évolution biologique a d'abord suivi le même rythme
que son évolution culturelle : son rythme biologique, qui
est de l'ordre du million d'années, a été ponctué par
les étapes paléontologiques du rameau humain (sivapithèque,
pré-australopithèque, homo) et jusqu'au stade actuel,
sapiens, il y a environ 100 000 ans. Son rythme culturel a été, à ses
débuts, en phase avec son rythme biologique ; il a été marqué par
l'émergence des premiers outils entre 3 et 4 millions
d'années, des premiers silex taillés vers 700 000
ans, de la découverte du feu vers 400 000 ans, des premiers
rites funéraires et de la fabrication des premiers pigments
colorés il y a environ 50 000 ans. Puis son évolution
culturelle s'est accélérée après la
dernière glaciation ; mais cette accélération
n'a pas été accompagnée d'un changement de
la constitution biologique de l'homme, et en particulier de son
cerveau : le niveau de l'intelligence ne s'est pas élevé,
c'est la somme des connaissances accumulées qui s'est accrue.
Robert Bouchez et Claire Laurent histoire
des moeurs la pléiade ( voici selon nous, une belle
analyse de l'évolution, même si nous ne sommes pas
tout à fait
d'accord avec la conclusion selon laquelle l'accélération
n'aurait pas été accompagnée
d'un changement de la constitution biologique de l'homme ...
En effet, nous pensons au contraire, que les millénaires
d'adoucissement des MOEURS, l'apparition, la persistance, et la
transmission permanente des
grandes valeurs humaines, agissent sur la constitution cérébrale
même
de l'homme. Ces insistances modifient peu à peu notre cerveau,
le rendent de plus en plus apte à l'EMPATHIE, à l'amour
d'autrui, et
au bonheur)
L'homme, obligé d'invention
Le nom du plus grand des inventeurs : accident. Mark
Twain Ce
mécanisme poussant l'humanité vers toujours plus
d'adaptation, vers toujours plus de confort, de connaissance,
de
sensibilité, et d'universalité nous
le devons à l'émergence
progressive de nouvelles capacité cérébrales.
Celles ci nous offrent de nouveaux moyens techniques d'évoluer.
Grâce à la grande mobilité des hommes sur
la planète, à leur curiosité d'autrui,
à leur goût pour les échanges, mais également à cause
des conflits et des guerres, notre espèce
a développé une
puissante INTERDEPENDANCE INTERCOMMUNAUTAIRE.
Cette obligation d'échanger (à laquelle s'ajoute un vrai plaisir d'innover), font de l'humanité une
machine à création, à invention, à amélioration,
donc une MACHINE à PROGRES.
- Cette puissance créatrice, nous la devons tout d'abord à la
force de notre IMAGINAIRE, à nos capacités d'élaborer des outils, des techniques et des objets
nouveaux.
- Nous le devons aussi au développement de
nos moyens de DEPLACEMENT et de COMMUNICATION (langage, voyage
etc.). Ces capacités
relationnelles nous ont permis de développer de nouvelles
formes d'entraide inter groupe - étant sociable, interdépendant
et nomade, l'homme a pu propager ses nouvelles connaissances
et ses nouvelles inventions à l'extérieur de son
groupe.
- Nous
le devons également à notre mémoire et à la
naissance de l'ECRITURE, c'est deux capacités extraordinaires,
nous ont permis d'accumuler et de protéger les
CONNAISSANCE acquises par l'homme au fil du temps pour éviter
toute régression.
- Et nous le devons enfin à l'acquisition de notre
morale et au développement de notre ESPRIT critique. Ces deux valeurs
nous permettant d'orienter les actions humaines dans le sens du
bien de l'humanité (le mal étant là pour
permettre au bien de s'affirmer)
L'homme, l'outil et l'invention
Conviviale est
la société où l'homme contrôle l'outil.
Yvan Illich
De
toutes les espèces vivantes, seule la notre utilise
son RAISONNEMENT et des OUTILS sophistiqués
pour s'adapter le mieux possible à l'ensemble de son environnement.
Le
principe créateur d'organe s'est prolongé chez
l'homme hors de lui-même pour devenir outil.
En observant de façon globale l'évolution du vivant,
l'outil n'apparaît pas comme une rupture totale. Il prolonge
artificiellement un principe naturel et continue un mécanisme
déjà entrepris chez les primates quand ils utilisent
des bâtons pour impressionner leur adversaire ou pour attraper
des termites.
Le développement de l'outil nous a permis de rompre avec
notre précédent statut de PROIE (à quelques
exceptions près les autres espèces ne sont plus une
menace pour l'homme).
Le progrès nous a également offert une certaine
autonomie face aux éléments naturels :
- autonomie de mouvement (l'homme à présent est capable
d'évoluer par tous les temps).
- autonomie alimentaire (nous
avons les moyens de produire, d'engranger, de stocker,
de conserver et de distribuer suffisamment de nourriture pour
alimenter l'ensemble humain).
- autonomie de déplacement (plus aucun espace de ce monde n'est inaccessible à l'humain)
L'outil en se diversifiant engendra la technologie qui accéléra
le principe du progrès.
Lorsque nous observons l'évolution des TECHNOLOGIES dans leur
ensemble, entre les premiers hommes et nous,
leur apport positif semble incontestable.
Et malgré la somme
de problèmes engendrés par le progrès (et
qu'il engendre encore), celui-ci nous a libérés d'une
grande partie des contraintes liées à la nature (même
s'il nous reste à nous
libérer des contraintes inhérentes à la technologie
même).
Globalement, de siècle en siècle, et à densité comparable,
la situation de l'espèce humaine s'est améliorée
et s'améliore encore constamment.
La vie de l'homme aujourd'hui est plus
enviable que celle de l'homme du XIXème siècle.
Celle du XIXème plus confortable
que celle du XVIIIème, les moeurs du Moyen-Âge sont
globalement plus douce que celles de l'antiquité, celles
de l'Antiquité moins strictes que celles de la Préhistoire, etc.
...
L'homme et le progrès éthique
Le progrès correspond à un mouvement en avant, un
changement d'état vers un degré supérieur,
un mieux par lequel on approche d'un but, d'un idéal
À chaque époque
de l'évolution humaine, les hommes ont en charge de découvrir certaines choses,
de résoudre certains OBSTACLES, de surpasser certains
DANGERS.
Jusqu'à présent notre espèce s'est acquittée
correctement de chacune de ses missions.
Elle a appris à maîtriser
le LANGAGE, le FEU, le FER, le BRONZE, l'ECRITURE, l'ENERGIE,
la TECHNIQUE ...
Elle a survécu aux grandes épidémies et a découvert des moyens de les combattre.
Malgré les
GUERRES et la VIOLENCE, notre espèce s'est étendue
sur toute la terre.
Loin d'être un handicap, la DIVERSITE CULTURELLE,
la PLURALITE DES CONSCIENCES, des modèles de fonctionnement, ont fait grossir
le tronc commun des connaissances.
Si les derniers siècles ont été voués
au développement du progrès et de la technologie,
si les dernières décennies devaient s'occuper de
mettre en place la mondialisation, de nouveaux challenges incombent
aujourd'hui aux générations présentes et futures.
Nous devrons gérer les
problèmes de pollution, de partage des richesses, de
consommation, de relations inter communautaires, de développement
social planétaire, de rapports
Nord-Sud. Les problèmes de gouvernance internationale,
de délinquance internationale, d'entraide avec les états
fragiles etc.
Pour cela, les
dominants humains
devront parvenir à transcender leur communautarisme pour
travailler ensemble et de façon UNIVERSELLE,
pour le bien de l'humanité tout entière (la PSYCHOLOGIE,
la SOCIOLOGIE, la SCIENCE POLITIQUE, doivent associer leurs réflexions à ce
sujet).
Pour permettre aux dominants d'agir
pour le bien de l'ensemble, l'humanité devra préalablement
libérer les contre-pouvoirs : médias, justice, penseurs.
L'ensemble de ce potentiel critique et juridique, obligera alors
la conscience de ces dominants à respecter la justice, la
morale et l'éthique humaine.
Ce qui fait l'homme, c'est sa grande faculté d'adaptation.
Socrate Alors que l'homme au cours de la
phase « hominisation » a
réussi à s'adapter aux défis écologiques,
il se trouve actuellement confronté à un défi
majeur posé, non plus par la nature, mais par sa propre évolution
culturelle ; cette confrontation dramatique en déclin risque
de le conduire à son déclin en tant qu'espèce
s'il devient inadapté à la vie.
[…]
Premier défi, d'origine biologique, dû à l'expansion
accélérée, inégale dans le monde et
non maîtrisée, de la population humaine, à la
suite de grands progrès de l'agriculture (accroissement
démographique de la Chine des Ming, ou celui du Moyen Âge
européen au XIIe siècle) et surtout à la suite
de la révolution biologique du XIXème siècle (découverte
pastorienne entraînant l'hygiène, la maîtrise
des épidémies et celle de la mortalité infantile).
Second défi d'origine technologique, dû un hyperfonctionnement
non maîtrisé, et inégal dans le monde, des
capacités créatrices de l'homme et de son industrie.
Ainsi l'homme technologique moderne tend à inventer l'usine
sans ouvriers, qui fonctionnera, d'une manière automatique, à l'aide
d'un cerveau électronique ; ce cerveau commandera une population
de robots qui pourront dialoguer avec lui et produiront l'instrument
projeté. Alors que la révolution industrielle du
XVIIIe siècle (en Occident) et celle de l'énergie,
la nouvelle révolution industrielle de l'âge atomique
(amorcée en Occident et au Japon) et celle de l'information
; à noter que ces deux révolutions énergétique
et informatique, tendent encore à reproduire le modèle
biologique : assimilation de l'énergie, puis de l'information
avec développement du cerveau. Engagé dans le cycle
infernal de l'explosion technologique, l'homme est contraint d'inventer
sans cesse.
Défi (résultant des deux précédents)
dû à l'inégalité dans le monde à la
fois de l'explosion biologique et de l'explosion technologique
: les peuples les plus nombreux étant le moins développés
sur le plan technologique. La réduction de ces facteurs
d'inégalité et, sans conteste, une tâche importante
et urgente pour l'homme (Charles Maurazé, 1979).
[…]
Ce défi culturel majeur, auxquel l'humanité toute
entière se trouve confrontée, plonge ses racines
dans les violences historiques commises en vue de l'appropriation
ou au nom de la certitude. Il ne pourra être maîtrisé que
si une nouvelle politique émerge, essentiellement « pragmatique »,
comme le définit Pierre-Paul Grassé (1980) appuyée
sur la connaissance des éléments dont se compose
la nature complexe des choses et des êtres. L'émergence
d'une vision pragmatique du monde constituerait une véritable
renaissance. Dans le « jeu des possibles » du devenir
culturel et humain, une telle renaissance peut émerger dans
la société chinoise : malgré les regrettables événements
qui, en 1989, se sont produits en Chine, celle-ci pourrait parvenir à équilibrer
les tendances destructrices de la société compétitive
occidentale, intolérante et belliqueuse, et que l'hypertrophie
technologique contribue à appauvrir dans le domaine des
idées.
Robert Bouchez et Claire Laurent histoire des moeurs
la pléiade.
En résumé, nous pouvons dire que l'OUVERTURE de
la CONSCIENCE fait partie des chantiers imminents de l'humanité.
Ainsi donc, si le principe du progrès
et le développement
technologique se poursuivent (et il n'y a pas de raison que cela
cesse), s'ils parviennent à surmonter leurs incohérences
et leurs gaspillages, ils devraient donc être en mesure
d'adapter idéalement l'humanité au monde, de réduire à zéro
les risques inhérents a la nature et d'offrir un confort
absolu.
La question suivante sera donc de savoir à quoi
correspond ce confort absolu et dans quel but notre espèce
cherche-t-elle à l'atteindre.
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