| Nous sommes automates dans les trois quarts de nos actions. Leibniz
Notre sagesse étant encore défaillante,
la contemplation dans la solitude de nous-mêmes, n'est
pas à notre portée. Alors, pour ne pas trop nous
angoisser, nous devons faire le travail qu'un jour feront nos
robots. Faggiani
Progrès et maîtrise des pulsions
système simplifiant tellement le travail qu'on finira par avoir besoin d'un cerveau électronique pour se tourner les pouces. Noctuel
La pression constante et exponentielle de
la loi, de la morale, de l'EDUCATION, de la psychologie ... nous
oblige à maîtriser de mieux en mieux nos pulsions. Ainsi,
nos pulsions de domination poussant bien souvent l'homme à imposer
son joug sur l'homme pour en faire son esclave, se déplace
progressivement sur nous-mêmes.
Autrement dit, l'homme doit apprendre à dominer de
mieux en mieux son instinct de domination car celui-ci
devient un délit de plus en plus sanctionné, sur l'ensemble
de la planète.
À terme, toutes nos pulsions à la domination, sont
destinées à passer sous la coupe de la volonté d'égalité.
Cette tendance à exprimer nos désirs
primaires - domination, prédation,
agressivité - est non seulement comprimée
par l'éducation et les interdits,
mais également par la technologie.
En effet, nous ne pouvons plus laisser libre cours à nos pulsions, dans la mesure où la majorité de notre environnement exige de nous une certaine vigilance, une certaine maîtrise de soi.
Il faut être concentré en traversant la route, concentré au travail, en maniant nos outils, concentré dans notre cuisine, à l'école, en voiture, en bricolant etc.
Lorsque nous conduisons par exemple, nous devons contenir notre agressivité et notre impulsivité, sous peine de courir soi-même un grand risque.
Entre le primate naturel que nous étions, et l'homme que nous sommes devenu, le nombre d'outils, d'USTENSILES, d'objets dont nous avons la gestion, a considérablement évolué.
Si la plupart des singes ont appris à utiliser
quelques objets - bâton, pierre - l'homme contemporain doit
la plupart du temps, manipuler chaque jour, une énorme quantité les
les, d'instruments, de machines.
Automatisation, robotisation, mécanisation
Ballotté, manipulé, automatisé, l'homme perd peu à peu la notion de son être. Vaclav Avel Progressivement, les objets et les outils de l'homme, se sont sophistiqués, se sont complexifiés et sont en train, peu à peu, de s'automatiser, de se robotiser.
Nous pouvons considérer l'auTOMATISATION sous deux aspects :
Un aspect positif si l'on considère qu'elle libère progressivement l'homme de ses contraintes, lui évite une déperdition d'énergie, et lui offre (en principe), de plus en plus de temps libre, qu'il peut consacrer à son épanouissement personnel ou à son plaisir.
Et un aspect négatif si on estime au contraire l'automatisation comme un fabricant de chômage et d'aliénation, comme déshumanisant et désocialisant.
Commençons par nous alléger de cette dernière vision pessimiste, qui nous semble partiellement inexacte.
Nous pourrions en effet attribuer à la ROBOTISATION et à l'auTOMATISATION, des problèmes qui paraissent effectivement en découler - progression du chômage, déshumanisation du travail, aliénation à la technologie, dilution des relations sociales etc.
Seulement, en y regardant de plus près, ni le progrès technologique, ni l'automatisation, ni encore l'objet, ne sont en cause dans ces maux. C'est l'homme et sa façon d'utiliser ses inventions.
- C'est en effet l'homme dominant qui préfère (qui est contraint, serait plus juste) mouvoir ses sociétés en utilisant les mécanismes de l'esclavage, de l'ABUS, de l'alIEnation, au lieu d'opter pour des systèmes respectueux de l'individu. C'est l'homme qui, alors qu'il en a déjà les moyens, refuse les organisations basées sur le bien-être de la population, sur la solidarité, la culture, la diminution du temps de travail, son partage et le partage des richesses ...
- C'est en effet l'homme dominant qui préfère imposer
comme règle d'évolution, la compétition
féroce plutôt que la compétition ludique
et respectueuse, la productivité insensée plutôt
que la qualité, le rendement inconscient plutôt
que le rendement conscient et respectueux de la planète
et des animaux qui nous servent de nourriture, le profit au
détriment des conditions de travail valorisantes ...
- C'est en effet l'homme dominant qui refuse d'imposer à l'échelle mondiale la journée de quatre heures de travail, aucun travailleur de moins de 16 ans, l'interdiction de toute cadence qui robotise l'être humain, le doublement des effectifs pour rendre le travail confortable, un salaire décent pour tous ...
- Ce sont bien les valeurs diffusées par des hommes qui durcissent les conditions de vie de l'humanité, qui développent le narcissisme, l'occidentalocentrisme, l'individualisme, la compétition sauvage, la violence, le profit autiste, le non respect d'autrui ?
Le monde s'écroulerait-il si de telles lois venaient à être imposées ? Combien de temps faudrait-il à la société humaine pour adopter une telle forme évolution
Bons ou méchants robots
Les bombes atomiques robots n'ont ni choix à faire
ni décision à prendre. Van Gogh Vers
une humanité respectueuse.
À l'aide d'une véritable intention mondiale, les hommes parviendront à adoucir les conditions de vie, donc les relations humaines dans nos sociétés.
A l'aide d'une véritable intention, les médias parviendront à exalter et à développer les valeurs xénophiles, généreuses, philanthropes, bienveillantes et altruistes dans l'humanité (Ce qui fera, bien entendu, barrage à toutes les réactions opposées).
En réalité, la majorité des problèmes attribués au progrès ou à l'automatisation sont le fruit de l'irrespect de l'homme envers l'homme. Ils découlent de notre capacité à traiter autrui en esclave au lieu de vouloir le mieux pour lui.
Utilisée par une humanité respectueuse, l'auTOMATISATION « humaniserait » au contraire d'aujourd'hui, le travail de ses ouvriers en leur offrant plus de temps libre, plus de temps pour s'éduquer et élever ses enfants.
L'utilisation malveillante du travail à la chaîne découle de l'incapacité humaine à reconnaître correctement autrui.
Le but réel et final de la robotisation est de prendre
en charge la plupart des activités manuelles mais également
psychiques, qui occupent l'esprit humain.
Progressivement les machines se substituent à l'intelligence, à l'organisation, à la gestion, à la mémoire (surveillance, détection, contrôle, mesure, gestion, reconnaissance des formes, identification à partir de multiples critères, aide à la décision, à la conception, au diagnostic, à la maintenance ...).
Ces machines délestent progressivement le psychisme d'une quantité de soucis qui précédemment occupaient l'homme.
Ce soulagement d'activité nous permet aujourd'hui déjà, d'économiser une somme d'énergie physique considérable et conduisant progressivement notre espèce vers le bonheur, la paix et la sérénité.
Robotisation et extase
Ce que nous appelons bonheur consiste dans
l'harmonie et la sérénité, dans la conscience
d'un but, dans une orientation positive, convaincue et décidée
de l'esprit, bref dans la paix de l'âme. Thomas Mann C omme
vous l'aurez compris à la fin de ce châpitre, selon
nous, la robotisation est plutôt un bienfait pour l'humanité.
Par-delà les services rendus par l'auTOMATISATION aux sociétés contemporaines, notre philosophie voit dans la ROBOTISATION une des conditions d'accès à la sagesse par l'humanité, une des conditions d'accès à la contemplation et à l'extase.
Quand l'homme échange un bien pour un mal, et utilise par exemple à mauvais escient la robotique, c'est simplement parce qu'il n'a pas résolu les grands problèmes psychologiques liés à sa métamorphose (métamorphose mettant en jeu la perte progressive d'un certain nombre de ses tendances et de ses instincts).
Ainsi, si nous prolongeons dans le futur cette automatisation progressive de l'humanité, il semble évident qu'elle nous dirige vers un temps où la machine prendra en charge l'ensemble des activités contraignantes de l'humanité.
Lorsque l'humanité sera complètement aboutie, complètement finalisée, l'être humain vivra vraisemblablement dans un monde où toutes ses tâches ingrates seront entièrement robotisées (une robotisation bienVEILLANTE évidemment, puisque l'humanité aboutie signe en même temps la fin du comportement asocial et violent).
l'homme ainsi libéré de toutes les corvées pénibles, pourra se consacrer entièrement à la quiétude, à la contemplation, et aux extases de la spiritualité (qui sont supérieurs, nous le démontrerons plus loin, à toute forme de plaisir connaissable).
Aujourd'hui, il est beaucoup trop difficile, pour la plupart d'entre nous, d'accéder facilement à cet état sublime de bonheur absolu ou d'extase. Les efforts d'ascétisme et de maîtrise qu'il exige sont beaucoup trop violents encore, pour que l'homme ait envie d'y consacrer entièrement sa vie.
En tant qu'homme constructeur surchargé de désir de plaisir et d'envie irrépressible d'agir pour accéder à tous ces plaisirs, l'idée d'oisiveté (contemplation) nous est insoutenable .
Ce ne sera sans doute plus le cas dans le futur. En prolongeant
sa métamorphose, l'esprit humain va progressivement se
détacher du goût pour l'action et des plaisirs violents
et bagarreurs pour préférer de plus en plus
le bonheur de la contemplation.
Voilà donc bien, selon nous, la finalité de cette robotisation progressive que l'on voit se développer dans l'humanité. Elle est là pour permettre à l'homme de consacrer son temps de vie au bonheur et à la méditation contemplative (dont nous mesurerons dans les prochains chapitres, la véritable signification).
philosophie et robot >> Bergson |