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  • extase

Soren Kierkegaard

extrait du journal 1834-1846

1835

Kierkegaard, Soren KierkegaardPortrait au crayon du philosophe suédoisLe 29 juillet. Quand de l'auberge on passe le Pont Noir (ainsi nommé parce que la peste ne l'aurait pas franchi jadis) et que l'on s'en va par les champs nus qui longent les grèves, après un quart de lieue vers le nord on arrive au point dominant, au Gilbjerg. Ce coin a toujours été l'un de mes préférés. Et quand je m'y trouvais par une soirée tranquille, quand la mer d'une profonde et calme gravité entonnait son chant ; quand l'oeil ne croisait pas une seule voile sur l'immense surface, et que la mer n'avait de bornes que le ciel, et le ciel que la mer ; quand vers la terre à l'activité remuante de la vie s'éteignait, et que les oiseaux chantaient leur prière du soir c'est alors qu'ont surgit vers moi de leur tombe les quelques morts que j'aime, ou, pour mieux dire, ils ne me semblaient pas mort. je me sentais si bien parmi eux, un vrai repos dans leurs bras, et le sentiment d'avoir quitté mon corps et, dans un éther supérieur, de planer avec eux … Alors le cri enroué de la mouette me rappelait mon isolement et, tout disparu à mes yeux, le cœur gros de mélancolie, je rentrais me mêler aux bouillonnements du monde sans oublier pourtant ces minutes bien heureuses.


Valladier, Rousseau. Althusser

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