Le bonheur ne consiste pas
dans la possession de troupeaux et
de l'or. C'est dans l'âme qui
est le siège de
la béatitude. Démocrite
Philosophie et extase
Jean-Jacques Rousseau
Mais s'il est un état où l'âme trouve une assiette assez solide pour s'y reposer tout entière et rassembler là tout son être, sans avoir besoin de rappeler le passé ni d'enjamber sur l'avenir ; où le temps ne soit rien pour elle, où le présent dure toujours sans néanmoins marquer sa durée et sans aucune trace de succession, sans aucun autre sentiment de privation ni de jouissance, de plaisir ni de peine, de désir ni de crainte que celui seul de notre existence, et que ce sentiment seul puisse la remplir tout entière ; tant que cet état dure celui qui s'y trouve peut s'appeler heureux, non d'un bonheur imparfait, pauvre et relatif tel que celui qu'on trouve dans les plaisirs de la vie, mais d'un bonheur suffisant, parfait et plein, qui ne laisse dans l'âme aucun vide qu'elle sente le besoin de remplir. Tel est l'état où je me suis trouvé souvent à l'île de Saint-Pierre dans mes rêveries solitaires, soit couché dans mon bateau que je laissais dériver au gré de l'eau, soit assis sur les rives du lac agité, soit ailleurs au bord d'une belle rivière ou d'un ruisseau murmurant sur le gravier. Rousseau reveries V
Philosophie de Plotin
Il est impossible de traduire ce que l'on
ressent au contact de l'Un dans l'extase : nous le saisissons assez
pour parler de lui, mais sans que nos paroles l'atteignent en lui-même.
« Nous disons ce qu'il n'est pas, nous ne disons pas ce qu'il
est » « si l'on veut parler de lui avec vérité,
on ne peut dire que des négations » « car il
n'est rien de ce dont il est le principe ».
De même que pour voir la nature intelligible, il ne faut plus
avoir aucune image des choses sensibles et contempler ce qui est
au-delà du sensible, de même pour voir ce qui est au-delà
de l'intelligible, il faut écarter tout intelligible. On
apprend bien, grâce à l'intelligible, l'existence de
ce terme suprême, et pour savoir ce qu’est l’idée,
il faut écarter toute intelligible » « il faut
s'éloigner de la science et de ces objets, il faut abandonner
toute autre contemplation, même celle du beau » «
l'âme doit être dépourvue de forme pour qu'il
ne s'y loge aucun obstacle qui l'empêche d'être rempli
et éclairé par la nature première».
L'intelligence, mettant un voile sur les autres objets et se recueillant
dans son intimité, ne voit plus aucun objet ; mais elle contemple
alors une lumière qui n'est point en autre chose, mais qui
lui est apparue subitement, seule, pure et existant en soi-même.
Elle ne sait pas d'où cette lumière est apparue. Est-elle
extérieure ou intérieure ? Quand elle a cessé
de la voir, elle dit : elle était intérieure, et pourtant
elle ne l'était pas ».
« Qu'on se figure, d'après les amours d'ici-bas, ce
que doit être la rencontre de l'être le plus aimé
: les objets que nous aimons ici sont mortels et caducs ... Ils ne
sont pas le bien que nous cherchons. Le véritable objet de
notre amour est là-bas, et nous pouvons nous unir à
lui, en prendre notre part et le posséder réellement
». « En cet état, l'âme peut juger et connaître
que c'est bien là ce qu'elle désirait, et elle peut
affirmer qu'il n'y a rien au-dessus. Là-bas, pas d'erreur
possible : où trouver plus vrai que le vrai ? La joie qu'elle
éprouve n'est pas fausse, et elle déclare que cette
joie n'est pas due à un chatouillement du corps mais au retour
à son bonheur d'autrefois ». « Hors d'elle-même
et enivré de nectar, elle devient intelligence aimante en
se simplifiant pour arriver à cet état de plénitude
heureuse. Et une telle ivresse vaut mieux pour elle que la sobriété
».
La preuve qu'on a atteint le bien, c'est qu'on s'améliore,
qu'on n’éprouve plus de regrets, que l'on est rempli
de lui, que l'on reste auprès de lui et qu'on ne cherche
plus rien ». « Tout ce qui auparavant faisait plaisir
à l'âme : dignité, pouvoir, richesse, beauté,
science, elle le méprise, et le dit. Mais le dirait-elle
si elle n'avait rencontré des biens meilleurs ? » Plotin
Philosophie de Michel Foucault
À travers les exercices d'abstinence et de maîtrise de soi qui constitue l'askêsis nécessaire, la place qui est faite à la connaissance de soi devient plus important : la tâche de s'éprouver, de s'examiner, de se contrôler dans une série d'exercices bien définis place la question de la vérité - de la vérité de ce qu'on est, de ce qu'on fait et de ce qu'on est capable de faire - au coeur de la constitution du sujet moral. Enfin, le point d'aboutissement de cette élaboration est bien encore et toujours défini par la souveraineté de l'individu sur lui-même ; mais cette souveraineté s'élargit en une expérience où le rapport à soi prend la forme non seulement d'une domination mais d'une jouissance sans désirs et sans trouble. Michel Foucault Gallimard le souci de soi
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