philosophie naïve du devenir humain

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La téléologie
L'extase et le temps
 

La création est de la part de Dieu un acte n'ont pas d'expansion de soi, mais de retrait, de renoncement. Dieu et toutes les créatures, cela est moins que Dieu seul. Simone Weil

L'humanité est vouée à atteindre sa perfection

Téléologie, sens, évolution

kant Le monde va de mal en pire : telle est la plainte qui s'élève de toute part, aussi vieille que l'histoire, aussi vieille même que la poésie antérieure à l'histoire, aussi vieille enfin que la plus vieille de toutes les légendes poétiques, la religion des prêtres. Toutes ces légendes pourtant font commencer le monde par le bien : elles parlent d'un âge d'or, de la vie dans le paradis, ou d'une vie encore plus heureuse dans la société des êtres célestes. Mais ce bonheur, elles le font bientôt évanouir comme un songe et ont hâte de nous dépeindre la chute dans le mal (le mal moral, avec lequel marche toujours de pair le mal physique), où le monde s'enfonce, à notre grand dépit, d'un mouvement accéléré; si bien que maintenant (et c'est un mainte­nant aussi vieux que l'histoire) nous vivons dans les temps suprêmes, le dernier jour et la fin du monde sont à nos portes, et, dans certaines contrées de l'Hindoustan, le Dieu qui doit juger et détruire le monde, Ruttren, est déjà adoré comme le Dieu qui est maintenant le plus fort, depuis que Wischnou, le conservateur du monde, fatigué de la charge que lui avait donnée Brahma, le créateur du monde, s'en est démis, il y a déjà plusieurs siècles.

A cette idée s'oppose une opinion plus moderne, opinion héroïque qui est beaucoup moins répandue et n'a trouvé crédit qu'auprès des philosophes et, de nos jours surtout, auprès des pédagogues : c'est l'idée que le monde marche précisément en sens inverse et qu'il va cons­tamment du pire au mieux (bien que d'un pas à peine perceptible), ou qu'il se trouve au moins dans la nature humaine une pré­disposition à un tel progrès. KANT

Quelle clairvoyance ...

Les traditionalistes sont pessimistes pour l'avenir et optimistes pour le passé Lewis MumfordPourtant, malgré toute la puissance persuasive de l'oeuvre kantienne entièrement vouée à la preuve de l'évolution positive (vers la paix universelle), la plainte nostalgique et réactionnaire d'un monde qui irait toujours de mal en pis, s'est prolongé bien après le philosophe de Königsberg, bien après les Lumières, après Hegel, Comte, Marx, Nietzsche ... , pour s'épanouir, telle la fleur du pessimisme, sous l'engrais des conduites absurdes initiées par l'excès matérialiste - surconsommation, gaspillage, marchandisation de l'être humain - grand démolisseur des spiritualités.

Que l'homme écrasé de servitude, interdit d'éducation ou bouleversé par la rapidité des changements, puisse ne pas se poser la question du devenir humain, du sens de l'évolution de l'humanité, on peut le comprendre ... mais cela ne devrait pas être le cas du philosophe, de l'artiste, du spirituel ou du scientifique.

En effet, chacune de ces corporations devrait être au contact de la téléologie, dans la mesure où :

  • elle est au contact de l'histoire, et l'histoire, par delà toutes les régressions ponctuelles, montre une progression generale positive (entre la tyrannie de la Grèce archaïque et la démocratie actuelle, entre la philosophie ou la science à ses débuts et la philosophie et la science contemporaine, il y a une évolution évidente).
  • D'autre part, tout artiste, philosophe, politique, ou scientifique, doit avoir la prétention d'apporter de la nouveauté à ce qui a déjà été fait, il est donc naturellement enclin à croire en un progrès positif de l'humanité. Si un artiste actuel par exemple, considère la peinture du quattro cento, supérieure à l'art contemporain, et s'il visait à négliger la création de son siècle pour tenter de dépasser la technicité de Michel-Ange, il sortirait immédiatement de l'histoire de l'art, son travail perdrait toute pertinence artistique même s'il en conservait une, au niveau technique ou copiste.

Quand au croyant, il lui est également difficile de mettre en doute le principe d'évolution positive :

  • S'il adhère à la vision monothéiste du judaïsme, du christianisme et de l'islam, il doit avoir foi en une progression linéaire évoluant vers un état de perfection ; l'apocalypse qui s'achève par le règne de Dieu sur un monde purifié, fait de justice et de sainteté, apportant le salut ! que nous pouvons traduire comme ceci ; l'Amour absolu (attribut suprême de dieu), régnera dans l'esprit des hommes devenus purs, justes et saints (et si l'amour règne dans l'esprit c'est la béatitude), offrant à l'être le salut, c'est à dire l'immortalité (immortalité n'ont pas physique, mais psychique, autrement dit l'anéantissement de la peur que la mort génère et dans laquelle elle prend véritablement corps)
  • S'il se rallie aux spiritualités asiatiques, attachées à une vision cyclique du monde, il en arrive curieusement aux mêmes conclusions. En effet, la forme cyclique passe par plusieurs phases, dont une de perfection et une de destruction. Même si l'hindouisme et le bouddhisme, place la perfection au commencement du cycle, comme l'age d'or chez les grecs, la forme cyclique du modèle replace forcément toujours une nouvelle perfection devant (et dans ce sens, elle précède une phase de destruction comme dans les religions monothéistes).

judaïsme, christianisme, hindouisme ...

 

La téléologie sous l'angle du spirituel Que l'humanité soit vouée à atteindre sa perfection terrestre, les différents monothéismes l'ont déjà exprimé sous forme de métaphore comme celle de la fin des temps.

Seulement cette fin des temps ne doit pas être interprété comme une fin du monde, mais comme la fin de la notion du temps ... c'est à dire la fin des notions de passé et de futur qui empêchent l'esprit de l'homme constructeur, d'accéder pleinement au présent absolu, au pur immédiat dans lequel se concrétise la béatitude.

Une des toutes premières religions à avoir exprimé l'idée d'une finalité universelle et positive, semble être le judaïsme.

En effet, la fin de l’histoire pour cette religion-mère, correspond à la réalisation terrestre d’une cité juste :

  • le monde arrivera à un royaume élargi aux dimensions de la création, une terre nouvelle, soumise à la souveraineté exclusive et sans limite, de dieu (dieu étant entendu comme une somme d'amour absolu, il s'agit donc d'une terre soumise à la souveraineté exclusive et sans limite de l'amour).
  • Suppression de la violence politique et de l'injustice sociale, fin du joug des nations (donc la réalisation de la paix universelle dont parlera plus tard Kant)

Une vie contemplative de béatitude Pour rabbi Hiya, l'époque messianique ouvre a une vie contemplative de béatitude et de la connaissance de dieu.

Pour Shmouel ; don, partage et offrande constitue l'essence même de cette vie spirituelle nouvelle

Maimonide souligne la nécessité de construire cet espace divin, d'agir, de travailler ce monde plutôt que de rechercher sa rencontre individuelle à travers l'ascétisme et la contemplation ; la venue du messie ne doit pas être la condition de nos actions en disant ; il est proche où il est éloigné, obéir au commandement donc agir conformément à la morale universelle ne dépend pas de la venue du Messie. Après avoir fait ce que nous avons affaire, si Dieu nous accorde à nous, à nos enfants ou à nos petits-enfants, de voir le Messie cela sera encore mieux sinon nous ne perdrons rien (puisque en agissant de la sorte nous aurons construit le temps messianique où le loup demeurera avec l'agneau, le léopard se couchera avec la chèvre ...).

  • La rédemption n'est que la propagation de la connaissance de dieu parmi les humains (ce qui signifie qu'a partir du moment ou l'ensemble humain aura pris conscience qu'il agit finalement pour une chose plus élevée et plus vaste : conduire l'humanité a sa perfection matérielle et spirituelle, il sera rentré dans l'ère de la rédemption)
  • C'est par la compréhension rationnelle de notre sens (sens qui doit donc être prouvé rationnellement) que pourra cesser l'inimitié, les discordes, la tyrannie et le mal, les hommes posséderont alors la juste connaissance de leur but. Et Maimonide conclut par : ils ne feront plus aucun mal, aucun ravage, sur toute ma montagne sainte car la Terre sera remplie de la connaissance de dieu comme les eaux couvrent le fond des mers de plus il rejette catégoriquement l'idée d'un bouleversement des lois du déterminisme naturel inscrit dans la création. La compréhension de dieu peut se faire a l'aide de la logique et du principe de l'évolution, il ne reconnaît pas dans la rédemption messianique une valeur supérieure, mais simplement une valeur instrumentale et fonctionnelle celle de mettre en place les moyens d'atteindre la connaissance de dieu qui constitue à elle seule la finalité et la valeur absolue. Ce qui signifie que le Messie ne doit pas être vénéré comme un être supérieur mais comme un outil pour éclairer la connaissance de dieu, ce n'est donc pas l'outil qui est à vénérer mais le créateur de l'outil, et ce n'est pas la venue du messie qui doit être espéré mais la finalité de l'humanité c'est-à-dire la connaissance universelle de dieu. Ne pas déifier le messie où le prophète (et ici nous devons saisir l'apport de l'islam qui fait bien la part entre dieu et Mahomet qui n'est que son prophète) il est donc nécessaire de ramener le principe du messie ou du prophète au rang de l'intuitif; le prophète n'est autre qu'un humain hyper intuitif, un réformateur, un révolutionnaire, (Jésus, bouddha, Mahomet, Luther ... ) sont des réformateurs qui apparaissent lorsqu'une religion une croyance semble menacée de sclérose.
  • Auparavant le messie établira une ère de paix ou l'on exigera des nations n'ont pas une conversion au judaïsme mais qu'elle se conforment à ses lois (tu ne tueras pas, tu ne volera pas, tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain ... ) ce qui signifie simplement que les lois humaines seront réellement mise en pratique.
  • En ce temps-là, il n'y aura ni famine ni discorde ni guerre ni jalousie car la terre sera procédé d'abondance le monde entier n'aura d'autres soucis que la connaissance de dieu.

Pour le Maharal de Prague, l'unité du monde émerge peu à peu et non en une seule fois. L'unité du monde objet de rédemption est considérée comme la finalité de l'histoire. Jusqu'à l'avènement du messie, le monde ne peut atteindre sa véritable unité car cela rentrerait en contradiction avec la loi fondamentale des choses à savoir, le développement graduel de chaque chose vers sa perfection et l'unité réalisée. Pour lui, la rédemption (ou la perfection) ne résulte pas de l'intervention miraculeuse d'une puissance supérieure, elle s'explique par un processus immanent à la nature des choses, processus conduisant inéluctablement vers la réalisation de la perfection.

Nous retrouvons cette idée téléologique dans le christianisme

Écoutons les prophéties d'Isaïe à ce propos : Le jour où le monde ne sera plus gouverné selon le ministère de « l'arbre de la connaissance » du bien et du mal par lequel la division et la coupure ont été introduit dans le monde, mais selon le ministère de «l'arbre de vie» qui porte comme projet l'unité du monde. La fin de la conflictualité, du bien et du mal, du pur et de l'impur. Le royaume de Dieu sur Terre, une ère de paix universelle, de sécurité et de justice, de prospérité et d'harmonie. Puis apparaîtra le « monde qui vient » caractérisé par la résurrection, le jugement dernier et le règne de Dieu, et ce monde-là, « aucun oeil ne la vue » (Isaïe 34-3)

J'entendis, venant du trône, une voix forte qui disait : Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle ainsi le passé ne sera plus rappelé ; il ne remontera plus jusqu'au secret du cœur (ce qui signifie a mon sens qu'une fois les lois humaines devenues notre seule nature, notre passé animal - donc nos tendances anti-humaines - auront disparues de notre esprit), au contraire, c'est un enthousiasme et une exaltation perpétuelle que je vais créer (c'est bien la sensation qui émane lorsque nous sommes dans un état de bonheur absolu et de béatitude). Désormais il n'y aura plus ni deuil, ni cris ni souffrances, car le monde ancien aura disparu (la mort n'étant qu'une peur émanant de nos instincts, la conscience des humains du futur, en maîtrisant les instincts, maîtrisera du coup, la peur de la mort, donc la mort elle même). Puis il dit écris : ces paroles sont certaines et vraies et il me dit : Je suis l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin (le temps qui nous sert encore a construire l'humanité n'est qu'une création des pulsions, des désirs, et des tendances, il n'existe plus dans la béatitude, puisqu'il n'y a ni regrets, ni désirs, ni attente, juste une émanation et un état de conscience immédiat). A celui qui a soif, je donnerai la source d'eau vive gratuitement (apocalypse 21, 1-6.) ensuite Isaïe détaille la cité sainte : il (un ange) me transporta en esprit sur une grande et haute montagne et il me montra la cité sainte, qui descendait du ciel, d'auprès de dieu, elle brillait de la gloire même de dieu, son éclat rappelait une pierre précieuse comme une pierre d'un jaspe cristallin (Apocalypse, 21, 10-11) la cité n'a pas besoin de soleil ni de lune car c'est la gloire de dieu (l'amour) qui l'éclaire, son flambeau c'est l'agneau. Les nations marcheront à sa lumière, les rois de la terre y apporteront leur gloire ( le glorieux ne sera plus le pouvoir, la vanité, la richesse, mais l'amour) ses portes ne se fermeront pas au long des jours car en ce lieu il n'y aura plus de nuit (21, 23-24) alors le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau (le dominé n'aura plus rien à craindre du dominant). Le veau et le lionceau seront nourrit ensemble, un petit garçon les conduira (l'état de béatitude est un état d'insouciance, donc d'enfance). La vache et l'ourse auront même pâture (l'alimentation sera végétale et minérale) leur petits même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère le jeune enfant étendra la main (ce qui signifie : les tendances en disparaissant feront disparaître tous les principes facteur d'antagonisme et de violence (domination, élitiste, distinction entre individus), il n'y aura plus rien à craindre d'autrui, plus d'abus des uns sur les autres, donc ce qui est aujourd'hui le fort et le faible pourrons dormir ensemble, le seigneur essuiera les larmes sur tous les visages et par toute la terre.

Le bouddhisme par déclinaisons induit lui aussi cette même finalité téléologique

En effet, le bouddhisme à progressivement évoluer vers la notion d'un salut à la fois individuel et collectif.

L'idéal n'est plus celui de l'Arhant qui parvient seul au Nirvana, mais celui du Bodhisattva qui, parvenu au stade ultime de l'éveil, décide de revenir sur terre pour aider tous les autres vivants à se libérer du cycle infernal des renaissance.,

Idem pour l'islam

Pour l'Islam soufis, il s'agit de l'expérience vécue dans la Haqîqa, l’union des contraires, domaine de l'union dilution de l'humain dans le divin (à développer).

Pour le jaïnisme

Le Jina (N.) prônait le détachement de tous les plaisirs du corps par une ascèse rigoureuse afin d'atteindra à la mort, à l'état transcendant et béatifique (à développer).

Pour l'hindouisme

Hindouisme
Etat de Moksha : union au divin, dilution dans l'absolu, accès à la connaissance suprême.
Le yoga aide à atteindre l'état de Moksha, rattaché au principe de l'univers. (à développer)

Pour le taoïsme

Le tao : jue (l'éveil) : jie ou tuo (le salut) : division de l'être avec le cosmos. En union mystique avec le Dao ou l'origine des choses (à développer).

 

La téléologie vue par la philosophie La plupart des philosophes en arrivent AUSSI à cette conclusion téléologique.

C'est l'état d'amour parfait dont parle platon , délaissant l'amant qui aime l'amant, comme le loup aime l'agneau, pour cet amour authentique qui délivre de la souffrance, du désir et conduit l'âme jusqu'au banquet divin ce qui signifie qu'en éliminant toutes nos tendances nous devenons l'expression pure de l'amour, (le sans moi du bouddhisme) le satori : compréhension, éveil, illumination, équivalent de Dieu. Cet état de bonheur absolu correspond au nirvana, état de béatitude imperturbable où il n’y a plus d'attache à notre monde et aux êtres qui le peuplent, un état hors de l’espace et du temps.

Platon écrit encore dans le banquet ; de deux être on devient un seul ... .

Grèce antique.

Pour les Grecs : le bonheur véritable et le véritable but ultime de cette vie.
Platon : bonheur divin par la contemplation.
Les stoïciens : parfait détachement et abandon à la providence divine.

Dès qu’on réfléchit un peu, on s’aperçoit qu’il n’y a pas tant de méthodes pour obtenir la paix de l’âme. Ce qui trouble cette paix, c’est la souffrance, ce qui cause la souffrance, c’est le désaccord entre nos vœux et la réalité. Il y a trois moyens, en théorie, pour supprimer ce désaccord: ou changer la réalité, en sorte qu’elle corresponde à nos désirs, ou éliminer nos désirs, ou enfin les transformer de telle manière qu’ils s’ajustent au réel.

La première méthode est évidemment impossible, du moins à l’homme. Nous ne changeons pas le réel. Tout au plus pouvons-nous, par des danses orgiastiques, par des drogues, nous mettre en un tel état physique et psychique que nous imaginions le réel autre qu’il n’est. L’Antiquité a connu les orgies de Dionysos (Euripide, Bacchantes ) ou de la Grande Mère. Le moderne connaît la drogue. Ces méthodes, entre autres inconvénients, ont celui de ne produire que des effets peu durables. La sagesse en diffère du tout au tout.

Puisqu’on ne peut changer le réel, il ne reste donc que de changer, ou, à la limite, de supprimer le désir. Mais supprimer entièrement le désir est, de nouveau, chose impossible. Un être qui n’a plus aucun désir, c’est un être qui n’a plus aucune forme de vie, c’est un cadavre. Tout ce qu’on peut faire, c’est de distinguer entre les désirs et de ne donner satisfaction qu’à ceux qu’on ne saurait négliger sans mourir. Quels sont ces désirs incoercibles de l’être vivant? «La chair crie: ne pas avoir faim, ne pas avoir soif, ne pas avoir froid» (Épicure). On ne retient donc comme désirs nécessaires et naturels que ceux qui tendent à la simple conservation du vivant. Or rien n’est plus facile que de contenter ces désirs. Une poignée de fèves, un peu d’eau, une cape grossière, et voilà le sage, dit Épicure, capable de rivaliser en béatitude avec Zeus lui-même. J’ai nommé Épicure. Mais, aussi bien, cette élimination progressive des désirs, cette sagesse qui vise à ce qu’on pourrait nommer «l’idéal du minimum» est commune à toutes les écoles hellénistiques où la fin cherchée est l’indépendance du sage: aux cyniques, aux épicuriens, aux stoïciens. Davantage, on la retrouve chez les Pères du désert et d’innombrables ascètes chrétiens. Plus encore, elle est un des dogmes de la sagesse orientale, et ce n’est pas sans raison qu’on a comparé Diogène ou Épicure au Bouddha. Bref, bien que très méconnue aujourd’hui, c’est là une tendance profondément enracinée dans l’âme humaine: des milliers d’êtres se sont efforcés d’éteindre le plus possible tous leurs désirs, dans l’intime persuasion qu’il en résulterait pour eux un bien infiniment plus précieux, la liberté intérieure, la paix de l’âme, cet état qui, selon le mot des Anciens, ressemble à la surface parfaitement unie d’une mer sans rides (galènismos ).
Universalis ... ...

Aristote dès le début de l’Éthique à Nicomaque , utilise l’exemple des techniques (médecine, construction navale, stratégie, économie) pour faire comprendre que chaque activité tend vers un bien, qui est sa fin. Mais, comme ces biens sont aussi divers que les activités correspondantes – la santé pour la médecine, le vaisseau pour la construction, la victoire pour la stratégie, la richesse pour l’économie –, il faut admettre une hiérarchie des techniques, chacune étant subordonnée à une technique plus haute, dont elle sert la fin : ainsi la sellerie est-elle subordonnée à l’art hippique, qui est subordonné à la stratégie, laquelle est subordonnée à la politique (1094 a 10-20, b 3). La question est alors de savoir quelle est la fin dernière de l’homme, c’est-à-dire une fin par rapport à laquelle les autres fins ne seraient que des moyens et qui ne serait pas elle-même moyen pour une autre fin. Remarquons que cette position du problème présuppose un certain type de réponse: Aristote, comme les autres philosophes grecs, postule l’unité des fins humaines. Il ne retient pas un seul instant la possibilité d’un conflit entre des fins techniques (ainsi, s’enrichir ou gagner une guerre) et des fins morales, ni davantage celle d’un conflit entre des fins également morales (comme le conflit qu’avait pressenti l’Antigone de Sophocle entre la piété familiale et le service de l’État).

Le bonheur

Tous les hommes s’accordent à appeler bonheur ce bien suprême qui est l’unité présupposée des fins humaines. Mais, comme le bonheur est toujours en avant de nous-mêmes, désiré plutôt que possédé, il est impossible de le décrire et difficile de le définir.

Saint augustin, compare l'évolution de l'humanité a la vie d'un individu. Sous la conduite de la providence divine, l’humanité passe de la jeunesse, caractérisée par l’absence de loi, à l’âge viril, qui est l’époque de la loi, pour accéder enfin à celle de la grâce – la croissance spirituelle du genre humain correspondant à la lente maturation du corps mystique du Christ.

La philosophie de l’histoire développée par Joachim de Flore en arrive également a cette conclusion : après l’âge de la crainte (l’Ancien Testament) et celui de la foi (Nouveau Testament), l’Évangile éternel devra être le règne de l’amour.

Pic de la Mirandole ; Si tu vois un pur contemplateur, oublieux de son corps et retiré dans le sanctuaire de l'esprit, ce n'est plus ici un animal terrestre ni un animal céleste, c'est une puissance divine revêtue de chair d'hommes.

Roger Bacon, aurait voulu, lui aussi, parvenir à un gouvernement spirituel du monde. Mais l’idéal politique et social de ce franciscain importe moins que son idéal scientifique. C’est l’expérience, nous dit-il dans l’Opus Majus , qui nous fait découvrir les secrets de la nature; c’est grâce à la science expérimentale que l’esprit se repose dans l’éclat de la vérité. «Négliger la science, c’est négliger la vertu.» Roger Bacon a été, en outre, le premier à avoir repris l’opinion exprimée par Sénèque (lettre 64) : «C’est pour moi qu’on amasse, c’est pour moi qu’on travaille [ ... ], mais il restera beaucoup à faire» pour affirmer que tous les âges contribuent à constituer la science.

La doctrine spinoziste qui se présente comme l'itinéraire menant de l'erreur à la vérité, de la servitude mentale à la liberté qu'est la béatitude et cet itinéraire est a la fois une démarche et un effort
Comme pouvoir, comme vie, comme liberté, la substance est le commencement de la réflexion philosophique, c’est-à-dire son principe et son fondement; mais elle en est aussi la fin, entendue comme «souverain bien», puisque la réflexion active sur le monde comme puissance ne peut viser qu’à son propre achèvement comme pouvoir réfléchi et autonome ou, si l’on préfère, comme adéquation à soi-même et à l’être, vécue comme liberté et comme joie. À ce niveau, c’est-à-dire au cœur de la «béatitude», qui est joie par la perfection unifiée du connaître et de l’agir, la substance totale devient substantialité vécue, ou existence substantielle : c’est l’acquiescientia in se ipso .

Descartes déclare que c’est «en usant seulement de la vie et des conversations ordinaires et en s’abstenant de méditer et d’étudier aux choses qui exercent l’imagination qu’on apprend à concevoir l’union de l’âme et du corps». Cela revient à dire que la compréhension de la béatitude se situe en dehors de la philosophie, et on ne peut réaliser cette union qu’en cessant de philosopher.
Nous retrouvons également cette finalité positive dans la réflexion d'A Comte, c'est l'humanité, le Grand-Etre, l'ensemble des êtres, passé, présent et futur qui concourent à perfectionner l'ordre universel.

Kant
Le fil directeur de l'explication Kantienne consiste à attribuer aux mouvements de l'histoire dans son ensemble une sorte de nécessité naturelle d'essence finaliste. Ce n'est pas la nature qui réalise la liberté, mais le concept de liberté qui se réalise où s'effectue dans la nature (et nous avons vu que la liberté est un synonyme de la béatitude)..

Même si pour Kant l'idée d'une paix Même si pour Kant l'idée d'une paix perpétuelle, d'une fédération des états libres et oecuméniques ou règne les droit de l'homme, n'est qu'une hypothèse, elle devient un chemin obligatoire dans la mesure ou d'une part pour l'homme c'est un devoir, une règle obligatoire de vouloir l'imposer, et d'autre part, c'est la volonté même de la liberté de se réaliser dans l'homme, il faudrait donc pour empêcher ce processus, une force supérieure à l'évolution naturelle humaine et supérieure également au désir de la liberté à se réaliser.

La nature prépare l'avènement de la liberté en engendrant une structure est une organisation de la vie sociale propres a symboliser, mais aussi à appeler le règne de la raison.

La société est nature pour l'homme, mais une nature qu'il crée et recrée sans cesse, soumis à sa liberté dont elle doit devenir une expression toujours purifiée.
Le véritable bonheur c'est l'accord de la nature sensible et de la nature suprasensible. Cet accord, c'est l'idée du souverain bien comme « totalité de l'objet de la raison pure pratique »

La philosophie kantienne est une philosophie du droit, qui plonge dans la nature et s'épanouit dans la liberté entre.

La nature est retrouvé au moment où l'art et la culture atteigne leur plus haut point de perfection. L'art achevé devient à nouveau nature.

La culture devient la vrai nature de l'homme. Désormais les hommes retrouvent l'immédiat dont il jouissait auparavant dans leur existence naturelle. Mais ce qu'il découvre maintenant ce n'est plus seulement l'immédiat primitif de la sensation et du sentiment, c'est l'immédiat de la volonté autonome et de la conscience raisonnable.


Les philosophes des lumieres même s'il choisissent l'évolution technique, morale et sociale comme point d'appuis à leur confiance et à leur soin concluent tous à une finalité positive de l'humanité, déjà Descartes un siècle avant suppose que si nous arrivions à connaitre la force et les actions du feu de l'eau de l'air des astres des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maître et possesseurs de la nature et sachant que tout ce que l'on sait n'est presque rien à comparaison de ce qui reste à savoir, on pourra s'exempter d'une infinité de maladie tant du corps que de l'esprit, et même aussi peut-être de l'affaiblissement de la vieillesse si l'on avait assez de connaissance de leur cause, et de tous les remèdes dont la nature nous a pourvu.

Nietzsche

En vérité la terre deviendra un jour un lieu de guérison et déjà une odeur nouvelle l'enveloppe, une odeur salutaire et un nouvel espoir. Nietzsche

Je vous enseigne le surhumain écrit Nietzsche dans le Zarathoustra,
L'homme est quelque chose qui doit être surmonté.
Qu'avez-vous fait pour le surmonter ?
Tous les êtres jusqu'à présent ont créé quelque chose au-dessus d'eux.
Et vous voulez être le reflux de ce grand flot ?
Et plutôt retourner à la bête que de surmonter l'homme.

Une phrase de Nietzsche semble subtilement indiquer le sens pris par cette formidable humanité en route vers son sur-humain. Elle dit ceci : TEL LE DEVENIR DU BIEN PAR LE MAL !

Teilhard de Chardin. Progressivement l'humanité libère cette immense puissance qui se trouve neutraliser et perdue dans cette agitation sans ordre dont parle Teilhard de Chardin

Nous disons ici qu'elle libère progressivement l'accession facile à la béatitude, au nirvana, cette immense puissance, mais nous pourrions tout aussi bien dire qu'elle conduit aux trois états qui suivent la perception d'un centre animé de convergence universelle (le centre oméga) dixit Pierre Teilhard de Chardin, c'est-à-dire :

  • totalisation de chaque opération par rapport à l'individu ; totalisation de l'individu par rapport à lui-même ; totalisation enfin des individus dans le collectif humain.

Totalisation de chaque opération par rapport à l'individu, c'est-à-dire conscience absolue de chaque acte. Et qu'est-ce qui empêche l'individu d'avoir une pleine conscience de ses actes au moment où il agit ? La fuite de son esprit, soit dans le passé (via les remords les regrets des souvenirs) où la fuite dans l'avenir (projet inquiétude, espérance), ces deux positions du temps attirent l'esprit hors du présent et donc hors de la conscience de l'acte en train de se réaliser hors également de la pleine sensation du corps en train de réaliser.

Totalisation de l'individu par rapport à lui-même, c'est-à-dire mise en coïncidence parfaite de chaque acte avec la conscience de son auteur. Et qu'est-ce qui empêche l'homme d'agir constamment comme lui suggère réellement sa conscience et sa morale (et non pas sa mauvaise foi) c'est la puissance de ses pulsions. Et n'est-ce pas là compression de celles-ci que s'acharnent à élaborer quotidiennement l'évolution du droit, de la justice, des interdits, ainsi que l'éducation ?

Totalisation des individus dans l'humanité, c'est-à-dire non seulement l'accession à la paix universelle donc à l'amour universel d'autrui, de tout les autrui qui composent l'humanité, mais également fusion totale inter individu rendu possible par cette expérience identique à tous, que nous appelons ici béatitude ou nirvana, seule expérience qui dépasse la subjectivité donc la diversité des interprétations.

L'univers évolutif et convergent, où Dieu se révèle d’abord comme l’avenir absolu, à travers un seuil d’extase. Teilhard annonce un ultra-humain, c’est-à-dire un dépassement de la collectivité par elle-même, perspective d’un point Oméga, à savoir d’un point de convergence de l’humanité, annonciateur de la parousie. universalis

Même si cet état de béatitude, ce point Omega, nous semble encore lointain, c'est vers lui que l'humanité se dirige.

L'existentialisme

Parvenir réellement à l'état souhaité par l'existentialisme, à savoir : que l'être se connaisse antérieurement à toute détermination de lui-même par lui-même, hors de tout signe, concept, jugement, choses, qui sont de la pensée à propos de l'existence, mais ne sont pas de l'existence » ne serait-ce pas parvenir à la béatitude . N'est-ce pas ce que Jaspers appelle « prédéterminisme transcendantal » et Bergson donnée immédiate » abolir la distinction du sujet de l'objet.

Communier, par cet indétermination avec la conscience de l'univers accéder à cet état ou l'individu fait bloc avec le tout et que l'école appelle le « moi dans le monde » Jaspers
et encore : Il n'est pas possible de préciser formellement le but final de l'histoire ; mais il est possible de préciser un but qui est lui-même la condition à remplir pour que les plus hautes possibilités de l'homme s'ouvrent à lui : l'unité de l'humanité.
Cette unité ne saurait être atteinte par quelque généralisation rationnelle fondée sur la science. Celle-ci, en effet, permet l'accord des hommes sur le plan de l'entendement, et non pas leur être tout entier
( ... )
Pour qu'un tel rapport vraiment digne de l'homme soit possible, il faut qu'un espace soit disponible ou ne règne nulle violence. On peut imaginer une humanité unie en vue de sa conquête, au sens d'un ordre où les conditions matérielles de la vie seraient assurées ; et tel est bien le but auquel beaucoup d'hommes déjà consacrent leurs efforts.

 

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nietzsche

En vérité la terre deviendra un jour un lieu de guérison et déjà une odeur nouvelle l'enveloppe, une odeur salutaire et un nouvel espoir Nietzsche ainsi parlait zarathoustra.

Qu’elle que soit la prison enfermant l'être humain ; cycle de renaissance, ignorance, illusion ou péché, la plupart des grandes religions lui propose une libération.
Encyclopédie des religions Bayard éditions Frédéric Lenoir et Ysé T Masquelier

stein

Il existe un état de repos en Dieu, de totale suspension de toute activité de l’esprit, dans lequel on ne peut plus tracer de plans, ni prendre de décisions et même faire quoi que ce soit, mais dans lequel, après avoir confié tout son avenir à la volonté divine, on s’abandonne à son propre destin. Moi, j’ai éprouvé dans une certaine mesure cet état, à la suite d’une expérience qui, dépassant mes forces, consuma totalement mes énergies spirituelles et m’enleva toute possibilité d’action. Le repos en Dieu, comparé à l’arrêt de toute activité, faute d’élan vital, est quelque chose de complètement nouveau et irréductible. Avant, c’était le silence de la mort. A sa place apparaît un sens de confiance profonde, de libération de tout ce qui est préoccupation, obligation, responsabilité par rapport à l’action. Et pendant que je m’abandonne à ce sentiment, une vie nouvelle commence peu à peu à me combler et, sans aucune contrainte de ma volonté, à me pousser vers de nouvelles réalisations. Cet afflux vital semble jaillir d’une activité et d’une force qui n’est pas la mienne et qui, sans faire aucune violence à la mienne, devient active en moi. La seule premisse nécessaire à une telle renaissance spirituelle semble être cette capacité passive d’accueil qui se trouve au fond de la structure de la personne .
Edith STEIN

hegel

La beauté, c’est la forme totale en tant qu’elle révèle la force qui l’anime ; c’est cette force elle-même, manifestéepar un ensemble de formes, de mouvements indépendants et libres ; c’est l’harmonie intérieure qui se révèle dans cet accord secret des membres, et qui se trahit au dehors, sans que l’œil s’arrête à considérer le rapport des parties au tout, ni leurs fonctions ou leur enchaînement réciproque, comme le fait la science. L’unité se montre seulement à l’extérieur, comme le principe qui lie les membres. Elle se manifeste surtout par la sensibilité. Le point de vue du beau est donc celui de la pure contemplation, non celui de la raison abstraite ou de la réflexion, qui conçoit, qui analyse, compare, saisit le rapport des parties et leur destination. HEGEL

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