Néo libéralisme et sens du progrès
Le marché, constructeur et destructeur d'humanité
De nombreuses raisons ont empêché le XXe siècle de prolonger et approfondir les réflexions entreprises par Kant et Hegel à propos du devenir humain. Parmi celles-ci, les horreurs nazies évidemment, ont une grande place, comme nous venons de le voir.
Alors que le principe même de la mondialisation entreprise depuis les années 80, avait de quoi remettre en scène cette réflexion téléologique, la manière inconsciente, nihiliste et inéquitable par laquelle elle s'est réalisée jusqu'à présent, assombri au contraire l'idée d'une évolution positive.
Les abus dont le marché s'est rendu coupable, les régressions morales,
sociales, humaines, et spirituelles dont il "enrichit" l'Occident depuis plus de 30 ans, les risques qu'il fait courir à la planète par sa surdité, obscurcissent bien entendu la pertinence de l'évolution.
Ce sentiment de régression n'est pas un leurre.
Sur certains points, l'humanité occidentale à bel et bien régressé. Mais il s'agit d'une régression ponctuelle, locale, nécessaire (puisqu'elle a lieu) et concernant certains versants seulement de l'évolution.
Dans sa globalité, l'humanité quand à elle, continue de progresser vers le « bien ».
Retrouver le chemin de l'optimisme
Pour cela nous devont comprendre le mécanisme des abus
- Il existe une vision pessimiste de l'avenir humain (le monde n'a pas de sens, l'homme est « mauvais » et court à sa perte).
- Une vision neutre (la vie n'a pas de sens a priori -Sartre - L'humanité est et sera, ce qu'en fait l'homme. Il est inutile de se poser la question de sa finalité)
- Et une vision positive (le monde a un sens à priori et l'humanité est destinée à atteindre sa perfection).
Nous défendons ici la voie numéro trois.
Les monstruosités du XXe siècle, le nihilisme, la mise en quarantaine du spirituel et à présent, les affres de la mondialisation, on éteint, chacun leur tour, les lumières de ce chemin positiviste.
Chacun de ces événements détient un interrupteur.
Le mauvais comportement du libéralisme depuis les débuts de la mondialisation, en est un. Pour allumer cet interrupteur, nous devons comprendre pourquoi certains dominants sont conduits a abusé la société humaine lorsque l'occasion s'y prête.
La contestation nécessaire
Toute doctrine en place (communisme, libéralisme, mondialisation ect.) a besoin d'un contre-pouvoir suffisamment fort pour lui éviter de sombrer dans la « toute puissance ». Autrement dit, la plupart des systèmes leaders, ont besoin d'opposants pour limiter leur volonté d'hégémonie.
La tendance à l'autocratie
Bien évidemment, certains caractères de dominants (ou groupes dominants), ne supportent aucune limite à leur expansion. Leur désir de puissance veut jouir en toute impunité des plaisirs apportés par cette toute-puissance. Ces types d'état d'esprit travaille donc instinctivement et sans relâche à démolir toute opposition.
Ce trait de caractère se retrouve bien entendu, chez tous les dictateurs, mais également dans les systèmes animés par le narcissisme.
De la dictature au narcissisme
Le narcissisme du marché
À mon sens, le marché et son idéologie (le capitalisme contemporain), sont dans ce dernier cas de figure.
A partir du moment ou le capitalisme a gagné son combat contre le communisme (fin des années 80), son narcissisme s'est exacerbé.
De ce narcissisme, est né un désir d'omnipotence, une vision grandiose de lui-même, un manque d'empathie pour le peuple, une surestimation de ses capacités, un besoin d'être admiré, une exploitation des autres pour parvenir à ses propres fins, une agressivité et un machisme, et un comportement sourd, hautain et arrogant.. (les télévisions de masse appartenant au marché, reflètent parfaitement cet état d'esprit).
L'orgueil de la victoire
Ivre de ce "triomphe" sur le communisme, les ultralibéraux ont défoncé progressivement tous les contre-pouvoirs ..
Ils n'ont eu de cesse de les affaiblir (les syndicats), de les absorber (les médias), de les corrompre (les intellectuels), de les disqualifier (les communistes, les verts, les fonctionnaires) ou de les écarter du paf (les spirituels, les religieux, le peuple critique).
Bref, depuis la fin de l'empire soviétique, le marché n'a cessé de réduire à néant toutes les forces d'oppositions possibles ...
L'irrésistible évolution vers l'excès
Débarrassé de tout ses gardes-fou, le système marchand a poussé son expansionnisme jusqu'à son comble. En l'espace de 20 ans, il a transformé la télévision populaire en simple supermarché, les journalistes en diffuseur de ses produits et de son idéologie, et les spectateurs en vulgaires consommateurs compulsifs.
En 20 ans, parce qu'ils ne rencontraient plus de critiques et qu'ils avaient une vision grandiose d'eux-mêmes, les dominants emblématiques du marché, ont propulsé leur salaire vers des sommets ahurissants et proprement honteux (sans se préoccuper de morale ni de l'effet que ça avait sur l'humanité).
Pendant le même temps, toujours parce qu'il ne rencontrait pas d'oppositions conséquentes, le marché a augmenté les prix de ses produits et fait stagner ou régresser le salaire des employés.
Autrement dit, pendant le temps où les classes dominantes du marché s'enrichissaient, les classes laborieuses du peuple s'appauvrissaient.
Nous faisions tout simplement face a une régression démocratique au profit d'une nouvelle forme d'aristocratie.
Un processus instinctif
Toutes les grandes périodes d'abus sont ponctuelles. Un grain de sable où leurs propres excès viennent nécessairement les interrompre. Cela peut être un accident (une crise, une révolution, ect), le réveil des oppositions où l'apparition d'une nouvelle force critique (aujourd'hui, le net).
Un retour vers l'éthique se met alors en place. Il restaure peu à peu les abus, érase les désirs de toute-puissance, et permet au système dominant de retrouver sa déontologie.
La rigidité des dominants
Évidemment cela ne se fait pas sans mal ni sans résistance de la part des dominants narcissiques. En effet, lorsque ceux-ci ont acquis des privilèges, même injustement gagnés, il leur est extrêmement difficile de faire machine arrière.
Ce type d'état d'esprit est tout simplement incapable d'apercevoir l'intérêt général et l'obscénité de sa conduite. La plupart du temps malheureusement, il ne plie qu'à l'épreuve de force. La résistance acharnée qu'il oppose à toute tentative de rétablir un peu de justice et d'égalité, épuise la loi, la politique, les organisations de citoyens, etc..
Les autocrates démocratiques sont un progrès
Un mécanisme qui a du sens.
L'expérience du XXe siècle et la puissance du système démocratique, semblent nous avoir, fort heureusement, mis à l'abri à présent d'un retour des dictatures.
Les démocraties sont capables à présent de s'organiser rapidement pour les combattre ou les neutraliser.
Mais bien évidemment, dans les sociétés démocratiques, la mentalité autocratique n'a pas disparu. Elle a tout simplement évolué pour s'adapter à ce nouveau monde démocrate.
La domination dictatoriale a laissé sa place à la domination par la manipulation narcissique.
Cette mutation est un progrès énorme pour l'humanité. C'est comme si nous étions passés d'une société de criminels à une société d'illusionniste.
La manipulation narcissique en effet, utilise principalement les faiblesses de son adversaire, tout en restant dans la légalité.
Les systèmes dictatoriaux au contraire, transgressent systématiquement la loi et utilise sans état d'âme le crime pour assouvir leur désir de toute-puissance.
Évidemment le monde n'est pas encore parfait. Ces nouveaux dominants narcissiques, lorsque la société les laisse faire, sont capables de manipuler les lois, le droit, les médias, pour se transformer eux aussi en criminel. Mais s'ils y parviennent, c'est uniquement à cause de la faiblesse des contre-pouvoirs.
La manipulation narcissique est un révélateur
Un système ne devient pas autocratique, manipulateur, corrupteur et tout-puissant par hasard. Son irruption se produit en général quand il n'y a pas d'opposition en face. Cela obéit à une logique.
De plus, son émergence révèle toutes les faiblesses de la société. Elle sanctionne tous les manques de vigilance et de solidarité.
Par exemple, à la chute du communisme, le marché est tombé dans la toute-puissance. Ce n'est pas un hasard. Il a tout simplement profité de l'effondrement critique et physique d'une gauche stupéfaite (même si elle était au pouvoir). Les plus manipulateurs du marché n'ont alors eu qu'à appuyer sur le ressort de la culpabilisation et de l'humiliation pour écraser tout ce qu'il restait de ce potentiel critique.
En prenant le pouvoir, le marché a également éclairé la vulnérabilité des organismes chargés de protéger le peuple (médias, syndicats, intellectuels, partis de gauche, etc.).
Il a mis à jour l'avidité, la corruptibilité, la lâcheté, la crédulité, bref, toutes les faiblesses humaines des corporations dont on s'attendait à plus de rigueur mentale.
Le marché en ce sens, nous a révélé toute la force du narcissisme sur la faiblesse de l'esprit humain.
Pour combattre ce fonctionnement
Même si l'autocratie veloutée du marché à un sens, cela n'empêche pas qu'il faut l'a combattre. Même s'il est, bien sûr préférable d'être manipulé par un système narcissique plutôt qu’écrasé par un système dictatorial, l'humanité a la charge de lutter contre toute oppression.
Une bonne raison à cela. Quand il ne rencontre pas d'opposition, un système narcissique avance jusqu'à l'anéantissement des valeurs démocratiques et de sa victime. Sa limite, il ne la trouve pas en lui-même mais en autrui.
Autrement dit, si ce « marché narcissique » ne rencontrait aucune résistance, il envahirait tout simplement l'ensemble des pans de la société. Du lieu de culte à l'école, de l'hôpital au tribunal, nous serions alors submergés par son offensivité. Si ce « marché narcissique » (donc sans empathie) ne rencontrait aucune résistance, il ferait travailler ses ouvriers au pas de course en les maintenant en permanence à la limite du seuil de pauvreté.
Il est donc essentiel aujourd'hui de combattre cette nouvelle forme de domination.
La façon dont elle aliène l'être humain étant extrêmement subtile, il est nécessaire de comprendre ses techniques et ses procédés.
Stresser, solliciter les pulsions, les désirs, culpabiliser, décrédibiliser, flatter, humilier, appâter, rendre dépendants sont peut-être quelques pistes sur lesquelles nous devons nous pencher.
le retour des leaders narcissiques >
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