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Nietzsche et l'artiste

La négligence de la force de la faiblesse

Pour Nietzsche, le surhomme est avant tout un artiste, un artiste capable d'affirmer sa volonté de puissance. Il est l'homme capable de construire son monde de lui donner un sens, car pour Nietzsche l'histoire n'a pas de sens, pas de but, où plus précisément il ne reconnaît pas le but proposé par les spiritualités monothéistes.

Autant dire que pour lui, la domination du héros temporel (l'aristocrate) par le héros spirituel (le saint), est une hérésie qu'il s'acharne à combattre.

Techniquement, Nietzsche a raison de considérer la faiblesse comme ayant pris le pouvoir sur le fort. Il voit juste lorsqu'il accuse le « faible » d'oppresser, à l'aide des principes religieux, le dominant, de l'empêche d'affirmer son désir de toute puissance.

En ce sens, le spirituel, le fragile et le sensible l'ont emporté sur le guerrier en a parfaitement conscience ... On peut également le dire en s'appuyant sur la psychologie. Le névrosé, incapable de vivre son désir de puissance, a, en quelque sorte, pris le pouvoir à travers la spiritualité et l'oeuvre d'art, sur le dominant narcissique bien adapté, tout à fait apte, lui, à vivre son désir de puissance.

C'est effectivement une constatation.

Mais l'erreur de Nietzsche et de la plupart des tenants de l'individualisme aristocratique, c'est de faire de cette faiblesse une faiblesse pour l'humanité, de ne pas comprendre qu'il s'agit d'une logique de l'humanité.

Nietzsche ne comprend pas le formidable attracteur que furent les saints pour l'évolution psychique de l'humanité, durant toute la période spirituelle. il ne comprend pas que sans cette prise de pouvoir, par le spirituel, la société était incapable de sortir des schémas de la Grèce antique dans lequel s'épanouissait à merveille, l'aristocrate guerrier. Le monde n'aurait pas pu évoluer, sans l'arrivée du moraliste religieux, qu'incarnait déjà, à mon sens, Platon.

Nietzsche n'a pas compris tout l'archaïsme du modèle grec malgré les quelques points époustouflant de modernisme, dans lesquelles bien entendus nous trouvons la philosophie. Nietzsche n'a pas compris que le modèle religieux du christianisme, basé sur le judaïsme, s'imposait sur l'aristocratie grecque parce qu'il était un système rénovateur et novateur.

Nietzsche n'a pas compris, que l'humanité ne se trompait pas dans son évolution intuitive. Qu'elle évoluait sans faille depuis sa sortie des primates, et de civilisation en civilisation, vers la finalité qu'il redoutait (le sensible). Pourtant, curieusement, la finalité qu'il propose du bout des lèvres, son surhomme à venir, est selon moi, le portrait craché du saint, libéré de tout, y compris du religieux.

 

Par le faible et le sensible, l'humanité s'élève

Le faible aux commandes, l'aristocrate à l'action

Depuis la naissance de l'art, la faiblesse est devenu le plus grand moteur de la société humaine.

Ce n'est plus la volonté de puissance qui tire l'humanité vers le haut, mais l'impuissance à affirmer cette volonté de puissance par les moyens traditionnels (le pouvoir, la domination etc.). Ces forces traditionnelles, participe évidemment à la construction de l'humanité à travers leurs énergies constructrices, mais ce sont les faibles qui permettent à ce progrès de s'élever au lieu de stagner ou de régresser.

D'ailleurs, la puissance de Nietzsche, son influence majeure et décisive sur la pensée occidentale, est l'oeuvre même de son impuissance à affirmer sa volonté de puissance telle qu'il semblait la concevoir chez l'aristocrate (à commencer par la bonne santé, la joie, et l'insouciance).

Nietzsche, il est d'ailleurs intéressant de le remarquer, est incapable de proposer une image de ce que sera le surhomme à venir, quand l'humanité aura franchi le pont. À mon sens il ne le peut pas, parce qu'on ne peut tout simplement pas se représenter un homme parfait mais vide de spiritualité.

Il serait alors une sorte de nomades individualistes et sans idéal. Un surhumain errant, sans but, et sans sens. Nomade, errant, individualiste, certes, mais pour jouir à chaque instant de la plus profonde spiritualité. À mon sens, Nietzsche a compris la finalité humaine, mais il n'a pu l'exprimer parce qu'il ne lui a pas adjoint la spiritualité.

Souffrant de ses souffrances et de sa sensibilité, écœurés par des religions l'ayant fait souffrir au lieu de l'apaiser (c'est pourquoi, le père du Zarathustra, avait un tel ressentiment envers le vainqueur (le spirituel) au lieu de concevoir cette victoire comme une pure nécessité), Nietzsche a naturellement désiré ressembler à ces aristocrates guerriers paraissant insensibles, sans souffrance, ni états d'âme.

Seulement, s'il avait été l'aristocrate qu'il aurait voulu être, il n'aurait pas été le Nietzsche qu'il a été..

À mon sens donc, la hantise de Nietzsche envers sa propre sensibilité a conduit le philosophe à sous-estimer la réalité de l'évolution humaine. À mésestimer l'importance de la faiblesse du spirituel dans l'évolution humaine.

Car c'est justement en renversant l'attirance spontanée de la nature pour le plus fort et le mieux adapté, que l'humanité est parvenue à s'extraire des moeurs irréductibles de la nature (condamné, comme chez les autres primates, à reproduire indéfiniment le schéma réactionnaire du plus fort s'affirmant au détriment du plus faible).

En résumé, l'art est un des moyens utilisés par l'humanité pour favoriser le passage de l'animal à l'homme. Un des moyens pour développer le sentiment et la réflexion au détriment de la spontanéité pulsionnelle et rompre avec l'emprise stérile des dominants narcissiques et égocentriques.

 

 

 

 

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kandinsky
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Mise à jour le 01/08/2010 - Paris
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