L'origine de la cruauté. L'évolution de l'homme
Violence et conscience morale, une philosophie.
« La conscience est toujours
implicitement morale ; et l’immoralité consiste toujours à
ne point vouloir penser qu'on pense, et à ajourner le jugement
intérieur. On nomme bien inconscients ceux qui ne se posent
aucune question d’eux-mêmes à eux-mêmes
» Alain Les Arts et les Dieux.
La présence de la cruauté dans le paysage humain, nourri le nihilisme et l'absurde.
Cette pulsion négative obscurcit régulièrement, les grandes créations positives qu'engendre dans le même temps notre espèce.
Aux origines de la cruauté humaine
Si nous voulions trouver l'origine de la cruauté humaine,
c'est sans doute du côté de certains comportements animaux, et principalement prédateurs,
qu'il faudrait aller chercher. C'est le cas par exemple du « jeu » morbide
de l'orque avec l'otarie qu'il va dévorer, du chat qui s'amuse
avec ses proies, ou du guépard maltraitant un
bébé gazelle à coup de pattes. Seulement, il y a une grande distance entre ce que nous pourrions
interpréter comme la cruauté animale, et la
cruauté telle
qu'elle est pratiqué par l'espèce humaine. En tout cas, l'instinct violent et l'absence d'empathie
pour la victime, semblent faire partie des conditions majeures à son
expression.
La question sera donc de savoir pourquoi l'espèce humaine, en développant
son intelligence semble développer en même temps sa capacité à la cruauté (alors qu'on attendrait l'inverse d'une espèce se disant intelligente). Pourquoi l'espèce humaine surclasse
toutes les autres espèces dans l'expression de sa bestialité.
Et savoir enfin, pourquoi quand les valeurs des dominants
sont exaltées, la cruauté semble également
en expansion.
À l'origine, l'agressivité humaine
L'essence de l'idée de juste, c'est d'offrir une issue
au sadisme en affublant la cruauté du masque de la justice.
Bertrand Russell
La violence fait partie du monde naturel dont
nous tirons nos
origines. Dans la nature, la férocité est avant tout destinée à assouvir
des besoins vitaux (manger, se défendre, se protéger). Elle sert également à établir
des hiérarchies, à acquérir ou à préserver
du pouvoir. L'agressivité du monde naturel est régie par des instincts
et limitée
par eux. Cette expression primaire, existe également
chez l'homme.
Chez nous aussi, les hiérarchies s'établissent bien souvent à travers
une certaine violence.
Violence physique, souvent mélangée à la
cruauté, quand elle émane de milieux aux moeurs
primaires comme les mafias, les gangs, où pendant les
périodes
de guerre et de chaos.
Violence « intellectualisée » lorsqu'elle découle
d'un monde fortement socialisé. Elle revêt
des formes aussi diverses que l'abus de pouvoir, l'exploitation
ouvrière, la manipulation etc.
Progressivement, la société humaine réprime
la brutalité physique. Pour compenser cette répression difficile à supporter, l'homme va chercher à exprimer son agressivité tout
en restant dans les limites de la loi. La violence cherche alors à contourner les interdits ou à trouver des moyens légaux de s'exprimer.
Elle se transforme alors en « manipulation », en « perversité »,
en « cruauté mentale », en « abus
de pouvoir », en « agression verbale » ...
comme le montre par exemple, l'excellent film d'Alain Resnais « Mon
Oncle d'Amérique ».
De la bestialité à la perversion
De la cruauté physique à la perversité
Je pratique l'autodérision. La dérision n'a d'intérêt
que si on se l'applique à soi même. Sinon, c'est de
la cruauté. G Collomb
Même si la cruauté mentale,
la perversion, les nouvelles tortures psychologiques, peuvent
anéantir
autrui comme peut le faire la violence physique, il s'agit pourtant
d'une évolution. La perversion, la manipulation sont donc des progrès par rapport à la cruauté pure.
Il suffit pour s'en convaincre, de lire quelques ouvrages
à propos de la cruauté physique en cours à l'époque
romain ou au moyen-âge, pour distinguer l'adoucissement des moeurs actuelles.
Il n'y a, bien entendu, pas de quoi être fiers
d'être
devenu l'espèce la plus « tordue » du règne
animal.
Il s'agit là pourtant d'une évolution.
De la violence physique, Ã la violence verbale, Ã plus de violence du tout
La perversité semble être la fille naturelle de la bestialité antique. Elle est un passage obligé dans la dévaluation progressive de la violence au sein de notre espèce.
C'est l'abaissement naturel de la violence
primaire. C'est son dernier palier avant son extinction pure et
simple (but à atteindre
par l'humanité, selon notre philosophie).
Voilà pourquoi, aujourd'hui, la présence de la cruauté intellectuelle nous semble plus supportable, que la présence de la cruauté physique (même si la première aussi commence à être combattue)
L'intolérable comme énergie de combat
Dans l'avenir, il sera vraisemblablement aussi intolérable
de s'imaginer victimes de cruauté mentale
qu'il est insoutenable à l'homme d'aujourd'hui de s'imaginer en
proie à la torture physique. Progressivement l'humanité réduit l'ampleur de
l'agressivité physique au profit de l'agressivité «socialisée».
Par ce long travail de compression, l'humanité est parvenue à transformer
un primate naturel en homme « civilisé ».
Il suffit alors de se projeter dans le futur pour pré visualiser la conclusion évidente à cette contrainte exercée sur
l'agressivité humaine. Un jour, nos descendants «humain accompli» vivrons dans une humanité pour laquelle toute violence et toute perversion aura été
abolie.
violence > |