philosophie naïve du devenir humain
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SPINOZA

Il n’y a pas de différence entre liberté et béatitude.

La liberté comme joie et perfection souveraine est béatitude parce que, ainsi que le recherchait le Traité de la réforme de l’entendement , elle est permanente et continue. La béatitude est donc, comme liberté et joie, le salut même: c’est la plus haute perfection, la plus haute joie et la plus solide des réalités. C’est pourquoi elle est le plus haut contentement de l’esprit et du désir: l’acquiescientia in se ipso , à la fois satisfaction de soi, accord avec soi-même et le monde, et repos actif en soi-même.

Au cœur de la béatitude, qui est joie par la perfection unifiée du connaître et de l’agir, la substance totale devient substantialité vécue, ou existence substantielle: c’est l’acquiescientia in se ipso.
Il n’y a pas de devenir de Dieu ni de dialectique de la Substance, c’est-à-dire du monde, mais il y a un progrès de la réflexion (Spinoza définit très explicitement une méthode réflexive ) et un mouvement de la connaissance qui conduit le sage, grâce à la connaissance par concepts du deuxième genre, de l’ignorance imaginative du premier genre à la sagesse intuitive du troisième genre, qui est à la fois béatitude et Liberté, c’est-à-dire existence adéquate en acte et libre joie.
Mais l’existence joyeuse et libérée du sage n’est pas extérieure à la nature ni par conséquent à Dieu. C’est donc à tort que la métaphysique allemande (Schelling, Hegel, Schopenhauer) reproche au Dieu de Spinoza d’être une substance morte, sans mouvement ni désir. C’est le contraire qui est vrai. Dieu, du Ier au Ve livre, est la puissance même de la nature, c’est-à-dire à la fois son éternité et son effort actuel pour persévérer dans l’être, comme le révèle le conatus humain qui fait du désir l’essence de l’homme.
Non seulement le Dieu nature est puissance active infinie (manifestée par la nature et son déploiement), mais il est encore Pensée et Réflexion: l'entendement de Dieu n’est que la totalité des entendements finis et par eux l’Être se pense. C’est pourquoi l’Atour Intellectuel de Dieu comme composante ultime de la sagesse et de la plénitude en acte qu’on appelle perfection est simultanément amour de l’homme pour Dieu, amour de Dieu pour l’homme, et amour de Dieu pour lui-même. Au plus haut niveau de la réflexion philosophique, quand le sage accède à l’expérience de sa propre liberté et de sa propre éternité, tout se passe comme si Dieu, éternel pourtant, accédait lui aussi à la béatitude, à la contemplation de soi-même par la médiation de l’homme, c’est-à-dire à la liberté et à la joie. Ce n’est là, bien entendu, qu’une manière de parler en ce qui concerne la Substance Une, mais c’est une réalité effective en ce qui concerne la conscience que, par la philosophie, l’humanité prend d’elle-même.



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