Évolution du cerveau
De l'homme à l'humain
Du cerveau reptilien au cortex
Dans le chapitre « conscience », nous avons esquissé l'idée d'une évolution cérébrale liée à la culture.
Selon nous en effet, l'éducation, la morale et les interdits, modifient progressivement les structures du cerveau.
La contrainte permanente exercée par les règles morales * sur les pulsions, transforme le cheminement de nos synapses.
* des règles qui nous poussent constamment vers la fraternité et l'amour du prochain
Nous allons essayer d'expliquer* les mécanismes de cette métamorphose.
* il s'agit d'une explication plus « artistique » que technique.
Schématiquement, la cavité cérébrale humaine se présente sous cette forme : cerveau reptilien, cerveau limbique, cortex.
1/
Le cerveau reptilien ou primitif.
Il a pour fonction de gérer les processus biologiques et réflexes du corps humain. Il régit les organes vitaux (cÅ“ur, poumon, circulation sanguine, mouvements spontanés etc.).
Dans la vie courante, son activité reste inconsciente. Et c'est très bien ainsi.
2/
Le cerveau limbique ou moyen.
C'est le siège de nos pulsions, de nos émotions, de notre apprentissage. La résidence de notre mémoire profonde (habitudes, « savoir inné » etc. ).
Pour la plupart des espèces animales, cette zone du cerveau reste plongée dans l'inconscient.
Seul, l'homme, grâce à l'évolution de sa conscience réflexive, peut agir sur cet étage cérébral. Il peut agir sur ses habitudes, sur ses tendances et ses émotions.
Par rapport au reptilien, cette partie du cerveau est plus souple, plus malléable.
La volonté à une emprise sur elle, mais ce n'est pas sans mal. En effet, nos habitudes acceptent difficilement les tentatives de modification.
Voilà pourquoi c'est tellement acrobatique de modifier son caractère ou de dominer ses pulsions.
3/
Le cerveau cortical ou cortex.
C'est l'étage le plus récent du cerveau humain.
C'est également le plus « adaptable ».
Il est à l'origine de la pensée, de la logique, du raisonnement ...
C'est le siège de l'intelligence, de la conscience morale, de la raison et de la réflexion humaine.
C'est le plus aménageable, le plus convertible, le plus corrigible et le plus modifiable des étages cérébraux.
Le cerveau historique
L'histoire de la vie
Les étages de chetron
Simplifions encore un peu plus cette façon de concevoir le cerveau.
Au « premier étage », il y a la vie organique. Les fonctions neurovégétatives (manger, boire, dormir) les fonctions sensorielles et motrices.
Cette base cérébrale est tout à fait autonome. Elle n'engage pas la conscience de l'individu.
Au-dessus viennent les fonctions reproductrices et adaptatrices. Les pulsions sexuelles, l'instinct de domination, de prédation, les désirs, etc.
Au troisième étage, viennent les fonctions les plus récentes. Les fonctions intellectuelles, artistiques, conceptuelles, religieuses, etc.
Des étages modifiables
Les 2 derniers étages sont entièrement « gérables » par l'esprit humain.
La volonté a les moyens d'agir sur les désirs, les pulsions où les activités créatrices *.
* bien sûr, avec des résistances plus ou moins fortes.
Il peut même en arrêter complètement l'activité.
C'est le cas par exemple pour l'ascète.
De l'ascétisme
Par une pratique rigoureuse, il parvient à éteindre l'activité des deux derniers étages cérébraux. Il éteint ses désirs, ses pulsions, ses intentions, et plonge alors dans un état de contemplation. Un état d'extase, de béatitude, de nirvana, etc.
* pas au sens du luxe dont profite la bourgeoisie, comme l'entendait par exemple Jean-Paul Sartre.
L'état de contemplation éteint les désirs et les activités cérébrales supérieures (réflexion, intellectualisme, religiosité etc).
Seules restes à la manoeuvre, les activités inconscientes du premier étage. Autrement dit, les fonctions neurovégétatives.
Quand l'extatique est en contemplation parfaite (en jouissance d'extase) il est entièrement « géré » par son « horloge biologique ».
Ce moteur autonome, prend alors en charge toutes les activités de son corps. Il lui signale quand il doit boire, manger ou dormir.
De l'art
L'extase est le degré le plus haut de la transcendance. Mais il existe d'autres niveaux de transcendance. La création artistique en est un.
L'artiste a les capacités de transformer les activités originelles du deuxième étage cérébral. Il peut, par exemple, transcender ses pulsions sexuelles, en oeuvres d'art. Il peut transformer ses désirs de domination où de prédation (Sade ou Genet) en littérature, en poésie.
Toute l'évolution de l'humanité est basée sur la capacité à réfréner nos pulsions et à les transcender.
Évolution, cerveau et béatitude
De l'homme à l'humain, au saint
Dans notre théorie, nous donnons un sens à l'évolution humaine.
Nous affirmons qu'elle se dirige vers sa perfection.
L'évolution du cerveau renforce cette conviction.
L'émergence d'un troisième étage cérébral* et sa capacité à gérer le second étage, a forcément un sens. Il a sa raison d'être au sein de l'évolution progressive du vivant. Au sein de « la montée progressive vers un esprit supérieur ».
* le cortex
Le cortex, est le siège de la volonté, de la conscience et de la spiritualité. Il devient de plus en plus maître de l'étage en dessous où se situent les pulsions, les tendances, les habitudes.
Si cette progression continue, il deviendra forcément un jour le maître absolu de ces forces primaires.
Un cortex en évolution
Le cortex est la strate la plus récente du cerveau.
Nous l'utilisons pour nous adapter le mieux possible au milieu. Pour élaborer nos idéologies et nos jugements. Pour évoluer vers l'unification et la paix universelle. Pour inventer des objets de plus en plus « propre » et respectueux. Bref, pour construire peu à peu notre « paradis terrestre *».
*même si tout cela prend beaucoup de temps
Cette zone cérébrale appartient à la sphère de l'acquis et non pas à l'innée.
Elle s'améliore grâce à l'éducation et à la culture.
Aujourd'hui nous utilisons cette zone cérébrale pour créer notre monde. Elle est donc remplie de facultés utiles à notre créativité. La temporalité, les mathématiques, la musique, la technique, les sciences, les religions ou la philosophie, s'y élaborent.
Une avancée vers le vide
Mais si nos calculs sont bons, l'humanité atteindra un jour sa perfection. Elle n'aura donc plus besoin de construire son monde. La zone des pulsions aura été entièrement maîtrisé, et le cortex n'aura plus besoin des facultés constructrices. Il pourra donc accéder au vide. Et le vide, c'est précisément l'état d'esprit du béat.
Ainsi donc :
Si l'humanité parvient à la maîtrise absolue de ses tendances*, elle aura un accès facile à l'extase.
*sachant qu'elle a d'ors et déjà la maîtrise du troisième étage
La question du temps
Une création humaine
La malléabilité du temps
L'extase est contradictoire avec la notion de temps
L'homme utilise le temps social pour construire son monde. Pour élaborer l'humanité.
Ce n'est pas un concept inné.
Il s'apprend entre l'âge de 4 et 9 ans.
Autrement dit, un enfant élevé en dehors de la culture humaine, ignorerait ce qu'est le temps. Il ne pourrait se faire aucune représentation consciente et intellectualisée de cette notion.
La perception de cette notion, s'élabore dans la sphère la plus récente du cerveau. Dans le cortex.
L'horloge biologique
L'homme, nous l'avons vu plus haut, peut éteindre toutes les activités de son cerveau supérieur.
C'est l'expérience à laquelle conduit la recherche ascétique.
Cet asséchage fait disparaître, évidemment, la notion de temps social.
Mais le le corps, les organes, les cellules, disposent d'un horloge biologique. Cette horloge est capable de régir l'ensemble des besoins vitaux de l'organisme.
À midi mon corps réclame son repas, le soir son sommeil. Cette temporalité organique subsiste, bien entendu, dans l'expérience béate. Si ce n'était pas le cas, l'extatique mourrait ...
Mais cette temporalité biologique, ne monte pas à la conscience de l'extatique.
L'extinction facile du temps
C'est pourquoi, dans l'extase, l'homme peut perdre ses références au temps tout en restant envie.
L'état extatique et un état de pur immédiat. L'esprit ne se projette plus dans le passé ni dans l'avenir. Il n'a donc plus conscience du temps culturel.
Le corps par contre, obéit « machinalement » à son horloge biologique. Et il lui obéit de la manière la plus précise qu'il soit.
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