mecaniqueuniverselle.net : aller à la page d'accueil
  • l'humanité
    libéralisme (suite)

Points négatifs du libéralisme

La bourgeoisie et la classe ouvrière, sous le capitalisme

George Grosz né en 1893 à Berlin et mort en 1959, peintre, caricaturiste allemand, membre du mouvement Dada 
Histoire du capitalisme

L'application du libéralisme économique à la société, semble commencer au début du 19e siècle. La bourgeoisie, installée dans les rouages de l'état depuis la révolution française, détient alors l'ensemble des pouvoirs.

Très vite (en quelques décennies seulement) la liberté promise à l'ensemble va revenir essentiellement aux bourgeois et aux commerçants. L'ouvrier est totalement exclu des idées généreuses du libéralisme.

écoutons ce qu'écrit Jacques Ellul dans son livre : « une histoire des institutions » aux PUF.

Dès le début du XIXe siècle, la bourgeoisie, classe montante, est appelé à être le cadre et la force directrice de la société.
Sa situation dominante en économie, son accession progressive au pouvoir, sa mentalité (organisation, moralité, esprit d'entreprise) semble la désigner à remplir ce rôle. Mais en réalité son incompréhension fondamentale des problèmes sociaux, son égoïsme de classe, sa recherche exclusive du confort, son inaptitude culturelle empêcheront la bourgeoisie d'être vraiment l'élite de la société.
Elle restera la force économique, sans pouvoir remplir la totalité de la fonction dirigeante. Mais elle imposera à toute la société du 19e siècle le style de vie bourgeois. En 1830, la bourgeoisie accède au pouvoir. Le conflit entre bourgeoisie et aristocratie, commencée sous Louis XVI, prend fin ; les dynasties bourgeoises évincent définitivement les aristocrates. Ce fut une ruée sur tous les postes : fonction publique, évêché, corps savants, académie, université. La bourgeoisie remplit toutes les fonctions. En même temps, au point de vue économique la situation s'affermit : les patrons s'unissent en coalitions qui ne sont pas poursuivies judiciairement.


Le monde politique dominé par le régime censitaire, livré entièrement à la haute bourgeoisie qui, seule, participe aux élections, ne se préoccupe absolument pas des problèmes ouvriers.
En 1848, la grande bourgeoisie est d'abord mise en danger. D'une part la nation est fatiguée du régime censitaire qui donne le pouvoir à la minorité des grands propriétaires fonciers et des industriels, d'autre part le mouvement socialiste attaque à la base du système bourgeois : la propriété. Mais ce ne fut qu'une brève alerte et la bourgeoisie sut reprendre le pouvoir. L'empire marqua l'essor le plus remarquable de la bourgeoisie ; mais au lieu d'avoir la suprématie dans tous les domaines, la bourgeoisie est maintenant intégrée dans le cadre de l'impérialisme. Elle a une pleine puissance économique, mais elle sert l'état. La noblesse fusionne alors avec la bourgeoisie.
[…] Au sommet, l'on trouve ce que l'on a appelé à juste titre les dynasties bourgeoises. Elles forment un groupe cohérent qui s'est constitué sous le premier empire, par une politique rigoureuse de mariage et de succession et tend à former une caste fermée. Ces dynasties bourgeoises ont atteint, durant notre période, leur apogée sous Louis-Philippe. Elles présentent le trait remarquable d'unir dans les mêmes mains le pouvoir économique et le pouvoir politique.
[…] Les dynasties bourgeoises achèvent de se fermer entre 1830 et 1848 : elles s'accaparent toutes les places, y compris les cadres intellectuels. Et c'est la liaison étroite entre les milieux politiques d'une part, économiques et financiers d'autre part, qui constitue le caractère particulier de ces dynasties. Les banquiers deviennent ministres. Les dynasties imposent leur clientèle accaparent la chambre des pairs, les hautes magistratures, les préfectures, les administrations financières et usent des pouvoirs pour renforcer leur force économique (mines, chemins de fer). Les dynasties créaient à ce moment « le parasitisme des conseils d'administration » et établissaient leur pouvoir sur des clientèles étendues.
[…] Il s'établit alors toute une idéologie de progrès dans la sécurité, et de la liberté dans l'ordre. Ce qui d'ailleurs sera le moyen de réaliser cela, c'est le développement économique. Le progrès, c'est d'abord le progrès des affaires. Toute la vie de la société doit être subordonnée, et tout doit être sacrifié à la nécessité du développement économique. On veut ordonner le système politique en fonction des affaires, et l'on refuse (inconsciemment le plus souvent) d'envisager les problèmes de la classe ouvrière. Celle-ci est sacrifiée au progrès.
Toutes choses étant subordonnées à la production, le bourgeois entendra par liberté le droit d'utiliser la main-d’œuvre en qualité en quantité variable à des prix variables pour rester maître du marché. Personne dans la bourgeoisie ne pose le problème du fondement et de la légitimité des bénéfices. On sanctifie la propriété qui devient la valeur suprême. Et la situation de l'ouvrier ne peut être modifiée dans la mesure où ce serait une menace pour la propriété. Le fabricant ne peut améliorer cette situation, car il obéit à la loi de la production. Quant à l'état il ne peut rien en faveur de l'ouvrier, dans la mesure où c'est un état bourgeois, expression d'un régime économique. La liberté économique et seulement la liberté de l'homme qui a un capital, et peut le faire valoir. Car le devoir de chacun (presque son seul de voir) c'est d'accélérer le progrès, de multiplier les richesses pour que, en définitive, chacun en profite. Plus la classe bourgeoise prend conscience d'elle-même plus elle durcit ses positions en se fermant depuis 1860 aux parvenus.
L'on considère que la suprématie du patron est de droit divin, qu'elle est dans la nature, et voulu par la providence.
[…] La classe ouvrière est en croissance constante. Les ouvriers de la grande industrie forment déjà une masse, des villes à majorité ouvrière se constituent. On peut donner des indications sur la condition ouvrière dans son ensemble, en tenant compte que les chiffres habituellement retenus sont seulement indicatifs de certains éléments et ne sont pas tellement significatifs. Qu'est-ce qui caractérise la condition ouvrière ? D'abord la durée du travail ; la journée de travail est couramment de 14 à 15 heures auxquels il faut ajouter la durée du trajet, et souvent du travail supplémentaire fait à domicile à cause de la modicité des salaires. Un second élément c'est le logement dans des taudis à cause de la crise du logement. Il est rare que l'ouvrier ait une vraie chambre. Il y a une moyenne de 8 m² par personne pour une famille ouvrière à Lille.
L'ouvrier réside le moins possible chez lui, d'où le développement du cabaret et de l'alcoolisme. L'agglomération est très dense, il n'y a ni aération, ni hygiène possible. Et souvent les ouvriers sont obligés à une vie collective et à la promiscuité. Or les loyers sont très élevés et augmentent encore après 1830 à la suite de la pousser industrielle (10 % du salaire). Un troisième élément, ce sont les mauvaises conditions de travail : les ateliers manquent totalement d'hygiène. Il n'y a aucune mesure de sécurité pour éviter les accidents. La machine n'est en rien adapté à l'ouvrier qui doit adopter des attitudes anormales et fatigantes pour travailler. Le plus souvent l'ouvrier doit travailler tout le temps debout, sans chauffage en hiver. L'aération est trop faible, l'ouvrier vit dans la poussière, et il n'a pas le droit d'aller se laver à l'usine pendant le travail. La mortalité considérable de ce fait. La moyenne de la vie a baissé de 28 ans à 20 ans, entre 1806 (ou pourtant il y avait la guerre) et 1840, cela tient à la mortalité dans la classe ouvrière. Un quatrième élément, c'est l'insuffisance du salaire. Vers 1830 il est en moyenne de deux francs par jour, de 1 franc pour les femmes. […] Le salaire des femmes et des enfants correspond exactement au prix de leur nourriture individuelle. Ceci doit être comparé avec les dépenses normales : en 1830, on estime que pour vivre au minimum et il faut 800 F par an pour une famille ouvrière. Or l'ouvrier déduction faite des dimanches et fêtes, gagnent en moyenne 600 F. Il est donc nécessaire que les femmes travaillent ainsi que les enfants : ceux-ci gagnent des salaires misérables 0,50 par jour dès l'âge de sept ans.
dessin, le travail des enfants dans les mines<vide>L'ouvrier n'a aucune réserve, aucune assurance, aucune caisse de secours. En cas de maladie, il ne peut payer les soins, et cesse d'entretenir sa famille. D'autre part, il est à la merci du renvoi par le patron qui n'est tenu à rien. L'ouvrier le plus favorisé est engagé à la semaine, et peut-être congédiées sans indemnité. Jusqu'en 1840 l'engagement normal est seulement fait à la journée. De plus il est à la merci des crises de chômage, et il y en eu de graves en 1818 1826 1830 1836 1847. Enfin, arrivé à la vieillesse, l'ouvrier n'a aucune retraite et n'a pas pu économiser. Ainsi le monde bourgeois qui vise avant tout à la sécurité se construit sur l'insécurité totale de la classe ouvrière. Cette contradiction devait lui être fatale. Cette insécurité entraîne une psychologie très particulière de la classe ouvrière, […] Tout d'abord il paraît impossible à l'ouvrier de sortir de sa situation, et ces enfants y sont voués avec lui. Il ne peut concevoir l'espoir que sa condition se transforme aisément ni rapidement. Comment attendre du patron une transformation ? Le patron ne se soucie pas de l'ouvrier (avant 1850) et le gouvernement n'est pas disposé à intervenir : là encore joue le libéralisme. […] Il y a alors une irresponsabilité générale envers les ouvriers et ceci accroît le sentiment de l'ouvrier d'être un paria, et favorise la rupture entre les classes. […] Lorsque la crise économique après 1830 rend les conditions pires, les ouvriers présentent des revendications au gouvernement bourgeois ; en particulier en vue du relèvement des salaires et de la réduction du machinisme. Il demande que le gouvernement les protège. Celui-ci refuse. Il faut laisser jouer la loi de l'offre et de la demande pour la main-d’œuvre.

Capitalisme, néo libéralisme : les similitudes

Employés / patrons : le nouveau mépris

Car je trouvais chez M. Wilson (tout étrange que cela semble, car il n'y avait point un soupçon de philosophie en lui) un exemplaire de la traduction de la critique de la raison pure de Kant, qui, je crois, venait d'être publié récemment. Spencer

La lecture de ces quelques paragraphes de Jacques Ellul sont édifiants. Les similitudes entre libéralisme classique et néo-libéralisme actuel, sont frappantes. Les désintérêts des industriels envers les conditions de vie des employés sont similaires. Le confort à évoluer mais pas la mentalité profonde d’une grande partie des classes dominantes. Le mépris du marché envers le monde pauvre d'aujourd'hui, bien qu'adoucie, copie l'indifférence de la bourgeoisie du 19e siècle envers son prolétariat.

L'attitude du libéralisme actuel est insupportable. Sa déconsidération des autres cultures et son mépris des lois internationales, montre qu'il est incapable de s'auto-discipliner. Sa surdité face au monde pauvre et aux autres points de vue, éclaire le narcissisme belliciste de son état d'esprit. Ils nous prouvent qu'il n'a pas encore quitter les schémas primaires de types antagonistes et guerriers.

Médiocre dans sa capacité de tenir compte du point de vue opposé ni de ses erreurs passées, il projette sur le monde son hyper activité brutale et forcenée. Ce faisant, il conduit irrémédiablement l'humanité aux limites de l'absurde et de la cruauté. Dans une explosion de narcissisme et de pillage, cet ultra libéralisme a bâti en quelques décennies un véritable rouleau compresseur d'arrogance. Ses oligarques ont ravagé toutes les structures sociales de l'ancien monde communiste. Ils ont saccagé les pays vulnérables et les acquis sociaux. Ils se soucient peu de sacrifier des êtres humains à l'étal de leur insouciance. Ils se fichent de discréditer la démocratie aux yeux du monde. Par ce comportement, le marché va lentement mais sûrement à la rencontre d'une sévère remise en question.

Écrit en 2001


problématique

1234567891011121314


bainville, photo portrait

La supériorité des occidentaux tient, en dernière analyse, au capitalisme, c'est-à-dire à la longue accumulation de l'épargne. C'est l'absence de capitaux qui rend les peuples sujets.
J. Bainville