| Le dessein des Méditations
suivantes est d’abattre l’orgueil de l’esprit,
et de le disposer à l’humilité. Malebranche
De la nature des tendances
Deux éléments, le temps et
la tendance au progrès, expliquent l'univers.... Ernest
RenanLe
champ des tendances est vaste.
Il s'etend des tendances organiques
(géstionnaire de
notre être vital (instinct de conservation, appétits
...), jusqu'aux tendances idéales ou désintéressées
dont l'objet est la valeur humaine (générosité,
entraide, altruisme, sentiment sacré, moral, esthétique
ou intellectuel), en passant par les tendances individuelles
et sociales (grégarité, instinct maternel, attachement
familial, imitation, communautarisme, nationalisme, individualisme,
égoïsme ...)
Pour notre analyse, nous sépérerons les tendances en
deux groupes :
1/ D'un côté, les tendances égoistes
et claniques (prédation, domination, élitisme, thésaurisation
des privilèges, clanicité ... ) que nous nommerons
tendances primaires.
2/ Et de l'autre, celles qui au contraire
ouvrent l'individu à
la générosité et à l'universel (tels
le goût pour l'entraide, pour l'altruisme, la solidarité,
l'universalisme etc.) que nous appellerons : tendances supérieures.
En dévaluant les premières
au profit des secondes, l'humanité a conduit un primate
naturel jusqu'à l'homme que nous sommes.
J'usqu'à présent, une
branche spirituelle servait de guide auprès des dominants
guerriers et matérialistes. On retrouvait des chamans près
des chefs guerriers, des philosophes auprès des empereurs
Mongols ou l'église
à côté des rois de France.
Depuis l'avènement
du nihilisme ce n'est plus le cas.
De façon cyclique, cette
négation de la spiritualité, entraîne de monstrueux
ravages sur l'humain (les excès du capitalisme sauvage
du 19è siècle, les pogrums du communisme et du nazisme). Nous
ne sommes toujours pas sortis de ce système
nihiliste.
C'est la raison pour laquelle depuis les
années 8O, depuis l'introduction du marché à la
place du conseiller auprès
du politique, nous observons un retour des valeurs primaires (domination, égoïsme,
thésaurisation, élitisme), et
une augmentation de la violence à l'échelle
mondiale.
Nous aurons l'occasion d'étudier un peu plus loin ce
problème
contemporain.
Evidemment il n'est pas question de ramener le religieux
autour du politique.
Il me semble simplement nécessaire pour les pouvoirs actuels,
de ramener près d'eux les grandes valeurs spirituelles et éthiques,
pour avancer vers une évolution consciente et paisible (partage,
compassion, amour d'autrui, etc) .
Bien que ce chapitre soit
critique et polémique,
l'emploi des qualificatifs supérieur et primaire ne signale pas un jugement de valeur.
En effet, chaque type de tendances pourrait être placé
dans l'un ou l'autre groupe.
La tendance à la solidarité par
exemple peut devenir un mal pour autrui si elle le maintient dans
un état de dépendance ou de guerre, et la clanicité peut
s'avérer au contraire un bien (à l'image de la
résistance).
D'autre part, nous ne devons pas ignorer que
les deux types de tendances sont fondamentales pour l'évolution
de l'humanité.
Les jugements ont donc simplement pour
but d'opérer une action
cataleptique sur quelques surdités ambiantes et sur certains
comportements révoltants.
Philosophie de l'évolution
Nous abordons le XXIème siècle
avec des pouvoirs de démiurges et des instincts de primates. Thierry
GaudinDans les premiers
temps de l'humanité,
l'homme devait utiliser principalement ses tendances primaires,
claniques et agressives pour survivre dans un
milieu hostile.
Puis, à mesure que
l'homme a évolué, les tendances supérieures,
altruistes, paisibles et universelles se sont développées
et ont pris peu à peu le pas sur les premières.
L'émergence, entre autres, de la conscience, du langage,
de la culture, du droit, de la morale etc., à laquelle s'ajoute
l'extension
de l'organisation sociale (de la tribu à la mondialisation),
a étendu la capacité humaine d'aimer, vers
un plus grand nombre.
Et évidemment, l'émergence de la conscience à permis une dévaluation
les tendances primaires au profit des secondes.
Aujourd'hui plusieurs millions d'humains
parviennent à cohabiter relativement paisiblement dans un
espace où notre ancêtre primate naturel ne pouvait
voisiner qu'à quelques centaines d'individus (entre autres
à cause de son incapacité à maîtriser
ses tendances agressives et égocentriques.)
Si le dominant chimpanzé abuse les faibles,
les vole, thésaurise l'ensemble des privilèges, c'est
parce qu'il est soumis à ses instincts, à un type
d'organisation, et qu'il en va de sa survie et de celle du groupe.
L'homme en revanche s'est extrait de ce fonctionnement naturel.
Il dispose, grâce à ses nouvelles capacités
psychiques, de plus en plus de moyens pour maîtriser ses tendances
primaires.
En somme, lorsqu'un homme profite de sa position hiérarchique
dans la société pour abuser d'autrui ou du groupe,
il agit comme le dominant primate naturel qu'aucune conscience,
aucune éducation, aucune morale ne vient contraindre.
Lorsque par exemple, un homme politique profite de sa fonction
pour s'enrichir, pour corrompre ou se laisser corrompre, pour
abuser
la justice ... , il agit instinctivement comme le dominant chimpanzé
dérobant la nourriture des plus faibles.
La puissance des tendances primaires du politique transgressant,
l'empêche à ce moment là d'accéder à
la partie de sa conscience responsable du maintien des valeurs fondamentales
inhérentes à toute activité politique (honnêteté,
don de soi, amour de la justice et du peuple).
Dévaluation du dominant
De la tendance à la conscience ...
histoire d'une prise de pouvoir A la
phrase tout exercise de pouvoir corrompt nous
devons ajouter celle-ci : Seuls ceux dont la conscience
domine les tendances, ont la force d'y résister.
Et c'est peut-être par l'acquisition de cette nouvelle capacité
que l'on mesure le degré d'évolution d'un individu.
C'est la même chose lorsque des hommes forment des clans
hermétiques pour thésauriser des privilèges
au dépens du plus grand nombre.
Ils reproduisent simplement
le fonctionnement de ces castes de dominants primates, vivant à
l'écart du groupe, le pillant, l'utilisant, et prenant une
attitude agressive quand leurs pouvoirs et leurs privilèges
sont remis en cause.
Même les actes de charité dont
parfois l'élite peut faire preuve, ne sont pas des
arguments en faveur de leur humanité
puisque les dominants chimpanzés délaissent eux aussi
une partie de leur butin lorsqu'ils sont repus.
Les dominants ségrégants,
ceux dont les pulsions priment sur leur conscience, ne
sont pas les véritables dominants humains mais l'archaïsme.
Les véritables dominants humains utilisent
leur tendance naturelle à la domination, pour le bien du
plus grand nombre. Et principalement pour le bien de la partie
fragile
de l'humanité, conformément aux lois, à la
morale et à l’éthique humaine (l'Abbé Pierre
ou Soeur Emmanuelle en sont quelques symboles).
Mais ne l'oublions pas, la lutte entre les
tendances primaires et les tendances supérieures, entre
l'égoïsme
et la générosité, la thésaurisation
et le partage etc ... est un moteur de construction (c'est
la ruse
de la raison dont parle Hegel).
L'égoïsme et
la clanicité sont donc tout aussi nécessaires
à l'évolution de l'humanité que l'universel et
la générosité.
Seulement, et nous le savons également, pour évoluer
vers toujours plus d'humanité, les tendances primaires doivent
régresser progressivement par rapport aux tendances supérieures.
L'humanité en évolution à
donc la charge d'être aujourd'hui moins égoïste
qu'hier et plus que demain.
Pour cela, nous devons contester en permanence cet égoïsme
et nous insurger contre les groupes réactionnaires avides
de revaloriser les tendances primaires (c'est le cas du néolibéralisme
actuel).
Nous devons également nous opposer à toutes
les castes favorables au durcissement des hiérarchies,
favorables à la restauration des aristocraties, à l'accentuation
des écarts et à l'anéantissement de la
valeur fondamentale de l'humanité telles que l'égalité.
Tendances et idéologies
L'idéologie est une pensée chargée d'affectivité où chacun
de ces deux éléments corrompt l'autre. Jules MonnerotL'homme évolue
entre ces deux types de tendances. Entre l'individu incapable de concevoir
l'égalité fondamentale humaine et la conscience
du saint ou de l’ascète considérant au contraire,
tous les autres comme lui-même, se situent la majorité .
Cette différence entre tendance primaire et tendance supérieure
permet également de comparer les différents systèmes
et idéologies entres eux.
Entre l'idéologie résolument inégalitaire
et aristocratique du nazisme et l'idéologie de l'anarchisme
social considérant chaque être humain égal,
il y a la même difference qu'entre l'antiquité grecque
et l'humanité avenir.
Dans l'évolution des idéologies,
le libéralisme
est bien plus archaique que le marxisme. Même si ce dernier
ne parait pas (encore) adapté à notre réelle
maturité.
Depuis vingt ans, et parce qu'il ne rencontre pas suffisament
de résistance, le système actuel ramène l'humanité
vers les tendances primaires, inégalitaires et violentes.
Il restaure progressivement la loi de la jungle, le
combat pour la survie, à tous les échelons
et sur tous les continents.
Et comme dans la nature, les individus
vulnérables et fragiles sont maltraités ou éliminés.
Voila pourquoi, le libéralisme, tel
qu'il est pratiqué aujourd'hui, se propose comme un système
archaïque,
comme un système de retour en arrière (retour nécessaire,
sans doute, puisqu'il est).
L'inégalité
Si le principe des inégalités
est un des moteurs De
construction de l'humanité
(il faut un architecte, un entrepreneur et des maçons pour
élaborer un édifice), ce principe n'indique pas où
nous allons, mais d'où nous venons.
Le comportement humain s'enracine, nous le savons, dans l'inégalité
innée et abusante du primate naturel (abusante selon les
critères humains). Mais nous savons également que
notre espèce s'est progressivement détachée
de cette nature jusqu’à découvrir son contraire
: l'égalité, valeur sur-naturelle
en évolution permanente dans l'histoire humaine.
Ce principe des inégalites, galvanisé par
le libéralisme, pose aujoud'hui un problème majeur
à l'homme et nous devons en comprendre les mécanismes
pour le bien de la planète et pour la survie même de
cette idéologie (théoriquement, profitable à
tous).
Nous aurons donc à étudier toutes les TENDANCES
revalorisées par le marché (via les
médias),
pour saisir où ces pulsions nous entraînent.
Nous comprendrons alors également les responsablités
du système marchand dans le chaos et la souffrance endurées
par le monde vulnérable aujourd'hui.
Une morale des tendances
Rien ne ressemble plus à la pensée
mythique que l'idéologie politique. Claude Lévi-StraussAvant
toute chose, nous sommes une espèce en évolution
dont un de nos buts consiste à apprendre à maîtriser
nos tendances primaires abusantes, et à progressivement
les anéantir.
Ces tendances abusantes, fortement inscrites
dans nos caractères
et l'humanité n'ayant pas encore atteint une hauteur de
conscience capable de maîtriser ces pulsions, nous devons
en déduire
qu'aucun homme n'abuse d'autrui en pleine conscience.
Il est simplement victime :
- de la prépondérance de ses tendances sur sa conscience
- de carences éducatives l'empéchant d'intégrer
la notion de respect d'autrui.
- des valeurs émises par la société qui
peuvent aussi bien valoriser l'amour du prochain ou la domination
d'autrui, l'entraide ou l'individualisme, l'agressivité
ou la paisibilité etc.
- de sa non-compréhension du sens de l'humanité.
Pour rejoindre Sartre et
Platon avant lui, nous pouvons dire que tout homme qui aurait le
choix, tout homme dont la conscience serait plus forte que les tendances,
ne peut choisir que le bien.
Puisque depuis quelques siècles,
c'est l'Occident qui semble tenir le haut du pavé,
influencer l'humanité et imposer ses valeurs, c'est sur lui
qu'il faut avant tout se pencher. Nous savons d'ailleurs que le
mimétisme est une base d'évolution et donc le monde,
adopte l'exemple des leaders le meilleur comme le pire.
Il ne viendrait pas à l'idée de critiquer des élèves
pour des attitudes qu'ils ont copié chez leur professeur.
C'est pourtant bien ce que font les médias lorsqu'ils parlent
de la corruption, de la violence, des génocides en Afrique
ou ailleurs, sans analyser et divulguer les responsabilités
de l'Occident .
D'autre part, comme actuellement en Occident,
le peuple est absent de tout vrai débat démocratique
sur les points essentiels de l'évolution (choix des systèmes,
choix des valeurs, direction de la recherche, protection de l'environnement,
réforme des spiritualités, médias, relation
avec les autres cultures etc.) nous allons estimer que l'élite
occidentale considère symboliquement le peuple,
comme un bloc immature et irresponsable (au mépris
du principe démocratique).
Nous nous pencherons donc tout
particulièrement sur l'état d'esprit de cette élite
thésaurisant les résponsabilités
et les choix.
Les tendances du libéralisme
La République, c'est le déploiement de la démocratie
libérale et représentative à l'intérieur
et par le moyen de l'autorité de l'Etat. Marcel GauchetQuelles
sont-elles ces tendances
primaires que le marché donne en exemple au monde,
via les médias ?
La tendance primaire au goût du pouvoir, qui
s’oppose à la tendance supérieure à la
symbiose.
La tendance primaire à la domination par la
force (qu’elle soit militaire, économique etc.) et
qui s’oppose à la tendance supérieure à la paisibilité et à l’échange
loyal.
La tendance primaire à l’élitisme
discriminant ( la valorisation du VIP) qui s’oppose à
la tendance supérieure à l’égalité humaine.
La tendance primaire à l’égocentrisme
( la survalorisation du culte de la star) et qui s’oppose
à la tendance supérieure à l’humilité.
La tendance primaire à la surdité à
autrui ( l'absence totale dans les médias du point de vue
des autres civilisations, en particulier celles fortement spiritualisées)
s’opposant à la tendance supérieure à
la fraternité, à l’amitié.
La tendance primaire à la thésaurisation
des privilèges (l’écart sans cesse grandissant
entre riches et pauvres) s’opposant à la tendance
supérieure à l’égalité et
au partage..
La tendance primaire à la clanicité discriminante
( la recrudescence et la montée en puissance des maffias,
des clans, des communautarismes égoïstes et racistes
) opposée à la tendance supérieure à la fraternité, à l’universalité.
La tendance primaire à la prédation (le
pillage systématique, par l'Occident, des richesses mondiales
: Afrique, Amérique latine etc.) s’opposant à la tendance
supérieure à l’honnêteté et
au partage.
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