Qu'est qu'un
philosophe ? C'est un homme qui oppose la nature à la loi, la raison
à l'usage, sa conscience à l'opinion et son jugement à l'erreur. Chamfort
La
plupart des grandes interrogations philosophiques humaines dérivent
de quelques grandes questions métaphysiques.
Le hasard est donc le mecanisme se comportant
comme s'il avait une intention Bergson
Au
principe atomiste cher à Epicure d'un monde produit
par l'agrégation
d'atomes qui tombent de toute éternité dans le vide
et se rassemblent au hasard pour constituer les choses, nous
pouvons opposer le livre X des lois de Platon,
ramenant ce hasard dans le giron de la nécessité.
Ils font donc parties du
matériel nécessaire de l'évolution.
Grâce à ces accidents,
la vie, après son apparition, a pu évoluer en bactérie,
se complexifier en éponge, puis en poisson, en reptile,
en mammifère inférieur, en mammifère supérieur,
et enfin en homme.
Cette « montée progressive du vivant vers un esprit
supérieur » ne concerne pas seulement le domaine organique
et l'intelligence adaptative. Elle s'implique aussi et surtout
dans des domaines beaucoup plus subtils comme l'affectif,
le sentiment, ou le spirituel.
Le simple fait que l'homme, au bout de cette expansion intellectuelle
et spirituelle, soit capable de rendre compte du principe total
de la création, suffirait à démontrer qu'il
y a un sens à cette création.
Qu'est ce qui fait sens ?
Tout parle, tout fait sens
Si le monde a un sens, tout ce qui constitue
ce monde à un
sens. Un article de journal, un théorème logique,
un baiser, une publicité, un feu rouge, un clic de souris,
une attitude, le choix d'un vêtement, les créations
artistiques, tout fait sens.
Les pratiques humaines relèvent
de « langages »,
objets d'étude pour « les sciences de l'homme ».
Pour éviter les métaphores creuses, il importe de
cerner les différents sens possibles en partant des divers
angles d'approche des phénomènes langagiers ... voila
ce qu'écrit Denis Vernant dans le
grand dictionnaire de philosophie.
D'une certaine façon, nous pourrions donc dire : « tout
parle ! ».
Le vivant et le monde ont un « langage » qu'il
nous faut apprendre à déchiffrer.
Tel est le
point de vue de notre philosophie et le but de ce chapitre.
De la métaphore à la formule mathématique.
Depuis qu'il s'est constitué une bonne capacité de
questionnement, l'homme cherche à découvrir
au sein de son environnement, des réponses à ses
interrogations. Il tente de décrypter des langages secrets,
des messages subliminaux, des explications codées, pour
répondre à ses grandes questions métaphysiques.
Depuis leur apparition, les grandes questions
métaphysiques (y a-t-il du divin, qu'est-ce
que l'au-delà, existe-t-il un langage du phénomène
etc.), n'ont toujours pas été résolu.
L'homme occidental semble les avoir un peu mise entre parenthèse,
ou plus précisément, les avoirs rangés dans
l'inconscient pour le moment.
Elles n'en demeurent
pas moins présentes et font de temps en temps, en chacun
de nous, une remontée
vers la surface.
Évidemment, les réponses qu'apporte la science à ces
questions philosophiques et métaphysiques,
ne peuvent dépasser
le niveau du phénomène,
et conduisent donc à nier
toute existence « trans phénoménale », ou à en
réduire la conception à une création de l'esprit.
Pourtant, l'homme, comme la science, ne
peuvent se contenter des limites fixées par les phénomènes.
L'être humain a besoin de dieu et
attend de la science qu'elle lui en apporte
la preuve. Et la science, par son intrusion permanente
vers le cœur
de la matière et
le cœur de la vérité,
aborde aujourd'hui par la physique quantique ou la physique des
cordes, les étonnants et impalpables rivages du divin.
Seulement, le divin se laisse appréhender uniquement par « l'expérience
intérieure », alors que la science n'a
accès (d'une certaine manière), qu'à « l'expérience
extérieure ». Elle est donc incapable de nous
rendre réellement compte, de ce que pourrait être Dieu.
Le mystique et le scientifique
Le
mystique en extase et le physicien quantique, sont en
présence de la même chose mais perçue
par deux endroits différents.
De la même manière, la façon de lire les actions
et les événements du monde par la science occidentale,
n'est pas la seule.
Par exemple,
la médecine occidentale donne une interprétation
du symptôme, de la maladie, ou du virus, différente
de celle d'un médecin traditionnel chinois ou
d'un
guérisseur africain ou aborigène, et aujourd'hui,
il me parraît intéressant de commencer à réunir
les divers points de vues.
La science en tout cas, ne semble
pas disposer des moyens, à elle
seule, pour faire la liaison entre la réalité immatérielle
de la matière et la réalité immatérielle
de dieu, ni d'offrir d'interprétations
autres que pragmatiques, aux choses qui se déroulent.
C'est pourquoi, l'ensemble des « ouvriers »,
penchés aujourd'hui sur la question de la création
et sur le sens de l'évolution (qu'ils soient scientifiques,
mystiques, philosophes où amateurs), ont tout intérêt à réunir
leurs savoirs et leurs potentiels intellectuel et intuitif, pour
permettre à l'humanité de franchir cette étape
de conscience.
Ce que nous pourrions appeler le langage
muet du vivant,
l'expression des signes, des « conseils »,
des « avertissements », et « recommandations »
fournis par la nature en silence pour nous inciter à agir
d'une façon bien précise, doit être repensé aujourd'hui.
On nomme « signes naturels » les
signes qui sont liés à la chose signifiée
par une loi de la nature.
Un signe est un phénomène
actuellement perçu
qui évoque dans notre esprit l'idée d'un autre phénomène
non perçu actuellement ou non perceptible par nature.
La nature est un perpétuel créateur de signes, ou
du moins, tout dans la nature, fait signe.
Seulement, le monde industrialisé, obnubilé par
la rationalité, a perdu l'habitude de les interpréter.
Un problème se pose lorsque ces signes émis deviennent
des symptômes et que l'homme reste sourd à ce
langage engageant son bon sens.
Par exemple, depuis quelques décennies, certains dominants
négligent
les signes exprimés par la nature.
Des signes aux symptômes
Ces
signes, sont aujourd'hui devenus des symptômes, (changements
climatiques, maladies dû à la pollution etc.).
L'appel,
autrement dit, le langage, est évident.
Il exhorte les dominants à sortir de la compulsivité
et de l'égoïsme, au profit de la conscience et du bien être
universel.
Il engage
les dominants à dévaluer leurs tendances à la
compétition et à la soif de pouvoir, pour privilégier à la
place le bien de l'humanité toute entière.
Seulement
comme ce langage n'a aucun des « caractères » du
langage pragmatique, ces décideurs contemplent la fumée
en refusant de faire le rapprochement avec le feu.
Le signe
Un intermédiaire existe entre l'image et le
concept ; c'est le signe Levi-strauss
Selon Merleau-Ponty, un signe n'est signe que
par rapport à une
conscience qui lui
donne son sens.
Ce qui revient à dire
que les signes existaient avant la conscience.
Ils
attendaient simplement l'arrivée de l'homme pour sortir
de leur silence.
Le sentiment de toute-puissance, conduisant l'homme à négliger
la logique et les signes du vivant, n'est qu'une phase de l'évolution.
Cette période est à l'origine de la formidable expansion
des progrès sociaux et scientifiques.
Tout à un sens, même le pire
Elle a permis de dépasser
l'embourgeoisement des religions et ainsi pouvoir les engager progressivement à se
réformer (ce qu'elles commencent laborieusement à faire).
Seulement, cet excès pragmatique génère dans
le même temps une quantité de problèmes ...
au rang desquels, notre surdité au langage de la vie.
Il semble donc important de replacer l'individu au sein de son
espèce (l'humanité), et cette espèce dans
le grand concert du vivant dont nous devons réapprendre à lire
les messages.
A partir de là, nous pourrons utiliser
le concept stoïcien
qui préconise de comprendre le réel plutôt
que de le désirer à notre convenance, de découvrir
le langage de la nature et y adapter nos actions.
Searle (extrait)
La philosophie du langage a une histoire curieuse
dans la tradition occidentale. Bien qu’elle soit actuellement
au centre ou près du centre de notre attention, tout particulièrement
dans le monde anglophone, les formes de nos préoccupations
et de nos intérêts actuels à propos du langage
sont assez récentes.
La philosophie du langage, au sens
contemporain de l’expression, débute avec le mathématicien
et philosophe allemand Gottlob Frege au dix-neuvième siècle.
Les philosophes précédents ont souvent écrit
sur le langage, mais aucun ne possédait une philosophie
du langage au sens contemporain. Même des sujets traditionnels
tels que le problème des universaux ou la
nature de la vérité ont été transformés
par le mouvement post-frégéen.
Je pense que c’est en grande partie parce que, depuis plusieurs
siècles, la plupart des penseurs estimaient que les mots
communiquent des idées et se réfèrent aux
objets au moyen des idées. John Locke décrit ainsi
ce point de vue habituel, en contraste avec sa propre conception
:
«Â
Mais quoique les mots, considérés dans l’usage
qu’en font les hommes, ne puissent signifier proprement et
immédiatement rien autre chose que les idées qui
sont dans l’esprit de celui qui parle, cependant les hommes
leur attribuent dans leur pensée un secret rapport à deux
autres choses.
Premièrement, ils supposent que les mots dont ils se servent
sont signes des idées qui se trouvent aussi dans l’esprit
des autres hommes avec qui ils s’entretiennent. Car autrement,
ils parleraient en vain et ne pourraient être entendus, si
les sons qu’ils appliquent à une idée étaient
attachés à une autre idée par celui qui les écoute,
ce qui serait deux langues.
Mais dans cette occasion, les hommes
ne s’arrêtent pas ordinairement à examiner si
l’idée qu’ils ont dans l’esprit est la
même que celle qui est dans l’esprit de ceux avec qui
ils s’entretiennent. Ils s’imaginent qu’il leur
suffit d’employer le mot dans le sens qu’il a communément
dans la langue qu’ils parlent, ce qu’ils croient faire
; et dans ce cas, ils supposent que l’idée dont ils
le font signe est précisément la même que les
habiles gens du pays attachent à ce nom-là.
En second lieu, parce que les hommes seraient fâchés
qu’on crût qu’ils parlent simplement de ce qu’ils
imaginent, mais qu’ils veulent aussi qu’on s’imagine
qu’ils parlent des choses selon ce qu’elles sont réellement
en elles-mêmes, ils supposent souvent à cause de cela
que leurs paroles signifient aussi la réalité des
choses . »