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  • les médias

Autocensurer par la vénalité

Corrompre est plus fort que censurer

Voltaire, philosophe français, auteur du ZadigLe journalisme est un métier où l'on passe la moitié de sa vie à parler de ce qu'on connaît pas et l'autre moitié à taire ce que l'on sait. Henri Beraud

Le nombre d'individus invités à commenter l'actualité à la télévision, est particulièrement restreint. Quelques « experts », journalistes et hommes politiques, se partagent la parole au nom des citoyens. Aussi paradoxal que cela puisse paraître en démocratie, le citoyen ordinaire n'est pas invité à débattre sur son sort. Si les analystes et les chroniqueurs avaient présent à l'esprit l'intérêt du peuple, ce serait un moindre mal. Mais ce n'est pas le cas. Ce qui prédomine à la télévision (à l'ère du marché), c'est l'intérêt du système et l'intérêt personnel.

Un système pervers

La plupart des « experts » invités à commenter les phénomènes de société, sont payés pour cela. Ils ont également souvent des choses à vendre (leurs livres, le journal pour lequel ils travaillent). Ces avantages limitent évidemment leur esprit critique. Il faut plaire à l'animateur pour être susceptible d'être rappelé et décuplé ainsi la promotion de ses acquis. L'animateur lui-même doit plaire à son directeur de chaîne qui doit à son tour tenir compte des intérêts du nouveau patron de la télé : le marché. Une telle chaîne de dépendance, multiplie les conflits d'intérêts et rend impossible la critique du système dominant.
Cette neutralisation de l'esprit critique des médias, est entièrement responsable de la crise mondiale actuelle. Les experts conscients de la folie du système bancaire et marchand ont été écartés au profit d'experts complaisants avec le système. Et évidemment, sans critique suffisamment forte, ce mécanisme compulsif et sourd ne pouvait s'empêcher d'avancer vers le chaos.

Un mécanisme qui étouffe les critiques

Les penseurs, les experts, les journalistes, ou les scientifiques invités à débattre des sujets importants de l'actualité, ont en même temps un livre actuel ou ancien dont il faut doper les ventes. Il y a la un moyen de pression indirecte. Mieux vaut ne pas s'opposer à l'état d'esprit du journaliste et de la chaîne ni se montrer trop critique envers les médias et le marché sous peine d'être boycotté par la suite.

Et si l'on décide de rester dans l'éthique, de ne pas mélanger promotion et intervention citoyenne, on est tout de même tributaire du bon vouloir du présentateur qui choisit lui-même ses invités (et ne pas marcher dans la combine peut devenir suspect. Le cas de Pierre Bourdieu est exemplaire à mon sens.

Et enfin, il y à le copinage. Passés du côté des élites, les mass médias semblent en avoir fait une véritable norme. Certains présentateurs, ignorant qu'ils servent d'exemple, font de la télé une sorte de régime de faveurs.

Dans un temps où justement l'humanité réclame de la justice, et de l'universalité, son guide principal montre l'exemple de l'élitisme, du copinage et de l'arbitraire. 20 ans de ce régime a orienté la télé vers la toute-puissance, le narcissisme, l'aristocratie et la surdité.

Pour une déontologie parfaite

L'irrépressible expansionnisme

albert londres photgraphie du celebre journalisteLe tracteur du marché

Pourquoi acheter un média quand on peut acheter le journaliste Bernard Tapie

Depuis les années 80, le marché est devenu le « maître » des médias. Que cette alliance devienne favorable au peuple, semble légèrement improbable.

Deux choses conduisent irrémédiablement le marché à transformer le journalisme en un instrument. La vocation du commerce dont le profit est la finalité. Et la compétition féroce qui oblige le libéralisme contemporain à utiliser tous les moyens légaux et moins légaux, pour arriver à ses fins.

Si l'humanité choisit de laisser au marché la gestion des médias, des lois précises doivent lui être imposées. Le commerce doit être cantonné aux espaces prévus à cet effet (publicité) et une barrière hermétique doit être élevée pour protéger la création, l'esprit critique, le choix des sujets traités, etc.

Le point de vue des présentateurs.

D'autre part, si les animateurs et les présentateurs se contentaient de mener les débats de façon impartiale, la télévision n'aurait pas perdu tant de crédibilité.

La plupart d'entre eux sont habillés d'un narcissisme forcené et prennent le public comme thérapeute. Ils sont persuadés de détenir la vérité et le meilleur point de vue. Ils expriment donc leurs opinions comme s'il s'agissait de sentences universelles, oubliant de dire « à mon avis », « ce n'est que mon idée » etc.

Seulement, ces animateurs, bien souvent issus du monde « privilégié », sont moulés par le système marchand dominant. On retrouve donc bien souvent chez eux, des opinions réactionnaires, vénales, populistes et élitistes. Ils sont également soumis à trois contingences : ne pas cracher dans une soupe qui les enrichit grassement / plaire au plus grand nombre (donc adopter un point de vue le plus aseptisée possible) / valoriser et copiner avec l'élite pour continuer à être admis dans ses clubs. .

Aujourd'hui, le point de vue des journalistes et leur activité sur la société favorise toutes les idées réactionnaires, les stéréotypes, les communautarismes, et les idéologies aristocratiques.

Le mécanisme de soumission

Un système pyramidal

Jeux télévisés sous l'autorité du systeme marchandLes instincts des groupes dominants

Toutes les choses humaines sont capables de certaines tensions, passé lequel elles affaiblissent.‪ Simon-Nicolas-Henri Linguet‬

Si ce n'était pas aussi grave pour la démocratie et pour les populations vulnérables du monde, nous pourrions considérer la manière dont les puissants du marché ont vassalisés le système médiatique, comme un exemple du genre.

D'abord, et sans faire de vagues, les patrons des médias ont progressivement écarté les journalistes résistants, respectueux de leur déontologie et conscients de leur vocation, pour engager ou garder les plus complaisants. Puis il a placé au-dessus de la tête et du corps de la corporation, son épée de Damoclès la plus sûre : la « précarité de la place ».

Les journalistes directeurs de chaînes et les présentateurs se retrouvent alors tiraillés entre la mauvaise conscience d'être ultra payé dans un monde en crise, le désir de rester en place et de profiter de tout ces avantage et la nostalgie de bien faire un métier qu'ils ont choisit par conviction et idéalisme donc de se libérer de toutes ces contraintes.

Coincés dans ce mécanisme, ils sont obligés de faire appel à la mauvaise foi chère a Sartre. Le statut quo s'impose et l'illusion superficielle de croire que les gratifications qu'ils reçoivent pour leur servilité (pouvoirs, luxes, vénérations honneurs) sont supérieurs aux bonheur de l'intégrité de la vocation, de la résistance et de l'indépendance.

Cette mauvaise foi des journalistes influents, les condamne à une véritable phobie de la remontrance. Une sorte de réaction épidermique face à toutes les critiques susceptibles de réactiver leurs antagonismes. Soit ils les écartent (en écartant le peuple incontrôlable des plateaux) soit ils utilisent tous les subterfuges de la langue de bois chère aux politiques pour ne pas les regarder en face (contre-attaque, dérobade etc.).

Tout reproche envers la télé reçoit pratiquement la même réponse despotique : vous critiquez la télé tout en acceptant d'y passer, ce qui signifie en réalité : plus personne à la télé n'a le droit de critiquer la télé (sauf la télé elle-même).
Ce comportement est exactement celui de l'impérialisme, ou celui de l'Eglise lorsqu'elle était au pouvoir.

Isolé des critiques, enfermé dans une tour d'ivoire, déconnecté des réalités, les médias se sont mis à développer un narcissisme, un élitisme, une auto suffisance, une auto congratulations impressionnantes. Ils supportent essentiellement les caresses dans le sens du poil, autrement dit les personnes intéressés.

Médias et puissants

Un déséquilibre de force

image critique d'un présidentA médias faible, démocratie faible et corruption forte

Le passage des médias dans le camp des puissants pose un problème à l'humanité. Il déséquilibre la lutte naturelle entre les forces réactionnaires et les forces progressives dont dépend justement l'équilibre des sociétés en évolution.

La nature même du marché est pulsionnelle et offensive. Il n'a pas la capacité de gérer ses tendances à dominer et à thésauriser. Il est donc nécessaire de lui opposer un système conséquent englobant, pouvoir d'investigation, loi et critique pour limiter ses pulsions hégémoniques et dominatrices

Si les médias, dont le cahier des charges oblige à l'impartialité, l'indépendance, la vérité et la dénonciation de tous les abus, se positionnent du côté des puissants, ils rompent l'équilibre et génèrent automatiquement un système autocratique, ou aristocratique.

il s'agit là d'une régression vers les fonctionnements de nos origines primates dans lequel un petit groupe de dominants fixent les règles du partage, s'octroi la plus grande part des richesses et des privilèges et abandonne à son sort la partie fragile et vulnérable.

Cette migration Des médias dans le camps des puissants, a favorisé l'expansion Des grands maux du monde contemporain (monstrueux écarts de salaires, conditions de travail dans les pays pauvres, working poor, pouvoir mafieux, abandon de l'Afrique, corruption à tous les étages, etc.).

Les médias s'étant positionnés du côté de l'élite élitiste, cette élite élitiste a réussi à thésauriser la parole, l'image, les honneurs, revenant en principe à l'ensemble de la société. Par la force de ce positionnement, le marché et le politique ont réussi à éliminer toute contestation (syndicats, grèves, partis d'opposition, peuple etc.) et curieusement, ces puissants, incapables de se maîtriser et sentant le danger de cette toute puissance, commencent à réclamer à présent un système pour les contrôler.
Texte écrit en l'an 2000


la télévision et le pouvoir

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serge halimi, journaliste, lemonde diplo

Et puis, des gens plus instruits sont devenus journalistes ; leur salaire a augmenté ; auparavant les reporters avaient un niveau de vie légèrement supérieur à celui de leurs voisins de quartier, les ouvriers.
Depuis les années 80, les reporters ont un niveau de vie légèrement inférieur à celui de leurs voisins de quartier, les avocats et les patrons. Or, les milliers de journalistes qui reçoivent des salaires annuels supérieurs à 100 000 dollars sculptent l'image que le public se fait du journalisme et leur vie quotidienne les rend effectivement beaucoup plus sensibles aux problèmes des privilégiés qu'au sort des travailleurs payés au salaire minimum. Extrait des « Nouveaux chiens de garde » Serge Halimi.

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