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L'impérialisme à la télévision

Médias et valeurs impérialistes

image de la téléLe retour aux empires nihilistes.

« Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment. » – Malcolm X

En 1888 Nietzsche annonçait : « ce que je raconte, c'est l'histoire des deux prochains siècles. Je décris ce qui viendra ce qui ne peut manquer de venir : l'avènement du nihilisme ». Et effectivement, Il me semble que nous pouvons considérer le siècle dernier comme celui du nihilisme

et nous avons vu au travers des 2 guerres mondiales, et des multiples conflits plus destructeurs les uns que les autres, les conséquences de ce type de pensée sur le respect de la vie humaine.

Si nous adhérons aux prévisions du philosophe allemand, le XXIeme sera encore marqué par cette forme d'état d'esprit et il nous semble alors nécessaire d'étudier attentivement ce que produit ce type de pensée.

L'être humain en pensée nihiliste

Certes, le recul est insuffisant pour déchiffrer toutes les subtilités du XX eme siècle, mais ses grandes lignes apparaissent. Les plus vastes et les plus sordides retours en arrière de l'histoire s'y sont déroulés. Sous l'autorité du religieux, une certaine violence existait mais sans jamais atteindre me semble t-il, le degrés de folie meurtrière des impérialismes et des dictatures.

En prenant Sparte ou l'impero romano en modèle, les dirigeants criminels nazis et fascistes ont poussé leur peuple à commettre les pires atrocités. Tout les deux ont fait revivre à l'humanité les mêmes quêtes (expansionnisme guerrier, exaltation de certains corps) et les mêmes souffrances que leurs modèles antiques (négation de certain corps, tortures, tueries, traques).

En refusant de penser l'homme comme rattaché à Dieu, ils ont pu sombrer dans les pires ignominies. En réduisant l'homme à son corps et à son potentiel d'activité, les dictatures l'ont anéantit.

De la froideur de pensée

Les religions inclues l'idée de bienveillance dans leur fondement. Judaïsme christianisme et islam mais également hindouisme, bouddhisme ou taoïsme, prônent prioritairement la bienveillance et l'amour du prochain et sous cette ambiance dominante, la violence humaine est malgré tout limité.

bienveillance et compassion ne sont pas des idéaux premiers pour le matérialiste qui considère même ces valeurs spirituelles comme une faiblesse et cela fait toute la différence.

Si les états du XX eme siècle ont pu engendrer d'aussi monstrueux carnages, c'est sans doute à cause de cette absence.

L'humanité doit tirer les leçons de son histoire.

Le XX eme siècle tourné vers la démocratie, s'est pourtant laissé tenté par la dictature. Il s'agissait alors d'un retour vers une idéologie archaïque et tout retour vers un fonctionnement dépassé (empire, royauté, oligarchie, dictature...) fait revivre à l'humanité les souffrances attachées à ce passé.

Le nazisme et le fascisme sont la conséquence d'une vision purement mécanique de l'homme. Cette vision matérialiste est le fruit d'un nihilisme antérieure à l'avènement de ces deux systèmes (et nous n'avons toujours pas rompu avec ce matérialisme, à l'aube du XXI eme siècle). Bellicisme et nihilisme primaire, sont les grands responsables, à mon sens, des diverses boucheries qui se sont déroulées au XXe.

Cet état d'esprit permet en effet de concevoir (à l'image des empires grecs et romains) la vie de certains humains comme étant sans valeur (pour les pensées religieuses au contraire tout homme est important puisqu'il est le fruit de dieu).

De possibles nouveaux génocides

Nous ne sommes toujours pas à l’abri d'un nouveau génocide comme le Rwanda l'a démontré. Il nous faut ainsi nous demander si la conduite prédatrice de l'occident en Afrique par exemple, ne sera pas considéré comme tel par nos futurs descendants.

Les valeurs impérialistes

Exaltation du narcissisme,

Jheronimus van Aken, dit Jérôme Bosch, est un peintre néerlandais, du mouvement primitifs flamands 1450 - 1516 illustration le jugement dernierdilution de la bonté

Le néo-libéralisme par sa froideur et son nihilisme, induit une certaine perversion dans l'humanité.

Cette perversion n'a rien à voir avec la cruauté des fascismes mais elle a pourtant de quoi nous inquiéter.

Le comportement néolibéral en cours depuis le début des années 80, construit des esprits de plus en plus apte a l'indifférence envers autrui et à son abus. Il impose à la société une sorte d'ambiance impérialiste.

L'esthétique des médias (vitrine du néolibéralisme), ses plateaux télé comme la rhétorique des animateurs, permet de saisir ce retour impérial et narcissique quand ils nous offrent une vision grandiose des élites vénales et péjorative, voire méprisante, du peuple.. c'est tout simplement l'optique narcissique.

Les plateaux n'ont rien de démocratique.

Ils sont là pour mettre en valeur le système dominant. Au centre, en gros plan, sous des lumières avantageuses ; les élites. A l'arrière, mal éclairé, filmé en plan large et assis sur des gradins ; le public (représentant symboliquement le peuple). L'individu ordinaire est invité comme "décors de célébrité". Un décors manipulable que l'on fait applaudir, crier, huer aux ordres de l'animateur ou d'un chauffeur de salle.

Pour une société se disant démocratique, cette pratique est tout simplement scandaleuse et régressive. Elle conduit, d'années en années le citoyen à se penser stupide et humainement inférieur aux "dominants" alors qu'en démocratie le peuple doit être considéré comme souverain.

Les créateurs de la télévision actuelle doivent penser que le peuple n'est même pas digne de parler avec les élites puisqu'aucune émission ne le permet.

La machine a narcissiser

Le public sert donc à présent de décoration. Les vedettes placées au centre de l’arène sont payées et invitées à vendre leurs produits, et sont donc tous favorables au marché et sans reproches envers le système.

Pour informer et éduquer les citoyens, nous avons donc droit, aux artistes les plus consensuels, les plus favorables à l'élitisme ségrégatif tel qu'il est.

Et au final, la télé propose de grands show autistes ou des artistes viennent se faire"égocentriser" par des animateurs narcissiques. La rhétorique est farcie d'éloges envers ces nouveaux « dieux » païens (célébrités, sportifs, comiques, milliardaires). Et cette petite élite élitiste oublie tout simplement qu'il existe des citoyens ordinaires et qu'ils font partis d'une humanité.

Ou son les citoyens dans le paf ?

Délié de toute surveillance citoyenne, le monde qui occupe l'ensemble du PAF est restreint. Il semble diffuser ses seules valeurs, autrement dit, celle de l'élite. Vénalité, égoïsme, élitisme, arrogance, auto congratulations, auto vénération, autosatisfaction y sont courantes. Les grandes valeurs humaines, les vertus soutenues depuis plus de 2000 ans par les monothéismes (humilité, justice, bonté, altruisme, bienveillance, pardon etc...) sont quasiment inexistantes sur ces chaînes à fortes audiences.

Le peuple puéril pas l'engagé

Quand la télévision utilise le peuple en "vedette" (c'est le cas récemment avec les émissions genre loft Story) il l'abîme. Il le montre comme inculte, désengagé, égocentrique, vénal, obsédé et vulgaire. Il expose uniquement son côté préoccupé par la mode, le sexy, le look, la jet-set, bref par tout ce que vend le marché.

L'humanité fonctionnant par mimétisme (et la télévision de masse est devenu le premier éducateur), le résultat de cette image dégradée du "prolétaire" est facile à comprendre : il se dévalorise, se méprise mutuellement, il diminue sa bienveillance et son humilité ... et le narcissisme de la société augmente.

Les symboles de l'impérialisme

Voici quelques phrases émises récemment par des éditorialistes ou des hommes politiques américains. Elles sont relevées par un article du Monde Diplomatique du 2 septembre 2002 intitulé les dynamiques du désordre mondial tentation impériale :

Depuis la fin du XIXe siècle, le déferlement de la force s'accompagne d'un discours explicite de légitimation de l'empire. Le fait est, que depuis Rome aucun pays n'a été culturellement, économiquement, techniquement et militairement aussi dominant.
L’Amérique, enjambe le monde comme un colosse depuis que Rome détruisit Carthage, aucune autre grande puissance n'a atteint le sommet où nous sommes parvenus.
Depuis Rome il n'y a jamais eu une nation qui ait autant éclipsée les autres.
Ni la pax britannica, ni la France napoléonienne ni l'Espagne de Philippe ni l'empire de Charlemagne ni même l'empire romain ne peut se comparer à l'actuelle domination américaine on n'a jamais connu une telle disparité de pouvoir.
Les états-Unis jouissent aujourd'hui d'une prééminence sans commune mesure avec celle des empires du passé, même les plus grands

L’Amérique d'aujourd'hui, tout comme l'Allemagne ou l'Italie d'hier, ne semble pas tenir compte des 2000 ans écoulés entre l'empire romain et nous. Entre ces 2 périodes la conscience humaine a évolué en connaissance d'autrui, en diplomatie, en idéologies, en philosophie, en démocratie, en morale, en éthique et en science. Bref, l'humanité suit un progrès global qui devrait la dissuader d'imposer aujourd'hui des mœurs d'il y a 2000 ans.

L'impérialisme représentait sans doute l'avant-garde des idéologies à l'époque des Grecs et des Romains. L'esprit du moment ne pouvait concevoir d'autres systèmes que l'empire et la domination pour évoluer. Mais aujourd'hui ce n'est plus le cas et ce courant de pensée est devenu un véritable archaïsme.

Quelques similitudes

les similitudes entre le comportement des puissants actuels et celui des empires antiques sont légions, si je peux dire. La télévision nous parle d'industriels qui bâtissent des empires (et les empires sont voués à la violence, à la corruption et à l'extinction).

Mais lisons ceci extrait d'un manuel d'histoire.

Il y avait, en ce temps là, des citoyens d'honneurs, les riches (honestiores) des citoyens pauvres (les humiliores) et des non-citoyens. Les écarts de traitement étaient considérables (les nôtres ne cessant d'augmenter, nous pouvons considérer cela comme une évolution vers l' impérialisme). C'est la richesse qui servait de base à leur hiérarchie, selon que le coupable est un honestior, un humilior ou un non-citoyen, il n'encourt pas la même sanction pénale. L'empire romain accroît sans cesse ses dépenses militaires (nous faisons exactement la même chose, entre 1976 et 1986, la dépense mondiale d'armement est passée de 355 milliards de dollars à 900 milliards de dollars, tandis que, durant la même époque, l'illettrisme dans le monde a diminué de 3%, et que l'écart entre les pays riches et les pays pauvres a augmenté de 10%). La religion de l'empire romain fait de l'empereur un Dieu (nous avons fait de l'empire industriel notre dieu). En temps de paix, les romains aisés ont pour principale activité d'organiser des jeux violents (c'est ce que l'argent est en train de faire avec nos sports) de donner des fêtes continuelles, des orgies : Manger pour vomir et vomir pour manger. Pour les romains, l'éloquence est une manifestation de leur génie, c'est un moyen efficace d'imposer sa volonté et d'exercer son ascendant sur la masse. Lorsque la liberté de pensée et de parole est remise en cause, elle végète dans des genres secondaires, panégyriques et artificiels (c'est bien le point où en est la pensée).

Et la liste des comparaisons avec l'empire romain pourrait s'étendre.

Écrits de 2002

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René Girard, né le 25 décembre 1923 à Avignon et mort le 4 novembre 2015 à Stanford, est un anthropologue, historien et philosophe français

Selon René Girard, le mimétisme et le mécanisme fondamental du comportement humain dont dérive la totalité des éléments de culture.