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Démocraties et perversion

Des dictatures aux démocraties autocratiques.

Socrate, par Canova

Le degré de perversion et de cruauté d'une société, est relatif à l'ambiance dans laquelle évolue cette société. Cette ambiance dépend de la place occupé par le peuple (esclave ou souverain). Elle dépens également du caractère du pouvoir dominant.

De façon schématique, nous pouvons distinguer deux grands modèles sociétal.

  • D'un côté , les structures avec lesquelles le groupe dominant impose sa volonté (dictature, oligarchie, aristocratie, théocratie, etc.).
  • De l'autre, les organisations dans lesquelles, en principe, le peuple est au sommet de la hiérarchie (démocraties). Lorsque ces structures démocratiques sont convenables, ceux que les compétences poussent vers l'exécutif, visent en priorité le bien du peuple.

1/ Les systèmes basés sur l'hégémonie des dominants

Toutes sociétés ou les dominants imposent leurs volontés au peuple, sont naturellement injustes. Qu'elle s'affirme par la force et la cruauté (dictature) ou par celle de la manipulation (démocratie néo libérale), elles découlent de notre passé primate naturel.

Les modèles de démocraties abusives, que nous pourrions appeler "pervers narcissiques" abusent les règles démocratiques et maltraitent les faibles au profit des "puissants", mais sont sans aucune commune mesure, bien plus douce que la violence et la terreur imposée par les dictatures.

Les dominants autocrates

L'autocratie vient de la nature

Issus des réflexes en cours chez nos cousins singes, l'autocratie, est un fonctionnement primaire. Elle ignore la conscience et tire son énergie des pulsions primitives ( besoin de thésauriser les privilèges, de dominer etc.).

Son instinct pousse irrémédiablement les systèmes autocrates à anéantir tout les contre-pouvoirs de la société. Face à des résistances, leur nature devient bien souvent réactionnaire, belliqueuse, élitiste et autoritaire.

Autrement dit, le caractère autocratique, est une menace permanente pour la liberté, la paix et l'égalité.

Quand le psychopathe à le pouvoir

Les psychologies autocratiques, embarquent également parfois des tempéraments paranoïaques et psychopathes. Leur autoritarisme engendre de la résistance et de l'hostilité qui à son tour stimule la paranoïa que le dictateur tente d'apaiser par la criminalité.

Une société dominée par une structure mentale psychopathe (le régime nazi par exemple), a toutes les chances de finir par un carnage. Ce résultat est valable à l'échelle de l'individu comme à celle de la société.

Le psychopathe anéantit aussi bien ceux qu'il prétend aimer (la famille pour le psychopathe, le peuple allemand pour Hitler) que ceux qu'il haït (le bouc émissaire pour le psychopathe, le peuple juif pour Hitler).

Quand le narcissisme est au pouvoir

Une société dominée par une structure narcissique (comme bons nombres de nations dites démocratiques depuis les années 90) à toutes les chances de se retrouver prisonnière volontaire d'un bagne insensé et dorée.

Le narcissique individuel comme le pouvoir narcissique, stimule les faiblesses de sa victime pour la rendre docile à ses volontés. A la différence du psychopathe qui enfreint la loi pour s'imposer à sa victime, le narcissique utilise la manipulation tout en restant dans les limites de la loi. Le pervers narcissique mystifie sa victime pour l'abuser, tout en restant dans la légalité.

C'est toute la magie du système pervers ; faire de sa victime, une victime consentante ignorant qu'elle est victime (même si elle perçoit bien qu'elle est bernée).

Comme le narcissique individuel, le pouvoir narcissique utilise instinctivement quelques manipulations stéréotypées pour prendre le contrôle de sa victime et c'est tout a fait apparent a la télévision devenue le simple reflet de la psychologie d'un marché particulièrement narcissique.

  • Privilégier le plaisir sur la conscience, inciter à la compulsivité, stimuler les bas instincts, stresser pour empêcher de réfléchir à sa condition. Tous ces mécanismes ont entraîné sans qu'il s'en rende compte, le peuple à la soumission et à la dépendance du marché.
  • Flatter les basses qualités de la victime (le côté sexy, à la mode, sa docilité, sa légèreté, etc) tout en gardant sous silence ses qualités supérieures (l'angle responsable, engagé, travailleur, consciencieux, solidaire, bénévole, du peuple).
  • Culpabiliser la victime, qui n'en fait jamais assez pour son maître.
  • Dégrader l'image, infantiliser. Dans la plupart des jeux télévisés (seuls espaces télévisuels où apparaissent les gens "ordinaires") des présentateurs narcissiques montrent du peuple, sa caricature en vénal, naïf et facilement manipulable. Un peuple que l'animateur peut humilier, ruser, toucher, abuser et dont il peut se moquer. Un peuple simple, admiratif de l'animateur (donc du système dominant narcissique) un peuple sans esprit critique, heureux de son sort, ne se posant pas de question sur l'existence, se contentant d'être léger.

Les dominants démocratiques

Les pouvoirs démocratiques évolués

Le problème majeur du système dominant est d'accepter les divers moyens de contrôle susceptibles de contenir correctement leurs désirs de toute puissance.

Pour ce faire, il doit accepter en son sein et sans les manipuler, des contre pouvoirs (médias, justices, oppositions, etc.) suffisamment libres et puissants. Il doit être en mesure de supporter une opposition combative et appropriée, une justice et des journalistes indépendants et incisifs, un syndicalisme efficace et des intellectuels démocrates, autrement dit acquis à la cause du peuple.

À ce moment-là, les équilibres sont respecté et le peuple aussi (exit l'époque Sartre, Malraux, Camus, Foucault, Bourdieu). Dans les démocraties efficaces, chaque régression sociale, chaque manquement éthique, chaque maltraitance du peuple est mise à jour et soulève un tollé général. L'ensemble des corporations chargées de la protection du peuple se met en branle et obligent les dominants à faire marche arrière, ce qui empêche toute dérive hégémonique.

Cet équilibre existait dans les années 60/70. Les médias me semble t-il, étaient plus libres, les syndicats et l'opposition plus imposants, ce qui a permis par exemple de contester la guerre du Vietnam ou de renverser un président (Nixon) pour son manquement éthique.

Sans vigilance, l'autocratie reprend le pouvoir

Des mécanismes automatiques

Si les circonstances mondiales ont permis quelques fois à la démocratie d'accéder à un bon fonctionnement, comme ce fut le cas lors des 30 glorieuses, les mentalités réactionnaires et narcissiques restent en permanence à l’affût de toute faiblesse.

De façon intuitive, autrement dit, sans intention déterminé, les dominants narcissiques visent naturellement à faire régresser les valeurs démocratiques pour réinstaurer leur toute puissance (c'est le cas du marché depuis trois décennies).

Un révélateur des faiblesses démocratiques

Ces dominants autocrates profitent instinctivement de toute instabilité, de toute baisse de la vigilance pour reprendre le pouvoir. Une fois au sommet de la hiérarchie, ils commencent à agrandir leur possession en grignotant progressivement celle du peuple.

Peu à peu, ils font régresser ses acquis sociaux, disparaître son image des médias au profit de la leur et thésaurisent l'ensemble des privilèges.

Incapables de gérer leur désir de toute puissance, ces dominants cherchent irrépressiblement à neutraliser toute opposition (en démocratie ils utilisent la manipulation, l'intimidation, la corruption). Ne sachant pas se fixer des limites, le système narcissique (le marché actuel) attend qu'on les lui fixe.

La démocratie idéale attend le futur

Une société à la hauteur de la conscience contemporaine, serait une démocratie réelle. Une démocratie capable de s'abstenir de manipuler l'opinion publique pour profiter de toute la sagesse et le bon sens populaire.

Une démocratie déterminée à consulter et à écouter le peuple, a respecter ses valeurs profondes et ses véritables désirs sans les abuser.

Aujourd'hui le monde dit occidental et démocratique, tourne sur un régime de simulacre démocratique. Le marché à progressivement induit ses valeurs dans l'esprit des citoyens (les consommateurs). En réalité, il serait plus juste de dire que le marché à étouffée (d'une façon tout à fait perverse, donc impossible à détecter) les valeurs du peuples pour stimuler à la place ses pulsions primaires.

Démocratie et perversion

Le degré de perversion est relatif à l'ambiance de la société

Dans un monde relativement paisible, sécurisé, fortement spiritualisé, qui n'a pas à vivre sous la crainte permanente d'un ennemi ni le diktat de dominant perpétuellement désireux d'asservir ceux qu'ils considèrent comme étrangers, le degré de cruauté est relativement faible voire inexistant. L'entraide, la fraternité et la solidarité, sont au contraire extrêmement présent.

c'était le cas des aborigènes d'Australie, de certaines peuplades indiennes en Amérique, de certains peuples océaniens ou africains. Dans ce type de cadre de vie, l'éducation peut se dispenser autour des grands principes de l'amour, de la concorde et du bonheur.

Quand au contraire, le monde environnant est hostile, l'ennemi toujours prêt à surgir, les dominants toujours prêts à partir à la guerre, l'ensemble humain doit développer les facultés liées au combat, à l'hostilité et à la violence - insensible, téméraire, inébranlable, rigoureux, intraitable, sourd, intransigeant - sont quelques-unes des « qualités » requises, et ces qualités engendrent la plupart du temps la cruauté et la perversité.

Les mauvaises démocraties

Font souffrir le peuple

La cruauté est le remède de l'orgueil blessé. Friedrich Nietzsche

La violence envers autrui, la perversion et la cruauté n'appartiennent pas à la nature propre de l'être humain. Ces excès sont le résultat du système de valeurs mises en place, des défaillances éducatives et sociales de la société et du manque d'autocritique et de réflexion sur elle-même.

Quand une société s'autorise à négliger l'éducation de certains êtres humains en privilégiant de façon outrageuse et népotiste, une petite élite... quand elle s'autorise à plonger des hommes dans le dénuement moral et physique... quand elle se permet de jeter dans la rue des êtres humains les obligeants à développer des attitudes de survie identique à la jungle... elle augmente doucement mais sûrement, le degré de violence, de cruauté et de perversité de son humanité.

Quand une société s'autorise a écraser des parents sous le poids du stress, de l'insécurité, de la charge de travail salarial et domicile et des valeurs absurdes véhiculées par la télé, elle conduit une partie de sa population, frustrée de toute part, à se violenter elle-même - alcoolisme, dépression, drogue etc. - et à violenter les plus faibles des siens - femmes, enfants.

Quand une société insinue la peur et le racisme pour des raisons bassement électorales, quand elle préfère laisser se développer l'injustice plutôt que la justice, le népotisme plutôt que le mérite, la violence policière plutôt que le respect, elle alimente sa propre société en violence, en cruauté et en perversité.

Quand une société préfère donner à vénérer l'élite narcissique plutôt que le peuple, la vanité plutôt que l'humilité, l'égocentrisme plutôt que la simplicité, le VIP plutôt que l'égalité, l'égoïsme plutôt que le partage, la domination plutôt que le mutualisme, l'avoir plutôt que l'être... elle engendre en son sein, toujours plus de nihilisme, de violence, de cruauté et de perversité.

Lorsque qu'une société, banalise à l'aide de ses médias le meurtre, la torture, la froideur, la cruauté et l'insensibilité, et l'idée selon laquelle la vie de certains êtres humains ( les pauvres) - est insignifiante par rapport à la vie d'autres êtres humains - de préférence blanche et occidentale - elle génère de plus en plus d'insensibilité, d'égoïsme et de capacité au génocide et à la cruauté.

Quand une société jette de plus en plus de gens en prison, à la merci de la perversion et de la cruauté qui y règne, au lieu de choisir les alternatives et de rendre le monde carcéral vivable, pédagogique et réellement éducatif... elle fabrique de plus en plus de violence, de cruauté et de perversité.

Quand une société institue l'injustice, la corruption, et la manipulation dans ses relations inter communautaires, quand elle préfère utiliser la cruauté, la terreur, et la guerre plutôt que la diplomatie pour résoudre les problèmes de l'humanité, elle soutient et stimule le système violent, cruel et pervers à l'échelle humaine.

Quand une société humaine, offre de plus en plus de pouvoir à des êtres humains de plus en plus claniques, de plus en plus insensibles à la souffrance des « hors clans », des êtres humains de plus en plus élitistes, de plus en plus arrivistes, de plus en plus cruels, de plus en plus pervers, de plus en plus froids et manipulateurs, de plus en plus cyniques, de moins en moins responsable de la collectivité humaine tout entière... elle engendre dans l'humanité de plus en plus de cruauté, de violence et de perversion.

Une faible évolution

Nous le voyons donc, la capacité humaine à faire souffrir ses semblables, torturer ses congénères, pervertir autrui, imposer les meurtres en série et industriel, ramener d'autres peuple au Moyen âge sans en mesurer les conséquences humaines... toutes ces capacités humaines, ou plus précisément inhumaines, sont le fruit d'un contexte et d'un certain type d'éducation, en aucun cas il ne s'agit d'attitude innée.

L'aptitude à déclencher des guerres sans se soucier de la population vulnérables, à maintenir un pays dans le chaos pour arriver à ses fins, toutes ces capacités perverses ne sont pas innées en l'homme mais acquises au sein d'un tissu éducatif favorisant le narcissisme, la clanicité, l'élitisme discriminant, l'insensibilité à autrui, le désir de toute-puissance, etc..

L'humanité me semble t-il, a déjà les moyens d'être la plus universelle, la plus juste, la plus fraternelle et la plus égalitaire de toutes les espèces quand elle s'en donnera les moyens.

2002

Baudelaire Poe