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  • textes philosophiques 1

Qâzï Saïd Qommï

L'extase de Plotin: peut-on s'élever hors de ce monde jusqu'au monde divin ?

qom

Théologie dite d'Aristote et gloses de Qâzï Saïd Qommï.

La théologie attribuée à Aristote est faite de textes de Plotin, tirés des trois dernières Ennéades, traduits en arabe modifié et augmentés de gloses. Cet ouvrage a joué un rôle majeur dans l'introduction du néoplatonisme dans la philosophie islamique. Commentée par Avicenne, il servira aussi bien de référence constante aux philosophes des écoles d'Ispahan de Qom de Chiraz, aux 17e et 18e siècle.
Qâzï Saïd Qommï nous en a laissé un commentaire précis, dont voici un extrait significatif. Il porte sur le célèbre récit d'extase, présent dans le texte grec des Ennéades (IV, 8, (6)1, L1-11) et présent sous une forme amplifiée dans la version arabe de la théologie. Nous présentons successivement la traduction du texte arabe de la théologie et des extraits du commentaire de Qâzï Saïd Qommï.

Théologie dite d'Aristote :
Souvent je me suis trouvé seul avec moi même et j’ai répudié mon corps, le mettant de côté, comme si j'étais une substance nue, sans corps. J'entre alors en mon intime réalité, faisant retour en elle depuis le reste des choses. Je suis alors la connaissance, le sujet connaissant et l'objet connu tout ensemble et je vois en mon intime réalité une beauté, une splendeur, une lumière telle que je demeure saisi d'émerveillement et de surprise. Je sais alors que je fais parti du monde noble, supérieur, divin et que je possède une vie en acte. Lorsque je suis devenu certain de cela, je m'élève corps de ce monde jusqu'au monde divin, et je deviens comme si j'avais place en lui, comme si je lui étais attaché. Je suis au-delà du monde de l'Intelligence tout entier. Je me tiens en ce lieu noble et divin. Je vois là, une telle lumière et une telle beauté que les langues n'en peuvent estimer l'ordonnance ni les oreilles la saisir. Quand mon combler cette lumière et cette splendeur et que je n'ai plus la force de la souffrir, je redescend de l'intelligence jusqu'à la pensée discursive et la réflexion. Et quand je suis revenu dans le monde de la pensée discursive et de la réflexion, la pensée me voile cette lumière et cette beauté. Je reste alors à m'étonner et à me demander comment je suis tombé de ce lieu sublime et divin et ensuite venu au lieu où se situe la pensée discursive, après que mon âme a eu la force de saisir son corps derrière elle, de revenir en elle-même et de monter au monde de l'intelligence, puis au monde divin, jusqu'à ce qu'elle parvienne au lieu de la beauté et de la lumière, cause de toute lumière et de toute beauté.

Commentaire.
Souvent je me suis trouvé seul avec moi-même : je me suis abstenu de toute chose autre que mon âme, qui est mon ipséité, hors tout ce qui est autre que ma réalité essentielle, comme si j'avais ôté mon corps, qui est nécessaire à mon âme quand elle est en cette condition d'ici bas. Il s'agit d'un dépouillement du corps qui advient aux amis de dieu, parce qu'ils sont dans le corps comme s'il n'était pas avec lui, comme s'ils étaient séparés du corps, entièrement disjoint de lui, ne se tournant en rien vers lui. Il en va comme de la tunique que l'homme revêt parfois et que d'autres fois Il ôte. Ainsi en est-il rapporté, en une tradition des Gens de la maison prophétique, qu'ils sont décrits "comme s'ils étaient dans les tuniques de leur corps".
Lorsque ce stage éminent a fait retour à son ipséité, et tu sais que l'âme est Intelligence par essence, il fait retour au premier degré de l'intelligence, puisque ce qui ne va pas au commencement ne peut atteindre aux degrés médians et aux degrés ultimes. Son propros concerne ici seulement l'atteinte au commencement. Quant à ce qu'il dit, "je me suis élevé jusqu'au degré ultime de l'Intelligence", il signifie la proximité de la présence divine, qui rassemble la totalité des noms et attributs divins.

Comme si j'étais une substance nue, sans corps : Le terme de l'ascension vers l'horizon parfaitement clair. Il s'agit de la limite où s'achève le degré de l'Intelligence. étant ainsi parvenu au point où se produit l'embrasement, il dit : comme si je lui étais attaché. Ce qui indique le lieu où il demeure en suspens. Pour cela, il déclare : Au-delà du monde de l'Intelligence, parce que le terme final, vers le haut, est exprimé par Au-delà et donné ainsi à contempler. Je descends de l'Intelligence jusqu'à la pensée discursive et la réflexion : pour lui, le fait d'être complètement immergé dans la lumière et une théophanie qu'opère le Réel divin sur lui, par où il s'anéantit à soi-même et à la station en laquelle il séjournait, et aussi bien à toute réalité. Mais quant il prend conscience de cette anéantissement, il retombe du monde intelligible, lequel est le terme ultime du voyage, jusqu'à la station de l'âme, où se produit pour l'âme la pensée réflexive : comment il est arrivé jusqu'à ce monde noble et comment il s'est uni à cela duquel aucun effet ne périt. Et cette pensée est pour lui un voile qui le sépare de la contemplation de cette lumière théophanique. Ainsi désire-t-il comprendre cette statio. [...]
Je dis que le Shaykh al-Raïs [Avicenne] a attribué cette déposition et cette ascension à une perception et il a posé la fondation de cet amour qui court dans l'ensemble des existants, ainsi que de l'ardent désir pour le monde supérieur. Mais tu sais que la chose est encore plus noble et plus haute. Bien plus, cette modalité d'être se situe au-delà de la pensée intellective et du mouvement psychique. Si tu veux connaître ce qu'est la réalité de l'amour, prête une oreille attentive à ce qui va suivre. Dieu a instauré, pour chaque existant intelligible, naturel ou sensible, une perfection. Il a décrété, dans la nature essentielle de cette existence, un amour et un désir tournés vers cette perfection et une motion qui vise à parachever cette perfection.
L'amour séparé du désir est propre aux réalités purement immatérielles, puisque tu sais que lorsque l'intelligence aime ardemment, elle devient une âme. Pour ce qui est autre que l'intelligence et l'âme, l'amour et le désir ne sont jamais exempts d'imperfections et de potentialité, qu'il s'agisse du désir volontaire ou du désir naturel, selon la diversité de ses degrés. Des lors, un certain mouvement correspond à cet amour, ou bien un mouvement de l'âme, ou un mouvement quantitatif, qualitatif, local ou quant au situs. Comme le créateur transcende toute perfection, il est la plus haute réalité, en ce qui concerne la magnificence et l'amour de soi. Ce qui effuse du créateur, biens et êtres causés, n'est pas exempt d'imperfection. Plus grande est leur dépendance à l'égard des causes, plus ils sont imparfaits, tandis que d'autant qu'ils sont proches du Réel divin, d'autant plus parfait sont-ils. Aucun existant n'est privé d'aimer la perfection, et la perfection la plus complète comme l'effusion de la perfection, c'est lui seul, Dieu qui lui communique l'unité. Chaque existant recherche la perfection, la désire. Par conséquent rien n'est privé de l'amour divin, de la dilection divine et du désir naturel. Si quelque chose en était privé, elle périrait et s'anéantirait. Par conséquent, chaque existence imparfaite ne se parachève que par ce qui est plus puissant qu'elle, et c'est sa cause. Si la matière première ne se parachève que par sa forme, la forme ne se parachève que par le donateur de la forme, l'essence ne se parachève que par l'âme, l'âme ne se parachève que par l'intelligence. Celle-ci ne demeure que par Dieu.

 

Théologie dite d'Aristote, 11e siècle.

Gloses sur la théologie dite d'Aristote 17e siècle traduit de l'arabe.

Philosophie d'ailleurs. Les pensées hébraïques, Arabes, Persanes et Égyptiennes. Sous la direction de Roger Pol Droit. édition Hermann.

Qâzï Saïd Qommï, extrait Gloses sur la Théologie dite d'Aristote, XIe siècle

 

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