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  • textes philosophiques 1

Vico (Giovanni Battista)

Un penseur italien

Vico un philosophe italien

Louis Aimé Martin. Dictionnaire de la conversation 1878

Deux idées puissantes absorbèrent la vie scientifique et philosophique de Vico. Il voulut : 1° tracer le code des lois providentielles qui gouvernent le genre humain depuis le commencement du monde, et les donner pour règle de l'avenir. 2° resoudre le problème tant cherché du principe de certitude, c'est à dire découvrir le critérium de la vérité. Ainsi, les études de Vico comprennent Dieu et l'homme, le secret des pensées de Dieu dans le gouvernement politique et moral de l'univers, et la direction à donner aux pensées des hommes dans l'accomplissement de leurs devoirs.

1° Toute histoire, suivant Vico, se compose de trois époques :

l'âge divin ou l'idolâtrie, l'âge héroïque où la barbarie, l'âge humain ou la civilisation ; et ce triple tableau, qu'il traça à grands traits, devient le cercle étroit dans lequel il renferme le passé, le présent et l'avenir de l'humanité. Voilà ce que nous sommes condamnés à recommencer sans cesse ; voilà le moule dans lequel les nations doivent se précipiter éternellement : chaque révolution de la société humaine fera revivre la barbarie des premiers jours du monde ; il y aura toujours sur la terre l'âge de l'idolâtrie, l'âge de la férocité avant l'âge de la loi. Vico va plus loin ; il soutient que, lors même que dieu multiplierait à l'infini les mondes dans l'espace (hypothèse indubitablement fausses, ajoute-t-il), la destinée de tous ces mondes nés et à naître serait de suivre le cours des lois tracées dans la science nouvelle. Ainsi, ce beau génie, qui tout à l'heure voulait écrire le code des lois providentielles, écrit que la Providence n'a peuplé qu'un monde, n' a créé qu'une terre. Il ose dire que si d'autres mondes étaient possibles, ils ne pourraient exister que sous la direction des lois que lui, faible mortel, vient de découvrir. Tout à l'heure il cherchait la pensée de Dieu, à présent il lui trace des limites. Quel triste résultat d'une aussi grande conception ! Tel est le système de Vico. Il s'est borné à étudier dans les modifications de l'esprit humain la marche que devait suivre les sociétés, en les supposant à l'etat sauvages ou à l'état de barbarie ; là s'arrête à la science nouvelle.

On peut, si l'on veut, lui accorder quelques époques du passé, mais aucun héritage dans l'avenir. En effet, pour montrer combien sa doctrine et impuissante, il suffit de constater les progrès de l'humanité sur le globe, et de remarquer que dans sa théorie des lois providentielles, Vico n'a tenu aucun compte de la loi de perfectibilité, c'est à dire de l'amélioration graduelle du genre humain. Et qu'on ne crois pas que cette amélioration soit illusoire ; on peut énumérer le nombre de vérités inconnues des temps anciens et qui sont acquis aux temps modernes : l'amour des hommes, l'abolition des castes, l'abolition de l'esclavage, la soumission des droits du citoyen aux droits de l'humanité, et la liberté de conscience, toutes vérités repoussées par les peuples les plus civilisés de l'antiquité et triomphante aujourd'hui. La croyance en un seul dieu, qui coûta la vie à Socrate, est devenue la vie religieuse des nations ; il n'y a plus d'idolâtrie que chez les barbares ; autrefois elle couvrait la terre : "tout était dieu, excepté dieu même !" dit énergiquement Bossuet. Voilà les conquêtes morales qui ont changé la condition des sociétés et y rendent le retour de l'âge divin impossible. Ainsi, la condition morale des peuples est entièrement changé ; le genre humain s'améliore, et la masse civilisée et plus parfaite que dans les temps anciens : je parle des temps les plus beaux et les plus héroïques ; car dans ces temps d'héroïsme Athènes ne criait pas à Sparte : négorgez pas les îlotes ! Rome ne criait pas à Athènes : ne vendez pas les esclaves ! Platon et Socrate lui-même acceptait l'esclavage, et il y a dans la politique du précepteur de Alexandre une page terrible, où l'esclavage est déclaré chose juste (Politique d'Aristote, liv 1er, ch 2) et cette page sépare à jamais les temps anciens des temps modernes.

Toutes les études historiques tendent donc à démontrer l'impossibilité du retour des âges divins et héroïques, à moins d'un cataclysme qui ne laisserai sur le globe que des Groënlandais ; d'où il résulte que la science nouvelle de Vico ne renferme pas l'avenir du globe ; qu'elle n'est pas le moule éternel ou les peuples doivent prendre leurs formes ; que de nouvelles destinées nous sont promises, qui demandent une nouvelle science, une science plus digne de l'homme, plus pleine de foi et d'espérance, une science qui parle à notre coeur et non à notre mémoire, et qui, loin de condamner le genre humain a tourner dans un cercle douloureux de superstitions et de crimes, lui ouvre un avenir brillant d'intelligence et de prospérité. Si donc nous dégageons de l'oeuvre de Vico cette partie erroné de son système, il ne lui restera plus qu'une idée vraie, que cette magnifique idée de Bossuet qui place tous les peuples du monde, représenté par la postérité d'Abraham, sous les regards et la conduite de dieu. Des lors le discours sur l'histoire universelle reste debout sur les débris du livre de Vico, et par droit de génie et par droit d'ancienneté, car le chef-d'oeuvre du nouveau père de l'église précéda de quarante-quatre ans le chef-d'oeuvre du professeur italien. A présent si l'on me demande de formuler la loi qui dirige les peuples dans leur marche éternelle sous les regards de Dieu, je répondrai que nous ne sommes pas plus avancés aujourd'hui qu'on ne l'était aux temps de Bossuet et de Vico. Seulement, on peut dire que le caractère de cette loi est la prévoyance et la bonté. Et qu'on ne vienne pas nous opposer les tableaux vides de l'histoire du monde depuis 6000 ans, car nous répondrions précisément par ces 6000 ans d'existence et de progrès. Plus il y a de désordre dans les lois humaines, plus l'ordre des lois divines apparaît, puisque nous existons, puisque nous progressons, puisque chaque siècle en passant nous a dépouillé de quelques barbaries. Peu importe que la loi divine soit encore inconnue, si elle se manifeste par des bienfaits et si son but visible est la conservation du genre humain !
Ce qui importe, c'est que nous sachions qu'elle existe. Et voilà précisément ce qui fait la gloire de Vico. Sa mission fut de nous avertir bien plus que de nous instruire ; mais son avertissement eut quelque chose de sublime, car il nous appelait au conseil de la providence.

2° Recherche de la vérité.

Rien de plus triste que la condition de l'homme. Il ne peut être heureux que par la vérité, et son sort est de vivre environné de mensonges. Naître à tel degré de latitude, c'est recevoir d'un petit coin de terre nos préjugés, nous moeurs, nos opinions, notre religion ; c'est être chinois, français, Hottentot. Naître dans tel ou tel siècle, c'est vivre sous l'idée dominante de ce siècle. Ce n'est pas tout : à ces idées fatales, qui sont indépendantes de notre volonté, et dont si peu d'hommes songent à se dépouiller, il faut ajouter l'éducation, cette seconde naissance, qui refait notre entendement et le meuble ou le démeuble au gré de nos maîtres et de nos professeurs. La notre raison agit, mais offusquée par les habitudes de l'école, par le chaos de la théologie, par les systèmes de la science, par les théories philosophiques qu'un grand génie nous impose et qu'un plus grand génie anéantit ; car il y a autant de diversité dans les opinions des philosophes que dans les moeurs des peuples. Nous passons de Saint Augustin à Bossuet, de Platon à Cicéron, d'Aristote a Descartes, de Descartes à Locke, de Locke à Kant et de Kant à Fichte à Schelling, à Hegel, sans jamais nous arrêter, forgeant notre intelligence à toutes ces fournaises, accusant nos pères d'erreurs ou de mensonges, en n'écoutant pas la voix de nos enfants, qui déjà se préparent à nous accuser à leur tour.

Lorsque Montaigne, le premier parmi nous, levant la tête hors de ses ténèbres et regardant au dessous de lui, vit cette effroyable chaos de coutumes, usages, d'opinions, de religions, qui se partagent le globe, son âme se troubla, son imagination s'assombrit, et il proclama en face du monde la vanité de toutes les sciences et de toutes les pensées humaines ; et cependant, ce rare génie avait entrevu le remède à tant de maux, et même il avait consigné quelques pages plus loin dans cinq autres chapitres de son livre, le plus beau peut-être des Essais, puisqu'il est resté original après l'émile, qui en est sorti tout entier.Je veux parler du chapitre 30 de l'institution des enfants, dédié à Mme Diane de Foix. Dans ce chapitre on lit cette pensée, qui alors passa inaperçu, et qui plus tard devait servir de textes à Bacon et à Descartes et faire révolution dans les écoles :" il faut tout passer par l'estamine, et ne loger rien en notre tête par autorité et à crédit." qu'on juge de l'étrangeté de cette parole à une époque où la parole d'Aristote décidait de tout. Bacon fut le premier qui s'en saisit. Bacon, fonda la philosophie comme il avait fondé les sciences, posait le même principe que Montaigne, mais avec plus de clarté, plus de développement ; il disait : "il ne nous reste plus qu'une seule planche de salut, c'est de refaire en entier l'entendement humain ; c'est d'abolir de fond en comble les théories et les notions reçues, enfin d'appliquer ensuite un esprit vierge, et devenu comme une table rase, à l'étude de chaque chose prise à son commencement. (Novum organum). Ces six lignes, publiées à Londres à l'époque où le parlement de Paris défendait à peine de vie de tenir n'y enseigner aucune maxime contre les auteurs anciens et approuvés"

 

Louis Aimé Martin. Le dictionnaire de la conversation 1878

 

Lamennais essai sur l'indifférence en matière de religion

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La force qui façonne les images des choses, cette force qu'on nomme imagination, à l'instant même où elle engendre et procrée de nouvelles formes, affirme et confirme la divinité même de son origine.
Les Discours

Il y eut d'abord les forêts, puis les huttes, ensuite les villages, après les villes, enfin les académies.
La Science nouvelle (1725)

Giambattista Vico

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