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  • textes philosophiques 1

Philosophie

selon Jacques Matter

l'école d'atheneextrait du dictionnaire de la conversation 1878 (suite)

[...] La philosophie est, quoique à des degrés divers, la reine commune des lettres et des arts, comme elle est celle des sciences morales et politiques. Elle est encore, et dans d'autres limites, celle des sciences physiques et mathématiques. La philosophie offre aux uns et aux autres ces trois choses : 1° l'instrument investigateur où la science de l'esprit humain ; 2° l'art de l'investigation et de l'exposition, la méthode ; 3° enfin, le principe suprême ou le point de départ lui-même. En d'autres termes, la philosophie fait les destinees et assure la fortune de toutes les sciences. En effet, c'est elle qui leur enseigne à toute l'art d'observer et d'analyser, d'induire et de conclure, de composer et de systématiser.

Le vulgaire suppose un abîme entre la philosophie et les sciences physiques : ces dernières, à l'entendre, s'occupe d'un autre monde. Et sans doute, le monde physique n'est plus le monde moral et intellectuel, domaine de la philosophie, mais c'est la philosophie elle-même qui donne la distinction des deux mondes : c'est l'étude du moi qui conduit à la connaissance du non-moi. Puis la distinction du non moi en deux grandes catégories, dont l'une est la cause et l'autre l'effet, l'une Dieu, l'autre l'univers, est encore le résultat de la philosophie. Après ce point de départ, il n'est pas dans les études physiques un seul pas que l'esprit humain pût faire avec quelques assurances sans le flambeau et le contrôle de la philosophie. C'est avec son secours qu'il procède à la description des divers être ou corps, que de cette description individuelle de tous il passe à la classification générale de tous, en règnes, en genres, en espèces, en individualités (histoire naturelle ou zoologie, botaniques, minéralogie). C'est avec les mêmes secours qu'il étudie les forces isolées ou combinées, leurs actions et leurs rapports (physique), puis les compositions les décompositions (chimie). C'est encore avec les mêmes secours qu'enfin d'une grande masse d'individualités il fait un globe, dont il sonde la structure et les couches pour en expliquer l'âge, les métamorphoses et la durée (géologie), puis un univers, dont il ose chercher le commencement et la fin, les lois et les destinées, le but et l'auteur (cosmologie élémentaire et transcendance physico-théologie).

C'est à dire que le point de départ des sciences physiques est dans l'étude du moi, ou dans l'anthropologie psychique, et le dernier pas dans la théodicée. Or, c'est bien là naître et mourir dans la philosophie.

Les sciences mathématiques sortent à leur tour du même sein, et reviennent s'y perdre de même. La conception du nombre et de la forme est suivant certains philosophes, une abstraction précédée d'une observation; suivant d'autres, elle est bien plus, elle est une opération primitive, une fonction de la raison pure. Dans tous les cas, c'est à l'occasion du non moi que le moi conçoit le nombre et la forme; et si telle est la naissance de cette conception, si c'est ainsi qu'elle jaillit du sein de l'intelligence humaine pour aller mesurer l'univers dans son ensemble et dans son detail, pour appliquer à tout ce qui est les idées de quantité, de grandeur, d'étendue, de fini ou d'infini, certes rien ne saurait être plus philosophique que la science de la forme et du nombre. Elle l'est dans toutes ses parties, soit quelle mesure la quantité par la voie de nombres déterminés (arithmétique) ou par celle de nombres indéterminés (algèbre), soit quelle mesure l'espace sur le globe terrestre (géométrie) ou celui des sphères célestes (astronomie). En effet, c'est toujours la même conception qui lui sert de régulateur suprême, et si elle trouve son origine dans une des opérations primordiales de l'intelligence humaine, si elle débute par la conception de la forme et du nombre, elle finit par la conception des lois du monde, d'un ordre de choses uniques, d'un principe éternel et infini, d'une cause première. On le voit, si les mathématiques, dans leurs course libre, longue, majestueuse et féconde, sortent du domaine de la philosophie pour cultiver des régions qui soient les leurs, elles partent, voyages et reviennent aux flambeaux de la philosophie.

 

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Le dictionnaire de la conversation 1878

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« Brusquement ma vie s’arrêta… Je n’avais plus de désirs. Je savais qu’il n’y avait rien à désirer. La vérité est que la vie était absurde. J’étais arrivé à l’abîme et je voyais que, devant moi, il n’y avait rien que la mort

tolstoi

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