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Martin Heidegger et le nazisme

Un point de vue à propos d'un engagement désespérant.

Martin Heidegger, et le nazismeUn point du subjectif

Je vous propose un point de vue personnel à propos de la relation entre un philosophe : Heidegger, et le nazisme. Il s'agit d'une réflexion intuitive et subjective, à prendre donc avec toutes les précautions d'usage.

Je ne connais pas très bien les écrits de Martin Heidegger ni sa biographie.

Mais lorsque nous parcourons Internet pour en savoir plus sur l'oeuvre de ce philosophe, nous sommes immédiatement confrontés à la période de sa vie relative à son engagement dans le nazisme.
Je vais me permettre de donner mon avis sur ce sujet.

Tout d'abord nous devons préciser quelques points fondamentaux.

Martin Heidegger fut l'élève d'Edmund Husserl.

Edmund Husserl était un philosophe allemand d'origine juive (et convertie plus tard au protestantisme).

Martin Heidegger adhère au parti nazi en 1933.
Mais il vote pour celui-ci dès 1932.

En 1933 Heidegger prend la charge de recteur de l'université de Fribourg.

Hitler rédige mein Kempf entre 1924 et 1925. Sa haine du peuple juif transpire régulièrement dans l'ouvrage du dictateur psychopathe.

(en aparté ; son intention de développer l'expansionnisme allemand à l'intérieur même de l'Europe est également et clairement évoqué et dans de nombreux passages comme celui-ci : « Lorsque le territoire du Reich contiendra tous les Allemands, s'il s'avère inapte à les nourrir, de la nécessité de ce peuple naîtra son droit moral d'acquérir des terres étrangères. La charrue fera alors place à l'épée, et les larmes de la guerre prépareront les moissons du monde futur », ce qui démontre la négligence et les mauvais calculs des dirigeants européens à ce moment-là)

Mein Kempf

Il me semble impossible de penser que Heidegger n'a pas lu ce livre.

Et cette question est des plus cruciale.

En effet si Martin Heidegger a lu ce livre, sa perspicacité, ne peut pas ne pas avoir remarqué ce que même le pape Pie XII, a remarqué déjà en 1929 en le lisant. « Ou bien je me trompe vraiment beaucoup, ou bien tout cela se terminera pas bien. Cet être-là est entièrement possédé de lui-même : tout ce qu'il dit et écrit porte l'empreinte de son égoïsme ; c'est un homme à enjamber des cadavres et à fouler aux pieds tout ce qui est en travers de son chemin - je n'arrive pas à comprendre que tant de gens en Allemagne, même parmi les meilleurs, ne voient pas cela, ou du moins ne tirent aucune leçon de ce qu'il écrit et dit. - Qui parmi tous ces gens, a seulement lu ce livre à faire dresser les cheveux sur la tête qu'est Mein Kampf ? »

Selon ma conviction profonde, Martin Heidegger a lu le livre de Hitler.

Même si l'antisémitisme à cette époque-là était quasiment banalisé (parce qu'il était en libre expression) un penseur digne de ce nom, et d'autant plus s'il est philosophe, se devait au moins d'adopter la position de Nietzsche à ce propos, autrement dit une position résolument hostile et critique envers les antisémites.

Antisémitisme silencieux ou peur des représailles ?

Aucun intellectuel ne pouvait lire ce livre sans détecter la haine de Hitler envers le peuple juif. Ne pas prendre position face à cette fureur en tant qu'intellectuel à ce moment-là, ne peut s'expliquer selon moi que de deux façons.

Soit Heidegger adhérait silencieusement aux idées de l'antisémitisme ambiant verbalisé tout haut par le dictateur allemand et les nombreux antisémites de l'époque. Soit le philosophe s'est tu par peur des représailles ou des conséquences inévitables lorsqu'on exprime son opinion dans un état de dictature.

De façon intuitive je penche pour la première version.

Cette intuition me semble confirmée par ces lignes mêmes du philosophe à sa future femme, Elfride et révélé par Emmanuel Faye : « L’enjuivement — Verjüdung — des universités est effrayant. Et je pense que la race allemande — deutsche Rasse — devrait trouver assez de force intérieure pour parvenir au sommet ». Si ces écrits sont exacts, on peut alors considérer Martin Heidegger, contaminé, au même titre qu'Hitler, par la frustration maladive constituant un des engrais les plus efficaces de l'antisémitisme.

Cette jalousie me semble d'ailleurs clairement apparaître dans son désengagement envers son ancien professeur Edmund Husserl lorsque celui-ci subit les lois d'exception raciste.

Martin Heidegger et Edmund Husserl

Le même questionnement en effet, se présente quant à la prise de position de Martin Heidegger face à son maître Edmund Husserl.

Qu'a fait Heidegger en 1933, lorsque edmund Husserl a été interdit d'accès à la bibliothèque de l'université de Fribourg par la législation antisémite adoptée par les nazis en avril 1933 ?

Pourquoi Martin Heidegger ne s'est-il pas opposé farouchement à cette décision touchant la personne à qui il dédie l'ouvrage de sa vie : être et temps en 1927, et très certainement, la personne à qui sa philosophie devait le plus ?

L'oeuvre ou l'auteur, l'oeuvre et l'auteur

Encore une fois, je ne connais pas suffisamment l'oeuvre de Martin Heidegger pour savoir si elle est susceptible de diriger l'esprit de ses lecteurs vers des pensées ségrégationnistes et fascistes.

Certains disent « oui » d'autres disent « non ». J'avoue que je n'ai pas encore eu l'énergie ni les capacités de lire être et temps en dehors de quelques bribes, pour me faire une idée claire à ce sujet.

Si les écrits de Heidegger ne font pas référence au nazisme ni à ses concepts les plus sombres, nous devons alors distinguer l'oeuvre de son auteur.

Dans ce cas-là, l'oeuvre doit continuer son travail de développement culturel sans entrave. L'auteur lui par contre, il était nécessaire et vital de critiquer son comportement pendant ces années obscures, et il est nécessaire de prolonger cette critique jusqu'à ce qu'elle ait donné tout ce qu'elle doit donner à l'humanité pour empêcher que cela ne se reproduise.

Mon point de vue sur la censure et celui-ci. Si la critique d'un ouvrage litigieux (antisémite, raciste, négationniste etc.) ne peut être proposé au peuple à travers les organes par lesquels il s'informe, alors la censure est préférable. Si au contraire, une analyse critique et capable de montrer l'absurdité et la dangerosité de telles idées est fait pour le peuple, alors, à mon sens, il vaut mieux éviter la censure et profiter du démontage critique pour anéantir certaines idées éculées.

Par contre, et même si l'on s'en tient tout simplement à l'adhésion de Martin Heidegger au parti nazi, le philosophe doit, pour cela et en tant qu'intellectuel, être critiqué par l'humanité.

La difficulté d'être humain

Hitler et l'incendie du ReischtagL'erreur et la faiblesse sont humaines et nul ne peut présager de ce qu'il feraient dans un système dictatorial dont on sait qu'il met toute vie en danger. Il est facile d'être un héros après coup, ou en temps de paix.

D'autre part, la compassion étant une des grandes valeurs de l'humanité, chaque être humain, en tant qu'être humain, la mérite, Martin Heidegger y compris.

Mais pour évoluer dans le sens des grandes valeurs humaines nous devons valoriser les bons exemples et critiquer les mauvais. c'est valable pour toutes les corporations de l'humanité. Il est donc impératif de juger les actes sans complaisance, avec fermeté et sévérité lorsque ceux-ci les méritent.

Si l'homme est pardonnable, ses mauvais actes ne le sont pas. Tout simplement pour qu'aucune personne ne puisse se réfugier derrière ce pardon pour justifier les mêmes conduites.

Dans le panel des mauvais actes, l'antisémitisme du nazisme occupe le sommet. La décision et la mise en pratique d'une solution finale visant à éliminer un peuple tout entier de l'humanité, Doit être considéré comme le mal absolu.

Autrement dit, l'adhésion de Martin Heidegger au nazisme, à un moment où les lois d'exception entrait en vigueur, son silence à ce propos, participent des pires choix qu’un intellectuel puisse faire. La preuve est là. Elle entache toute l'oeuvre de cet intellectuel, jusqu'à ses bonnes actions. Le rôle du penseur dans la société, est majeur. Il doit être universel, bienveillant et juste envers chaque composante du peuple. Il doit lutter contre toute exclusion, et contre toute ségrégation.

La justesse de Hans Jonas

Évidemment, comme le démontre l'expérience de Milgram, la plupart des hommes sont capables de devenir tortionnaires. Autrement dit la très grande majorité humaine est capable de faire le mauvais choix. Depuis la nuit des temps, toutes les conditions psychiques sont réunies pour développer du racisme, de l'antisémitisme ou de la xénophobie. Le penseur doit bien souvent lutter contre ses propres tendances, sa famille ou sa communauté pour ne pas sombrer dans ces pensées morbides. Et qui peut vraiment dire comment il se comporterait sous un régime de terreur.

Mais par-delà cet état de fait, un peu désespérant, le philosophe se doit de véhiculer les valeurs fondamentales de l'humanité. Nous devons écrire qu'il se doit de lutter contre les idées réactionnaires. Contre la haine et le mépris.

Je suis donc tout à fait d'accord avec ces lignes de Hans Jonas à propos de Heidegger.

Ce sont là des choses qu'on ne peut pas pardonner, qui vont bien plus loin que quelque chose d'humainement impardonnable. C'était également une faillite philosophique. Un philosophe ne pouvait pas se leurrer sur le nazisme. Il ne le pouvait pas moralement. Le fait que cette exigence avait échoué chez le plus grand philosophe de l'époque, le fait que l'effet d'élévation de l'homme qu'une vie au service de la vérité était censée produire ne s'était pas produit, le fait que la proximité et la recherche de la vérité n'avait pas fait naître une humanité compatissante, j'éprouvais tout cela, bien au-delà de mes déceptions personnelles, comme une débâcle de la philosophie. Il y avait quelque chose de faux dans la présupposition selon laquelle quiconque pense ce qu'il y a de plus profond élève par la sa propre humanité et son rapport aux autres hommes. On pouvait être pris d'un doute profond quant à la force de la philosophie telle qu'on la pratiquait jusqu'alors. Ce doute fut en partie balayé par ma rencontre avec Jaspers après la guerre. Je pus alors m'apercevoir qu'il y avait un prince de la philosophie qui était aussi un homme. Hans Jonas.

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