La volonté
Mon corps est un jardin,
ma volonté est
son jardinier. William Shakespeare.
L'être
humain et un organisme vivant en perpétuelle
activité.
À la base de cette activité, une énergie
subatomique, sert de « carburant » (subatomique c'est à dire à un
niveau inférieur à la matière). Cette énergie
immatérielle alimente l'organisme biologique et psychique.
L'lorsque cette énergie se retire de l'être,
il cesse d'être en vie.
La majeure partie de l'activité globale fournie par
le corps humain ne se hisse pas à la conscience, nous n'en
sommes pas conscients.
C'est le cas de toutes les fonctions biologiques, cellulaires,
organiques, et d'une partie de l'activité cérébrale
comme par exemple le sommeil.
Une autre partie de nos activités monte avec plus ou moins
d'acuité à notre conscience.
Dans les actions conscientes, certaines le sont « brumeusement » :
Je suis « fou » amoureux. J'ai bien conscience
d'être dans cet état mais cet état gouverne
ma conscience et ma raison ne parvient pas à analyser froidement
cette condition et à m'en soustraire. La plus grande partie
de nos actions conscientes sont commandées par nos pulsions,
nos passions, nos besoins ou nos habitudes : cela fait 3 heures
que je planche sur ce problème de volonté et en 3
heures j'ai eu plusieurs fois besoin d'étanché ma
soif, de grignoter, de me dégourdir les jambes, d'aller
voir par la fenêtre, de prendre un livre, d'aller consulter
mes messages, de téléphoner à un ami ect.,
tout ces besoins se sont immiscés en moi et ont outrepassé ma
volonté en quelques sorte. Si j'ai été conscient
de tous ces actes parallèles à mon travail, c'est
de manière passive, lointaine.
D'autres actions sont clairement conscientes, c'est
le cas lorsque je maintiens mon attention sur une chose précise
ou lorsque je décide de m'opposer à une habitude
ou à une tendance (si je décide d'arrêter de
fumer par exemple), ou encore si je rencontre un imprévu
dans une série d'actes routiniers. Nous nous sentons alors
plus profondément conscients et de manière active
et volontaire.
Pour nous opposer à nos passions, pulsions et habitudes,
nous devons avoir de « bonnes raisons » de le faire.
Cela peut être notre morale qui l'exige, ou bien le
jugement négatif que porte la société ou nos
proches sur nos actes inconscientes, (si je suis soumis par exemple à des
pulsions agressives, mon propre remords peut m'obliger à modifier
ce comportement, ou bien le jugement de mon entourage sur ma conduite,
ou encore la peur du gendarme ... Toutes ces pressions vont me
pousser à faire preuve de volonté pour dominer cette
tendance agressive)
S'opposer à ses propres tendances naturelles obéit
donc à un impératif moral, social et à notre
raison.
La lutte interne que nous menons contre nos pulsions, nos passions
ou nos habitudes jugées négatives, exige bien souvent
un effort de volonté, une vigilance et une puissante clairvoyance
sur nous-mêmes, sur notre propre comportement.
Mais lorsque nous nous opposons avec énergie à une
pulsion, a une habitude ou à une dépendance (par
exemple; au désir de fumer, au désir de manger entre
les repas ...) nous savons également que nous en retirerons
des fruits positifs, ce sont eux qui font pencher d'ailleurs
la balance dans le sens du changement.
Et en effet, tout le monde à fait l'expérience de
la joie et de l'exaltation vécue lorsqu'on parvient à maîtriser
une tendance négative ou une « mauvaise habitude » (réussir à arrêter
de fumer ou de manger des sucreries). Lorsque nous dominons une
pulsions notre conscience semble plus pointue, nous avons l'impression
d'être plus en vie qu'en acceptant en permanence de leur
succomber. Lors de cette maîtrise, une sorte de bonheur,
une acuité particulière, un amour de soi monte en
nous.
La plus ou moins grande acuité de notre conscience, dépend
donc pour une part de notre volonté à nous opposer à nos
actes automatiques jugés négatifs.
Nous savons d'autre part et d'après les expériences
de certains sages, que la volonté et la conscience humaine
ont acquis au cours des temps la capacité de vaincre la
totalité de nos pulsions, de nos tendances, de nos désirs
et de nos habitudes. Certains êtres humains sont parvenu
par l'ascèse a un contrôle total du corps, de
l'esprit, de l'énergie sexuelle, de l'agressivité,
de la volonté de puissance ... Même si cela représente
une difficulté encore insurmontable pour le commun des mortels
(et cette difficulté à un sens), ces ascètes
nous montrent que cela est possible. En théorie donc, chacun
pourrait devenir maître de l'ensemble de ses actions.
Nous avons vu que dans l'action de dompter une pulsion
jugée « négative », nous gagnons en acuité,
en joie, en amour de soi.
Même si l'expérience semble prouvé qu'une
fois cette pulsion ou cette habitude dominé, la volonté diminue
alors d'intensité ainsi que les sensations positives
qui l'accompagnaient (cela fait 4 ans que j'ai cessé de
fumer et je ne ressens plus la fierté et la joie de mes
premiers mois de sevrage).
Mais même si l'exaltation des débuts perd de
son intensité, se stabilise et s'équilibre
elle ne disparaît pas mais se transforme, par cette expérience
nous avons acquis une nouvelle force de caractère, un nouvel
optimisme, et une nouvelle acuité du monde.
Pour l'homme commun que nous sommes, les moment de combat avec
soi même sont relativement rare, la plupart du temps nous
nous laissons porter par nos tendances, nos désirs et nos
envies. Sont donc rares aussi les moments de joies que ces victoires
sur soi même, procurent naturellement.
Pour l'ascète, c'est l'inverse.
Sa raison de vivre, c'est le combat sur ses pulsions, ses tendances,
ses actions négatives. Son énergie
et sa volonté il l'a place justement à tenter de
dominer méthodiquement et progressivement chaque assaut
de ses tendances, de ses désirs, de ses craintes, et à ne
pas laisser son esprit s'assoupir dans ses habitudes.
Et ainsi, les moments de joie, de satisfaction et d'acuité émis
de temps en temps par notre esprit pour la victoire de notre volonté sur
nos tendances, l'ascète les ressent en nombre plus fréquent,
au prorata de ses victoires, et de plus en plus fréquemment
puisque son challenge est de dominer de mieux en mieux ce qu'il
ne maîtrise pas dans son existence.
Ainsi peu à peu, en rapprochant ses instants de joie jusqu'a
n'en faire plus qu'un, permanent et durable, l'ascète parvient à l'extase.
Il s'agit là d'une explication mécanique et non
d'une apologie de l'ascétisme, le site démontre à divers
endroits, que ces expériences ne concernent qu'un petit
nombre, ne sont à conseiller à personne, et conduirait,
si tout le monde s'y aventurait, à l'arrêt de toute évolution
pour l'humanité.
Il s'agit donc uniquement de montrer que la joie ascétique
n'est pas une mystification (comment imaginer d'ailleurs que de
siècles en siècles et sans se connaître les
expérimentateurs de l'ascétisme aient pu mentir à l'humanité).
Toutes tendances
Partant de là, en théorie, si nous nous entraînions
de manière sérieuse, intensive et à long terme à maîtriser
l'ensemble de nos pulsions et désirs (c'est
la recherche de l'ascète) nous atteindrions à terme
une conscience et une acuité absolue et parfaite, un éveil
absolu, une joie constante est sublimée (c'est bien
ce que les sages appelle la béatitude, l'extase ou le nirvana).
La volonté
A chaque niveau de l'activité humaine consciente
et inconsciente, il y a, dans la plupart des cas, volonté de
générer, de maintenir, de motiver la vie.
A la base, nous trouvons la volonté de créer et
d'activer le monde et les choses qu'il contient.
La science l'appelle le vide quantique et semble dire qu'il
s'agit d'une énergie subatomique. Les religions
quant à elles, appellent ce moteur : la volonté divine.
Au-dessus au niveau cellulaire, nous trouvons la volonté biologique
motivée par des buts déterminés.
Au-dessus encore la volonté de chacun de nos organes a faire
vivre l'ensemble.
Au-dessus encore la volonté psychique non intentionnelle
(les pulsions, les tendances, les désirs ; la volonté de
puissance etc.).
Et enfin la volonté psychique intentionnelle (la volonté rationnelle,
la volonté morale).
La « volonté » subatomique anime la « volonté » moléculaire,
qui anime la « volonté » cellulaire, qui anime
la « volonté » organique, qui anime la volonté psychique
intentionnelle.
En principe, seule la volonté psychique intentionnelle,
peut recevoir le nom de volonté.
Dans un premier temps, cette notion de volonté psychique
humaine intentionnelle semble facile à analyser.
J'ai un choix à faire, j'hésite entre deux
possibilités, je mesure les deux alternatives, j'en
choisit une et écarte l'autre.
Ce choix semble motivé par ma volonté et non pas
par des penchants, des tendances, des passions ou par des exigences
extérieures, (des devoir des obligations ...).
Phylogénétiquement, la volonté s'enracine
dans les instincts de vie, ceux là même qui motivent
biologiquement et instinctivement le monde animal (c'est la détermination
de tout organisme vivant à croître et a persister)
A ce niveau, la volonté, bien qu'inconsciente, obéit à une
force déterminée et dirigée vers des buts
précis (durer, prospérer, évolué, s'améliorer,
atteindre un certain équilibre, s'adapter le mieux possible
au milieu).
Cette volonté instinctive est cadrée par une sorte
de morale instinctive évitant par exemple, le règne
animal de s'autodétruire ou stoppant l'agressivité du
dominant dés que le dominé fait actes de soumission.
Cette volonté, ou force vitale, a évolué d'espèce
en espèce, se complexifiant à mesure que le vivant
se complexifie pour devenir volonté humaine.
Dans les premiers échelons de la volonté humaine,
nous trouvons la volonté de puissance primaire, la tendance
individualiste à parvenir à ses fins. Les motivations
de ce type de volonté sont égoïstes et faiblement
moralisés. Le bénéfice espéré est
le plaisir vulgaire, la satisfaction égocentrique de soi.
Cette volonté se mélange à une forte dose
de morale universelle et de raison. Elle devient alors volonté rationnelle
et morale, capacité de s'opposer à la puissance de
nos pulsions de nos habitudes et à la volonté de
puissance primaire.
Par exemple l'apprenti écrivain qui doit d'abord apprendre à lutter
contre sa tendance à abandonner devant la difficulté de
se concentrer ou de corriger ses épreuves. Il a besoin de
beaucoup de volonté pour rester à sa tâche
le plus longtemps possible. Sa volonté contraint donc le
désir de son esprit à voleter en toute liberté,
mais après quelques années d'efforts son psychisme
a acquis la capacité à se concentrer et permet à son
travail créatif d'accéder peut-être à la
dimension de l'oeuvre.
À ce niveau supérieur et conscient, un acte volontaire
est nécessairement moral au sens universel du terme, et
orienté dans le sens du bien, du mieux. La volonté n'obéit
plus à la morale instinctive (celle qui fait cesser la violence
du dominant dés les premiers signes de soumission du dominé),
mais à une morale enseignée, à des normes
idéales issues de notre l'éducation (morale
conduisant à juger positivement l'homme qui sait obéir à sa
raison et à l'éthique humaine et a discréditer
celui qui se laisse mener sans réfléchir par ses
penchants naturels, morale encore qui nous demande d'arrêter
le combat lorsque notre adversaire le réclame).
Si l'homme prend conscience du caractère vain et non épanouissant
de la quête égoïste,
du non-sens et des inconvénients a obéir à une
volonté de puissance s'épanouissant au dépend
d'autrui, il peut décider de diriger cette volonté de
puissance non plus vers soi-même et au détriment des
autres, mais pour les autres, pour leur bien (cette volonté motive
un Gandhi, un Martin Luther King, un Abbé Pierre, une soeur
Térésa ... )
à ce stade, la récompense n'est plus le plaisir primaire comme
dans la quête égoïste, mais la joie supérieure ; mélange
de plaisir, de bonne conscience et de satisfaction spirituelle de soi.
Au niveau ultime du psychisme humain, la volonté annihile
l'ensemble des tendances premières et secondaires, elle
anéantie la volonté d'agir pour permettre
l'accès à la contemplation.
À cette étape, le désir de créer et d'agir, disparaît
pour laisser place à l'extase contemplative, à la béatitude,
au nirvana.
Cette capacité de la volonté à hisser l'homme à la
dimension du sublime, ne concerne que quelques individus, quelques éclaireurs
que nous appelons-les ascètes.
Lorsque cette capacité sera accessible à tous nous
serons rentré dans l'ère de l'humanité aboutit,
du surhumain dont parle Nietzsche.
Dans notre théorie, nous avons schématisée
l'histoire de l'humanité en trois parties ;
le primate naturel de nos origines, l'homme constructeur
intermédiaire, et l'humain aboutit à venir.
Dans la période de l'homme constructeur, la volonté a
pour première vocation de contraindre la partie « inhumaine » de
notre primatitude, c'est à dire celle qui tend à s'affirmer
au détriment d'autrui.
Comprimées par la volonté, ces tendances « inhumaines »,
se transforment, ou plutôt se transcendent, en tendances
supérieures humaines.
Volonté et télencéfalisation
Le monde visible n'est
que le miroir de la volonté. Arthur Schopenhauer
Dans
son livre sur la volonté, Paul Foulquié parle
de télencéfalisation pour qualifier la maîtrise
progressive de tout le psychisme par l'esprit, c'est-à-dire
la prise de contrôle par la conscience de l'individu de l'ensemble
de ces actes (nous pourrions aussi bien utiliser le terme de psychologisation).
L'évolution de l'humanité baigne dans ce processus
de télencéfalisation .
Au début de l'aventure humaine, dans les limbes de nos
origines primates, l'esprit n'a pas conscience de lui-même,
il est incapable de se prendre pour objet.
Puis, progressivement, cette capacité émerge dans
l'humanité, qui accède alors au cogito réflexif.
La conscience nous apparaît alors dans une perspective évolutionniste,
elle se développe d'autant plus que s'accroît la séparation
entre l'être et son univers.
L'esprit, après avoir pris connaissance de lui-même
et à un niveau d'abord réduit, a ensuite placé ce
projecteur au-dessus de lui afin d'éclairer pour le « je » l'ensemble
des actes que l'être exécute ou pense.
Progressivement, l'humanité prend conscience d'elle-même
et de ses comportements, ce qui lui permet de modifier ses attitudes
au cours des temps. (par exemple nous pouvons considérer
les arrivées du judaïsme, de l'indouisme, du
bouddhisme du christianisme, de l'islam, du communisme, comme
des étapes fondamentales dans la telencephalisation ou la
psychologisation de l'humanité).
Seulement, l'accession au cogito réflexif, à la
connaissance intellectuelle de soi d'autrui et de l'univers
dans son ensemble, n'est pas le plus haut degré de conscience
que l'humanité doit atteindre, ce n'est pas le niveau
le plus haut de télencéfalisation.
Par-dessus la conscience réflective, vient se placer la
conscience absolue, que nous pourrions nommer à la suite
de l'analyse sartrienne : « le cogito post réflexif ».
Comme le cogito pré-réflexif, le cogito post-réflectif
est perception, l'être s'éprouve comme existant
sans réfléchir à proprement parler sur son
existence, il est alors conscience [de] soi.
La différence entre cogito pré et post réflexif,
réside dans le fait que pour ce dernier, la volonté est
parvenue à la maîtrise complète de l'activité inconsciente
et pulsionnelle (tendances, désir, habitudes ...), l'être
post-réflectif s'éprouve toujours comme existant
sans se penser, mais il n'est plus agitée par des forces
pulsionnelles, des désirs d'actions, de réflexions
constructives, des remords ou des projections, il est en état
de contemplation, d'absolue sérénité.
Lorsque nous prétendons ici que l'humanité est
en route vers la béatitude, nous voulons dire que l'évolution
dirige l'humanité vers sa télencéfalisation
complète, autrement dit vers la maîtrise complète
du psychisme humain, par le psychisme humain, correspondant à l'état
de béatitude ou d'éveil.
La télencéfalisation complète, ou si l'on
préfère la réalisation complète de
l'esprit humain ne se situe pas au niveau de la pensée ou
de l'intelligence mais au niveau de l'intuition au sens ou Bergson
l'entend. C'est une prise de conscience par le corps lui-même
et sans aucune réflexion, de sa présence absolue
au monde, de son harmonie et de sa vibration parfaite avec toutes
les choses, avec l'univers.
Volonté humaine et volonté divine
Si la volonté humaine conduit l'esprit humain à prendre
entièrement conscience et possession de lui-même,
l'homme est destiné à accéder à un
statut équivalent à celui du divin.
Seulement, nous ne devons pas oublier que la volonté humaine
appartient à l'ensemble biologique humain, et cet
ensemble est mû par un moteur extérieur, un moteur
trans-humain (la volonté divine selon les uns; l'énergie
subatomique selon les autres), et c'est bien cette volonté supérieure
qui, en dernier ressort, à le pouvoir de vie ou de mort
sur la volonté humaine, car lorsque l'activité subatomique
cesse d'alimenter les cellules du cerveau humain, la volonté humaine
disparaît.
La volonté, si elle est une valeur, appartient au plus
haut niveau des facultés de l'homme constructeur, mais elle
n'est qu'un matériel de construction destiné à céder
sa place lorsque l'humanité aura atteint son ultime étage
des facultés humaines, celui dans lequel brillera la béatitude
et la contemplation. |