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  • spiritualités

Réflexion sur la Bhagavad-Gîtâ.

Jean Herbert. Spiritualités vivantes, Albin-Michel. 1976

srimad, Bhagavad-Gîtâ, hindouisme,

Première partie.
Les deux interlocuteurs.

Dans la Bhagavad-Gîtâ comme dans le reste du Mahabharata, Krishna se présente simultanément ou successivement sous trois aspects différents.

Il est d'abord un homme qui se conduit comme tel.

[...]

À l'autre extrême, il est le Purushottama, le purusha extrême, qui se situe au-delà de l'ultime dualité, celle de l'absolu et de la manifestation.
Ce nom qui ne semble être attribué qu'à lui et à Vishnou, ne lui est pas donné moins de 80 fois dans le Mahabharata

[...]

Entre ces deux extrêmes, Krishna se présente le plus souvent comme avatar de Vishnou, le « visage » (mûrti) du dieu personnel unique, Ishvara, qui a pour fonction de conserver et protéger l'univers.

[...]

Or il est difficile d'imaginer qu'un « protecteur » se satisfasse d'un immobilisme chez une entité vivante dont il s'est chargé. Il ne peut que désirer la faire évoluer. C'est ce qui apparaît clairement dans la succession des avatars de Vishnou, chacun d'eux venant provoquer une nouvelle ascension dans l'évolution de l'humanité.

Conclusion.

En ce qui concerne l'évolution de l'humanité, on peut fort bien admettre qu'après une période de foi aveugle - avec ses avantages et ses inconvénients - ont succédé un grand déploiement de forces puis d'une mentalisation, c'est-à-dire un besoin de discipline mentale en même temps qu'un besoin mental de discipline.

Cette prépondérance et cette confiance absolues accordées alors au mental et à son produit qu'est la science nous ont conduit au point où nous sommes : domination sur la nature extérieure, mais crainte croissante de ce que pourrait produire le maintien exclusif dans une telle attitude. D'où le désir, ou même le besoin qui se manifeste actuellement, de tempérer ou de compléter l'utilisation de nos ressources intellectuelles en puisant ailleurs que dans le mental rationnel. C'est là que la Bhagavad-Gîtâ nous offrent ses services.

Chez l'individu, à une période de liberté intérieure et de foi enfantine, qui ne peut évidemment pas se prolonger pendant toute la vie, succède une période de discipline et un épanouissement de force. L'être humain apprend ensuite à accorder à sa raison et à la science créée par elle une confiance de plus en plus aveugle. Mais s'il avance suffisamment loin sur cette voie, un moment arrive où sa raison elle-même lui révèle ses propres limites et l'invite à chercher ailleurs.
Alors peut s'éveiller l'aspiration à la spiritualité qui est latente au cœur de tout homme. C'est là que la Bhagavad-Gîtâ nous offrent ses services.

Shrî Aurobindo, Bhagavad-Gîtâ, spiritualité hindoueMalheureusement pour l'optimisme que nous aimerions avoir, la Bhagavad-Gîtâ n'est pas le dernier acte du drame cosmique que nous narre le Mahabharata. L'enseignement donné par Krishna ne fait pas régner la paix dans le monde, n'y instaure pas le règne du droit et, à long terme, ne convainc même pas Arjuna, qui l'oublie. Une effroyable bataille s'engage, dans laquelle périssent presque tous les combattants. Et plus tard le peuple même de Krishna s'entre-tue.

Est-ce à dire que Krishna a échoué, que son enseignement n'a pas en fin de compte de valeur pratique ? On serait tenté de le croire. Mais si, comme le souligne Shrî Aurobindo, aucune religion, aucun des grands prophètes qui se sont succédé au cours des siècles, n'a réussi à spiritualiser l'humanité, chacun l'a enrichi, y a semé des graines dont, à long terme, elle doit nécessairement profiter pour progresser sur ce chemin montant, sablonneux, malaisée, où tant d'embûches nous attendent.

la kabbale

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Jean Herbert, réflexion sur la Bhagavad-Gîtâ

Jean Herbert (1897 - 1980)

Orientaliste français.et l'auteur d'ouvrages consacrés à l'hindouisme et à l'Asie.

En 1946, il a fondé la collection Spiritualités vivantes chez Éditions Albin Michel.

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