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André Breton

Conjonction. Port au prince haiti

André Breton, Portrait peint par Victor BraunerLE SURREALISME par ANDRE BRETON

Monsieur le Président,
Messieurs les Ministres, Mesdames,
Messieurs,


M'adressant il y a quelques jours à mes amis les jeunes poètes haitiens, je soulignais en passant que la condition de l'homme est ici fort différente de ce qu'elle est dans les pays économiquement plus évolués. J'observais que si, à certains égards, cette condition est à coup sûr plus précaire, à d'autres égards elle m'apparaît comme beaucoup plus privilégiée. Je crois devoir éclaircir tout d'abord ce propos trop laconique: soyez assurés que j'ai pleine conscience de tout ce qui manque au peuple haïtien. La carte du monde, en 1945, est telle qu'elle accuse encore, par rapport au passé, le contraste entre la misère des uns et le bien-être des autres, au moins sur le plan matériel. Et il est peu de signes qui permettent d'augurer d'un prochain nivellement des besoins et des ressources à l'échelle internationale. Devant la justice dont nous rêvons — rigoureusement la même pour tous — je sais qu'aucune nation tant qu'Haïti n'est fondée à dresser contre l'indifférence pratique et l'exploitation plus ou moins déguisée un plus accablant réquisitoire. La grandeur de son passé et de ses luttes, qui devrait en faire un point de mire pour le reste du monde, est bien loin de lui avoir acquis les concours indispensables auxquels son énergie et sa vitalité exceptionnelles l'autorisent à prétendre. En raison de tels attendus, la condition de l'homme haïtien n'est pas seulement précaire, mais encore elle est pathétique. Le premier devoir de ceux qui, comme moi, ont été amenés à l'observer de près doit être de la faire connaître au dehors et, tant dans cette France dont par le langage et le cœur vous restez si proches qu'à l'intérieur des organismes internationaux qui travaillent à assurer une meilleure répartition des biens de ce monde, d'attirer par tous les moyens appropriés l'attention sur elle, de faire prendre forme concrète à la sympathie élective qu'elle réclame.
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En quoi, dès lors, puis-je bien tenir cette condition pour privilégiée ? Je la tiens pour telle dans la mesure où elle maintient l'homme à l'abri de l'aliénation de lui-même qui le guette si elle ne l'a pas déjà terrassé dans les pays industriels. Du fait même de ce que cette condition a de très dur, du fait qu'en dépit des efforts des gouvernements les plus soucieux de l'intérêt populaire elle n'est améliorable que dans des limites en partie indépendantes de leur volonté, l'homme reste, ici, en contact étroit avec les forces naturelles. Certes je suis encore bien loin d'avoir pu mesurer ce qu'est en Haïti la tâche humaine dans toute son ampleur, mais je crois pouvoir dire que je me la figure, depuis celle du chef de navire et de ses officiers hautement responsables scrutant l'horizon sans grande éclaircie des temps actuels jusqu'à celle du matelot perdu dans les mâts mais en même temps campé entre tous devant le devenir humain qu'est le coupeur de cannes. Et, comme on regarde une statuette égyptienne marchant à travers les siècles de son pas égal et inégalable, j'observe aussi, en fonction de cette tâche qui est bien près, à nous hommes blancs, de nous apparaître comme surhumaine, l'allure, qui prend sisément un aspect allégorique pour toute votre île, de la femme haut chargée qui se rend au marché ou en revient par les chemins difficiles et longs, avec cette aisance souveraine et ce port de tête que la beauté classique lui envie, et qui de ma fenêtre volatilise au dessus d'elle le fardeau, fait à chaque geste apparaître en merveilleuse dérive le centre de gravité. Et je sais aussi que ce peuple, qui comme aucun autre a eu raison de l'esclavage et des oppressions successives, ne peut manquer de disposer D'un grand secret. Ce secret, il serait bien surprenant qu'il ne faille le chercher dans son union et dans ce qui la scelle. Je n'hésite pas à admettre que ce secret, qui n'est rien moins que celui de son génie et dont l'apport à la communauté humaine ne pourra manquer d'être tenu pour inappréciable de l'instant où cette communauté aura cessé de se nier et de se déchirer pour se comprendre, je n'hésite pas à admettre, dis-je, que ce secret réside dans son infrastructure exceptionnelle. N'en déplaise à ceux — ils sont légion partout — qui se montrent honteux de leurs origines et se rapetissent d'autant eux-mêmes, il me paraît évident que le destin de ce pays est inséparable de ses croyances et de ses idéaux séculaires, dès l'instant où ceux-ci se montrent ' encore si vivaces. Ce qui lui a donné la force de supporter, D'abord, puis de secouer tous les jougs, ce qui a été l'âme de sa résistance, c'est le patrimoine africain qu'il a réussi à transplanter ici et à faire fructifier malgré ses chaînes. Il est, selon moi, admirable et à tout jamais exemplaire que les mystères de l'animisme africain, dont, comme le

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Surrealismenote le Dr. Priée Mars, les traditions orales ont été transmises au paysan haïtien par ésotérisme, que ces traditions, dis-je, aient réussi à primer en les englobant purement et simplement les mystères de la religion chrétienne; qui était celle de l'oppresseur. Admirable aussi que les mystères de la religion indienne, celle de la terre nouvellement occupée, se soient fait un chemin à travers les vêvers du culte vodou, comme l'a mis en lumière le Dr. Maximilien et comme il me paraît hors de doute après avoir vu, à quelques mois de distance, l'Indien Navajo et le houngan, d'une main qui obéit incontestablement à la même commande, « tirer la farine». Ainsi s'opère sous nos yeux la fusion De trois cultes au bénéfice d'un culte initial et s'accomplit une expérience tendant, sous le coup de la nécessité la plus impérieuse, celle de survivre, à retrouver et à faire valoir l'unité des premières aspirations humaines. Je ne voulais pas parler du surréalisme en Haïti sans avoir, au préalable, jeté un très respectueux regard sur ce qui conditionne l'élan imprescriptible de liberté et l'affirmation de dignité à toute épreuve de votre pays. Mais certains d'entre vous savent déjà et d'autres sont appelés à découvrir que le surréalisme vérifie là une de ses thèses fondamentales, à savoir que la première condition de persistance d'un peuple, comme de viabilité d'une culture, est qu'ils puissent, l'un et l'autre, se retremper sans cesse dans les grands courants affectifs qui les ont portés à leur naissance, faute de quoi ils périclitent rapidement. Considérant sous cet angle la condition de l'homme en Haïti par rapport à ce qu'elle est dans les pays qui se targuent d'être à l'avant-garde du progrès technique, je n'hésite pas à penser que c'est du côté de ces derniers que sont la misère spirituelle et la plus pressante détresse. Il y a moins d'une semaine, Pierre Mabille brossait, pour les plus jeunes d'entre vous, le tableau de ce collège d'apprentis-sorciers qu'est une catégorie de savants d'aujourd'hui déchaînant des forces comme celle de la désintégration atomique dont ils ne nous promettent pas de garder le contrôle. Peu avant mon départ de New York on déclarait, dans les milieux psychologiques spécialisés, qu'il fallait s'attendre à ce qu'une telle découverte engendrât, sur le plan littéraire et artistique, un grand nombre d'œuvres de purs désespoir et insanité, sur lesquelles serait appelé à se modeler le goût à venir. Sans même en venir à ces extrémités, bien qu'elles n'aient rien de chimérique — des ethnologues, toutes informations prises auprès des physiciens, attestent qu'on est en présence de la plus grande découverte humaine depuis celle du feu et que cette découverte modifie de fond en comble les perspectives dans tous les domaines — il suffit du moindre coup d'œil rétrospectif


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pour s'assurer que le progrès mécanique, que l'homme y contribue par son travail ou qu'il se borne à en jouir, tend à l'isoler dans un monde abstrait où se déprécie de jour en jour le sens de son effort ou de son plaisir, quand il ne le précipite pas par surcroît dans la désillusion la plus cruelle. On l'a assez vu avec l'aviation saluée au départ comme l'instrument idéal de « « rapprochement» entre les peuples.
Le passant toujours pressé des grandes villes américaines ou européennes est à cet égard une dupe perpétuelle. Il ne sait plus d'où vient, moins encore où il va. Il aurait tout à rapprendre du paysan haïtien.


Je crois pouvoir dire que le surréalisme a répondu historiquement à la nécessité de réajustement de la condition humaine sous ces deux aspects : matériel et spirituel, dont mes amis et moi avons très vite aperçu la compénétration. Ces deux aspects, à partir de là, nous nous sommes refusés obstinément et nous nous refuserons toujours à les dissocier.
Je me sens assez libre maintenant pour ne plus avoir à m'écarter de l'objet précis de cette conférence, qui est d'aider à comprendre ce qu'est le surréalisme. Une certaine ambiguïté immédiate contenue dans ce mot (sur-réalisme) peut en effet conduire à penser qu'il désigne je ne sais quelle attitude transcendantale (consistant à se placer au-dessus du réel) alors qu'au contraire il exprime — et d'emblé a exprimé pour nous — une volonté d'approfondissement du réel, de prise de conscience toujours plus nette en même temps que toujours plus passionnée du monde sensible. Toute l'évolution du surréalisme, de ses origines à ce jour, répond du souci qui ne nous a pas quittés, qui s'est fait, de jour en jour, plus impérieux, d'éviter à tout prix de considérer un système de connaissance comme un refuge, de le voir s'ériger De loin en tour d'ivoire, du souci de poursuivre toutes fenêtres ouvertes sur le dehors nos investigations propres, de s'assurer sans cesse que les résultats de ces investigations sont de nature à affronter le vent de la rue.

Le surréalisme, de mouvement poétique puis artistique qu'il a commencé par être à mouvement intellectuel beaucoup plus général qu'il


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est devenu, ne saurait à coup sûr se concevoir comme un phénomène de génération spontanée. Non seulement il plonge ses racines dans l'aube de la pensée humaine et se trouve d'illustres répondants dans des textes comme les fragments recueillis d'Heraclite aussi bien que le popol-Vuh ou l'Apocalypse de Saint-Jean, mais encore il est étroitement tributaire du mouvement général des idées qui annoncent la Révolution française et de celles qui se sont donné cours par la suite. Il est, par conséquent, quelque peu artificiel, quelque peu abusif de le présenter sans lui avoir ménagé d'abord un climat préparatoire, sans avoir commencé par rendre compte des déterminations historiques qui sont les siennes. Mon premier mouvement eut été de n'en venir pour vous à l'exposé du surréalisme qu'après vous avoir entretenus des divers chemins qui y mènent, qui tendent à le faire tenir pour un aboutissant nécessaire, et cela en poésie et en art aussi bien que dans la manière plus générale de concevoir la vie. Ce n'est donc pas tout à fait ma faute si les circonstances en décident autrement et si, pour ne pas décevoir un désir abrupt que vous pouvez avoir de me connaître, je me vois obligé de me passer de tout parrainage. Dans des causeries ultérieures plus intimes, je me propose d'ailleurs d'établir avec grand soin la relation de cause à effet qui relie le surréalisme à un certain nombre de mouvements collectifs ou individuels qui l'ont précédé.

J'ai été amené à exposer bien des fois en quoi consiste la trouvaille initiale qui me mit sur la voie de l'activité surréaliste à laquelle mes amis et moi nous nous sommes consacrés depuis vingt-cinq ans et je m'excuse si, pour certains d'entre vous, je me redis.
C'est en 1919, que mon attention se fixa sur les phrases plus ou moins partielles qui, en pleine solitude, à l'approche du sommeil, deviennent perceptibles pour l'esprit — sans qu'il soit possible de leur découvrir de relation avec notre pensée consciente antérieure. Un soir, en particulier, avant de m'endormir, je perçus, nettement articulée au point qu'il était impossible d'y changer un mot, mais distraite cependant du bruit de toute voix, une assez bizarre phrase qui me parvenait sans porter trace apparente des événements auxquels, à ma connaissance, je me trouvais mêlé à cet instant-là de ma vie. phrase qui me parut insistante, phrase oserai-je dire qui cognait à la vitre. Je l'examinai mentalement et me disposais à passer outre quand son caractère organique me retint. En vérité cette phrase m'étonnait, je


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ne l'ai sans doute pas retenue textuellement par la suite, c'était quelque chose comme : « II y a un homme coupé en deux par la fenêtre» mais elle était d'une grande puissance concrète, accompagnée d'ailleurs de la représentation visuelle faible d'un homme marchant et tronçonné à mi-hauteur par une fenêtre perpendiculaire à l'axe de son corps A y réfléchir quelque peu il ne pouvait s'agir que du simple redressement dans l'espace d'un homme qui se penche à la fenêtre. Mais la fenêtre ayant suivi le déplacement de l'homme pendant qu'il se redressait et se maintenant avec lui plus longtemps que de raison dans le même rapport de structure, il en résultait à mes yeux une représentation de type bouleversant, qui me découvrit en un éclair de nouveaux horizons poétiques, dont j'étais d'ailleurs et dont je suis toujours très avide. « Il y a un homme coupé en deux par la fenêtre» : cette courte phrase, à la prendre de l'extérieur, était peu de chose et je n'en suis pas moins à distance porté à admettre qu'elle était une clé. Je ne l'eus pas, en effet, plus tôt saisie et retournée en tous sens qu'elle fit place à une succession à peine intermittente de phrases qui ne me surprirent guère moins et me dévoilèrent la continuité de jaillissement d'une source verbale demeurée jusqu'alors presque insoupçonnée, source aussi de pensée poétique par excellence et n'entretenant manifestement avec la pensée que chacun se connaît, avec la pensée consciente, que des rapports lointains.

En ce qui regarde la continuité de jaillissement de cette source, et aussi la possibilité de la déceler en lui-même pour tout être humain, qui sont le principal postulat longtemps discuté du surréaliste, je crois devoir faire remarquer qu'elles sont aussi plausibles, aussi probables que la continuité du rêve et la généralisation du processus onirique à tous les individus de l'espèce humaine. Je sais qu'en disant cela on enfreint dans bien des pays qui ne sont pas celui-ci un véritable tabou. Le rationalisme et l'action tout utilitaire qui le prend pour support ont si bien établi leur hégémonie sur le monde moderne qu'il est très courant d'entendre des gens protester avec une nuance de vanité qu'ils ne rêvent jamais mais ceci, à mon sens, ne donne que la mesure de leur refoulement, c'est-à-dire de leur profond désaccord avec eux-mêmes. Et aussi, il faut bien l'ajouter, De leur ignorance, car tous ceux qui se sont occupés professionnellement du problème du rêve ont observé que leur mémoire tendait à leur retracer leurs propres rêves de plus en plus nombreux comme de plus en plus précis, ce qui tendrait, pour ceux qui l'examinent de près, à faire du rêve humain un tissu à peine lacunaire qui s'étend de la naissance à la mort. Encore les lacunes qu'il présente ne dérobent-elles que ce dont


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la conscience même la plus libérée, pour des raisons de censure individuelle, ne veut à aucun prix. Je suis profondément convaincu que le rêve ne peut en aucune manière être localisé et circonscrit dans le sommeil. Dans l'activité de veille la plus préméditée, la plus fiévreuse, la plus accaparante, le rêve chemine simplement sous roche. C'est ainsi qu'en Haïti, où certaines contraintes ne jouent pas, on peut découvrir sur un banc de parc des écoliers qui étudient une leçon dans un livre tout en chantant sans y prendre garde un air qui charrie leurs croyances ancestrales et couve le goût, qu'ils ont hérité avec elles, de la liberté.

Pour en revenir à la petite phrase de 1919, je lui sais gré de m'avoir fait entrevoir le monde surréaliste et de m'avoir permis d'y pénétrer, aidé de cette lanterne sourde. Tout occupé, en effet, que j'étais de Freud à cette époque et familiarisé avec ses méthodes d'examen que j'avais eu l'occasion d'expérimenter durant la guerre, je résolus d'obtenir de moi ce qu'à des fins curatives on cherche à obtenir d'eux, soit un monologue de débit aussi rapide que possible, sur lequel l'esprit critique du sujet n'ait loisir de faire porter aucun jugement, qui ne s'embarrasse par suite d'aucune réticence, et qui transgresse au possible le précepte qu'on inculque à l'homme dès son enfance d'avoir à « tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler». Il m'avait paru, et il me paraît encore, la phrase déjà citée en témoignait, que la vitesse de la pensée n'est pas supérieure à celle de la parole, et qu'elle ne défie pas forcément la langue, ni même la plume qui court. C'est dans ces dispositions qu'avec un ami, philippe Soupault, à qui j'avais fait part de ces premières réflexions, j'entrepris de noircir en toute hâte du papier, avec un total mépris de ce qui pouvait s'ensuivre littérairement. A la fin du premier jour, nous pouvions nous lire une cinquantaine de pages du contenu desquelles nous n'avions gardé aucun souvenir, commencer à confronter nos résultats. Dans l'ensemble, nos textes présentaient une remarquable analogie : même vice de construction, mêmes défaillances, si l'on veut, par rapport à tout ce qui s'écrit d'élaboré, mais aussi, de part et d'autre l'illusion d'une verve extraordinaire, un très haut rendement émotionnel, un choix considérable d'images d'une qualité telle que nous n'eussions pas été capables d'en préparer une seule de longue main, un pittoresque très spécial et, de ci de là, quelque proposition d'une bouffonnerie aiguë... Le titre « Les champs magnétiques», sous lequel furent réunis peu après des textes de Soupait et de moi répondant à la même aspiration mais dont, de chapitre en chapitre, nous avions varié délibérément la vitesse et le genre, du récit à la


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forme dialoguée et au poème, de manière à faire rendre au nouvel instrument tout ce qu'il peut donner, ce titre. « Les champs magnétiques» rend parfaitement compte de cette propriété d'aimantation que nous venions de découvrir aux formes spontanées, éruptives du langage et dont nous demeurions éblouis. Plus j'y songe, plus j'estime que cette révélation ne fut pourtant pas suffisante à donner essor au surréalisme qui attendra cinq ans avant de se formuler en 1924, dans mon Premier Manifeste. C'est qu'en effet il me fallut formuler très vite des réserves, sinon sur l'écriture automatique, du moins sur diverses contrefaçons qui en circulaient parmi nous. Il fallut lutter, sans grand succès, contre la tentation du plus grand nombre qui était de la faire entrer en composition avec certaines directions conscientes dans l'espoir de se la soumettre, après l'avoir « domestiquée». Je pense que ce fut là une première grande hérésie dans le surréalisme naissant. Elle consista à faire primer l'ambition individuelle sur l'intérêt général qui commandait qu'on fît abstraction de soi pour écouter, comme nous avions voulu mettre tout- homme en posture de le faire, pour écouter, selon l'expression même de Victor Hugo, « ce que dit la bouche d'ombre».

Ma déception de ce côté avait été si grande que, tenant le message automatique pour compromis dans son essence, je m'étais tourné en 1922 vers les récits de rêves qui, du moins, offraient beaucoup moins de prise à la stylisation. Mais une seconde révélation m'attendait, de nature et de force à confirmer avec éclat la première et à accroître considérablement sa portée. Elle se produisit à la faveur de crises, autrement dit de phénomènes nerveux créés par auto-suggestion, que présentèrent coup sur coup et par simple contagion d'un seul, jouant le rôle d'initiateur, un certain nombre de mes amis. Ces crises, j'ai d'autant mieux pu les observer que, de soir en soir, durant des mois, elles eurent pour théâtre mon appartement à Paris. A l'origine, elles se produisaient dans l'obscurité, les personnes présentes disposant leurs mains en chaîne ininterrompue autour de la table, ainsi que procèdent les fervents des « tables tournantes». Au bout de quelques minutes de silence, le bruit sourd d'un front s'affaissant contre la table indiquait que l'un des participants venait de s'endormir. On allumait, on tâchait d'interpréter son désir en l'assurant qu'on l'écoutait s'il paraissait vouloir parler, en lui passant du papier et un crayon s'il paraissait vouloir écrire ou dessiner, on l'interrogeait s'il paraissait attendre qu'on l'interrogeât. Durant les premières séances

 

André Breton Vers la partie 1

Extraits de philosophes

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Ciceron

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André Breton. L'un des fondateurs du surréalisme, photo de profil

Conjonction, revue, publiée par l'institut français de Port-au-Prince à Haïti. Le numéro 1 date de janvier 1946, et contient un texte d'André Breton sur le surréalisme. Bulletin de l'institut français Port-au-Prince Haïti.

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