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  • textes philosophiques

T. Ruyssen : Emmanuel Kant

Sa vie, son oeuvre

kantAVANT-PROPOS

Il n'est pas besoin de longue préface pour justifier l'apparition de ce livre. Descartes, Malebranche, Spinoza, Locke, Jacobi, d'autres encore ont déjà reçu, en France, les honneurs de ce genre d'études monographiques que le public qui lit et qui pense accueille, depuis quelque temps, avec une faveur croissante. Kant, au contraire, s'il a fait les frais d'innombrables études ou discussions partielles, n'a été l'objet, en notre pays, d'aucune monographie complète et de quelque étendue, si l'on en excepte le livre très imparfait de Victor Cousin et deux articles de dictionnaire : celui de J. Barni, dans le Dictionnaire philosophique, et l'étude très lumineuse, mais nécessairement très concise, de M. Em. Boutroux dans la Grande Encyclopédie. Du moment donc où M. l'abbé Piat avait eu l'heureuse inspiration de doter la France d'une collection analogue aux Classiques de la Philosophie de Fromman, une place, et l'une des premières, était due à l'initiateur du mouvement le plus puissant qui depuis deux siècles, ait entraîné la pensée philosophique dans des voies nouvelles. Une pareille étude peut comporter trois méthodes différentes. L'une, de pure érudition, a envahi la littérature et n'a pas épargné la philosophie, qui lui doit d'ailleurs d'inappréciables services; elle établit les textes et fixe quelques détails intéressants de biographie et d'histoire. Elle consisterait ici à analyser minutieusement les découvertes récentes des infatigables chercheurs d'Oùtre-Rhin, correspondances, noies manuscrites, anecdotes sur Kant, sa famille, ses amis, ses collègues; elle discuterait longuement les différences de texte qui existent, par exemple, entre les deux premières éditions de la Raison pure ou entre les deux préfaces de la Faculté de juger; enfin elle se risquerait dans l'inextricable labyrinthe des systèmes d'exégèse, d'interprétation et de critique qui ont fait de la bibliographie kantienne la plus touffue de toute la littérature philosophique; elle ajouterait quelques épines à ces broussailles, et le livre qui en résulterait serait utile peut-être, ennuyeux probablement, et, sans aucun doute, interminable. Plus captivante, à coup sûr, et plus instructive, la méthode critique n'est guère moins envahissante. L'éminent professeur de l'université de Halle, M. Vaihinger, n'achèvera peut-être jamais les cinq gros volumes de Commentaires qu'il se propose d'écrire sur la seule Raison pure, et dont les deux premiers ont paru à onze ans d'intervalle (1881 , 1892) . Cette méthode s'attacherait à suivre dans ses moindres démarches la pensée du philosophe; elle en rechercherait les antécédents chez ses prédécesseurs, la continuité dans son œuvre propre, et les conséquences chez ses successeurs; elle discuterait les commentaires des principaux critiques, et jugerait enfin ce qu'il y a, dans chaque point de doctrine, de caduc ou de durable. Deux années de suite (1894-96), M. Em. Boutroux a appliqué cette méthode à l'examen de la Raison pure : avec quelle clarté et quelle profondeur aucun de ses auditeurs n'a pu l'oublier. Les conditions matérielles d'étendue auxquelles est assujettie cette collection, et le caractère général d'impersonnalité et d'objectivité qu'elle se propose d'observer, ont rendu nécessaire, dans l'analyse d'une œuvre aussi considérable que celle de Kant, l'emploi d'une troisième méthode, purement historique. On ne trouvera d'érudition ni dans le texte, ni au bas des pages de ce livre. Deux index, relégués à la fin du volume, contiennent, l'un la liste complète des œuvres de Kant et l'indication des principales éditions et traductions, l'autre une bibliographie très incomplète, sans doute, mais où l'on ne trouvera mentionnés que des travaux de réelle valeur. Ces index suffisent à l'immense majorité des lecteurs, et les curieux y trouveront l'indication de sources bibliographiques plus étendues. Quant à la critique, on l'a réduite, dans ce livre, aux discussions indispensables pour atténuer quelques contradictions apparentes ou mettre en lumière certaines transitions peu visibles entre les parties d'un système essentiellement continu et progressif. Pour le reste, il a paru que la tâche était suffisamment ardue, et le service peut-être assez grand, de se borner à exposer dans son ensemble et à éclaircir autant qu'il se peut une doctrine très complexe, très obscure et très inégalement connue en France. Le plus sûr, pour réaliser cette tache dans un cadre aussi restreint, était de retirer la parole aux commentateurs pour la laisser à Kant lui-même, de rechercher dans la vie, dans la correspondance et sur-tout dans l'œuvre même du philosophe, le sens des variations premières de sa pensée et la clef du développement logique qu'a subi sa doctrine après la découverte de l'idée critique. Ce livre est donc avant tout une histoire intérieure de la philosophie kantienne. De l'histoire extérieure, du milieu, des antécédents philosophiques on n'a pu, dans un cadre aussi exigu, rappeler que les traits indispensables à l'intelligence du système. Le kantisme est un édifice d'architecture massive qui ne reçoit le jour du dehors que par d'étroites fenêtres. C'est au dedans, quand l'œil s'est habitué à l'obscurité, qu'il en admire les proportions et la robuste charpente.

Emmanuel Kant

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