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  • textes philosophiques

Platon

Phèdre (extrait)

Platon, buste du philosopheSocrate


Figure-toi donc, bel enfant, que le précédent discours était de Phedre, fils de Pythoclès, du dème de Myrrhinunte, et que celui que je vais prononcer est de Stésichore l'Himère, fils d'Euphémos. Voici comment il doit parler :
« Non, ce discours n'est pas vrai ; non, il ne faut pas, lorsqu'on a un amant, lui préférer un homme sans amour, par cela seul que l'un est en délire et l'autre en son bon sens. Ce serait bien parler, s'il était évident que le délire fût un mal. Mais, au contraire, le délire est pour nous la source des plus grands biens, quand il nous est donné par divine faveur. C' est dans le délire que la prophétesse de delphes et que les prêtresses de Dodone ont rendu aux états de la Grèce, comme aux particuliers, maints éminents services ; de sang-froid, elles n'ont été que peu ou pas du tout utiles. Si nous parlions ici de la Sibylle et des autres devins, de tous ceux qui, inspirés par les dieux, ont par de nombreuses prédictions auprès de gens nombreux rectifié l'avenir : nous parlerions avec prolixité de tout ce que chacun sait. Mais voici sur ce sujet un digne témoignage. Ceux des Anciens qui ont créé les noms, n'ont pas cru que le délire fût une chose honteuse, ou bien répréhensible. Auraient-ils, en effet, attaché ce nom même au plus beau de tous les arts, à l'art qui décide de l'avenir et qu'ils ont appelé, du nom même du délire? S'ils lui ont donné ce nom, c'est qu'ils pensaient que le délire est vraiment beau, quand il nous vient d'un don divin. Les hommes de maintenant, insérant sottement un t dans le corps de ce mot, en ont fait mantiké (mantique). Quand, au contraire, des hommes de sang-froid cherchent à connaître l'avenir en observant les oiseaux et d'autres signes, comme cet art part de la réflexion pour procurer à la pensée humaine : intelligence et connaissance, on l'a nommé ; les modernes, par l'insertion d'un pompeux oméga, en ont fait oiônistiké (oiônistiké : art des augures). Ainsi, autant la divination l'emporte en perfection et en honneur sur l'art augural, autant le nom l'emporte sur le nom, et l'objet sur l'objet : autant aussi, au témoignage des Anciens, le délire l'emporte en beauté sur la sagesse, et le don qui vient de Dieu, sur l'art qui vient de l'homme. Quand, pour châtier d'antiques forfaits, des maladies et des fléaux terribles fondirent de quelque part sur certaines familles, le délire survenant à propos, et faisant ouïr une voix prophétique à ceux auxquels il fallait s'adresser, trouva moyen de conjurer ces maux en recourant à des prières aux dieux et à des cérémonies. Ainsi donc, en provoquant des purifications et des initiations, le délire sauva pour le présent et le temps à venir, celui qu'il inspirait, et découvrit à l'homme véritablement transporté et possédé, les moyens de conjurer les maux qui peuvent survenir.
Il y a, venant des Muses, une troisième espèce de possession et de délire. Quand il s'empare d'une âme tendre et pure, il la réveille, la transporte, et, célébrant par des odes et par d'autres poèmes les innombrables exploits des oiseux, il fait l'éducation des générations descendantes. Quant à celui qui, persuadé que l'art suffit à faire de lui un bon poète, ose, sans le délire que concèdent les Muses, approcher des portes de la poésie, celui-là ne fera qu'un poète imparfait, car la poésie d'un homme de sang-froid est toujours éclipsée par celle d'un inspiré. Tels sont, et je pourrais encore t'en citer bien d'autres, les beaux effets du délire qui nous provient des dieux. Gardons-nous donc de le redouter, et ne nous laissons pas troubler ni effrayer par ceux qui proclament qu'il faut préférer à l'amant que le délire agite, l'ami maître de lui. Il leur resterait à prouver, pour remporter le prix de la victoire, que ce n'est point pour le bien de l'amant et de l'aimé que les dieux leur inspirent de l'amour. De notre côté, nous avons, au contraire, à prouver que c'est pour notre plus grand bonheur que les dieux nous envoient ce délire. Notre démonstration, certes, ne persuadera point les habiles ; elle convaincra les sages. Il faut donc d'abord examiner quelle est exactement la nature de l'âme et divine et humaine, en observant ses sentiments et ses actes. Nous partirons du principe suivant. Toute âme est immortelle, car ce qui est toujours en mouvement est immortel. L'être qui donne et qui d'un autre côté reçoit le mouvement, cesse de vivre quand le mouvement cesse. Seul, l'être qui se meut lui-même, parce qu'il ne peut pas se manquer à lui-même, ne finit jamais de se mouvoir, mais il est aussi pour tout ce qui est mû, source et principe de mouvement. Or, un principe est sans commencement, car tout ce qui commence doit nécessairement provenir d'un principe, et le principe ne peut naître de rien. Si le principe, en effet, naissait de quelque chose, il ne serait plus principe. Mais, puisque le principe est sans commencement, il ne peut pas non plus recevoir une fin. Si le principe périssait, en effet, jamais il ne pourrait lui-même de quelque chose renaître, et jamais, s'il est vrai que tout doit provenir d'un principe, aucune autre chose ne pourrait naître en lui. Ainsi, l'être qui se meut lui-même est le principe du mouvement, et cet être ne peut ni périr, ni renaître. S'il en était autrement, le ciel tout entier et la création tout entière tomberaient ensemble dans l'immobilité, et jamais ne retrouveraient plus la possibilité de se mouvoir et de renaître. L'immortalité de l'être qui se meut par lui-même étant donc démontrée, personne ne craindra d'affirmer que le mouvement est l'essence et la nature même de l'âme. Tout corps, en effet, qui est mû par une impulsion du dehors, est sans âme. Tout corps, par contre, qui reçoit le mouvement du dedans, c'est-à-dire de lui-même, possède une âme, puisque la nature de l'âme consiste en cela même.
En conséquence, s'il est vrai que ce qui se meut soi-même n'est point autre chose que l'âme, il résulte de cette affirmation que nécessairement l'âme ne peut avoir ni naissance ni fin. Mais j'assez parlé de son immortalité. Il faut maintenant traiter de sa nature. Pour montrer ce qu'elle est, il faudrait une science absolument divine et une explication très étendue. Mais, pour se figurer ce que peut être cette âme, une science humaine et une explication plus restreinte suffisent. Nous parlerons en suivant ce dernier point de vue. Supposons donc que l'âme ressemble aux forces combinées d'un attelage ailé et d'un cocher. Tous les chevaux et les cochers des dieux sont bons et de bonne race ; ceux des autres êtres sont formés d'un mélange. Chez nous d'abord, le chef de l'attelage dirige deux chevaux ; en outre, si l'un des coursiers est beau, bon et de race excellente, l'autre, par sa nature et par son origine, est le contraire du premier. nécessairement donc la conduite de notre attelage est difficile et pénible. Mais pour quelle raison, un être vivant est-il donc désigné, tantôt comme mortel, tantôt comme immortel : c'est ce qu'il faut essayer d'expliquer. Tout ce qui est âme prend soin de tout ce qui est sans âme, fait le tour du ciel tout entier et se manifeste tantôt sous une forme et tantôt sous une autre. Quand elle est parfaite et ailée, elle parcourt les espaces célestes et gouverne le monde tout entier. Quand elle a perdu ses ailes, elle est emportée jusqu'à ce qu'elle s'attache à quelque chose de solide ; là, elle établit sa demeure, prend un corps terrestre et paraît, par la force qu'elle lui communique, faire que ce corps se meuve de lui-même. Cet ensemble, composé et d'une âme et d'un corps, est appelé être vivant et qualifié de mortel par surnom. Quant au nom d'immortel, il ne peut être défini par aucun raisonnement raisonné ; mais, dans l'impossibilité où nous sommes de voir et de connaître exactement Dieu, nous nous l'imaginons comme un être immortel ayant une âme et possédant un corps, éternellement l'un à l'autre attachés. Toutefois, qu'il en soit de ces choses et qu'on en parle ainsi qu'il plaît à Dieu ! Recherchons, quant à nous, la cause qui fait que l'âme perd ses ailes et les laisse tomber. Elle est telle que voici. La force de l'aile est par nature de pouvoir élever et conduire ce qui est pesant vers les hauteurs où habite la race des dieux. De toutes les choses attenantes au corps, ce sont les ailes qui le plus participent à ce qui est divin. Or ce qui est divin, c'est le beau, le sage, le bon et tout ce qui est tel. Ce sont ces qualités qui nourrissent et fortifient le mieux l'appareil ailé de l'âme, tandis que leurs contraires, le mauvais et le laid, le consument et le perdent. Le grand chef, Zeus, s'avance le premier dans le ciel en conduisant son char ailé ; il règle tout, veille sur tout. Derrière lui, s'avance l'armée des dieux et des génies disposée en onze cohortes. Hestia, seule, reste dans le palais des dieux.
Tous ceux des autres qui comptent au nombre des douze dieux conducteurs, marchent en tête de leur cohorte, dans l'ordre qui fut prescrit à chacun d'eux. De nombreuses visions bienheureuses, de nombreuses évolutions divines animent donc l'intérieur du ciel, où la race des dieux bienheureux circule pour accomplir la tâche assignée à chacun. Derrière eux, marchent tous ceux qui veulent et qui peuvent les suivre, car l'envie n'a point place dans le choeur des dieux. Lorsqu'ils vont assister au repas et prendre part au festin, ils montent travers des régions escarpées, jusqu'au plus haut sommet de la voûte du ciel. Toujours en équilibre, les chars des dieux sont faciles à conduire et montent aisément. Ceux qui les suivent, par contre, ne grimpent qu'avec peine, car le coursier doué d'une complexion vicieuse s'affaisse, s'incline vers la terre et s'alourdit, s'il n'a pas été bien dressé par ses cochers. Alors une tâche pénible et une lutte suprême s'offrent à l'âme de l'homme. Les âmes appelées immortelles, quand elles sont parvenues au sommet, passent au-dehors et vont se placer sur le dos même du ciel ; et, tandis qu'elles s'y tiennent, le mouvement circulaire les emporte, et elles contemplent l'autre côté du ciel. Aucun poète d'ici-bas n'a jusqu'ici chanté cette région supra-céleste, et jamais aucun dignement. Voici pourtant ce qu'elle est, car il faut oser dire la vérité, surtout quand on parle sur la vérité même. L'Essence qui possède l'existence réelle. celle qui est sans couleur, sans forme et impalpable ; celle qui ne peut être contemplée que par le seul guide de l'âme, l'intelligence ; celle qui est la source du savoir véritable, réside en cet endroit. Pareille à la pensée de Dieu qui se nourrit d'intelligence et de science absolue, la pensée de toute âme, cherchant à recevoir l'aliment qui lui convient, se réjouit de revoir après un certain temps l'être en soi, se nourrit et se rend bienheureuse en contemplant la vérité, jusqu'à ce que le mouvement circulaire la ramène à son point de départ. Durant cette révolution, elle contemple la justice en soi, elle contemple la sagesse, elle contemple la science, non cette science sujette au devenir, ni celle qui diffère selon les différents objets que maintenant nous appelons des êtres, mais la science qui a pour objet l'être réellement être. Puis, quand elle a de même contemplé les autres êtres réels et qu'elle s'en est nourrie, elle plonge à nouveau dans l'intérieur du ciel, et rentre en sa demeure. Dès qu'elle y est rentrée, le cocher attache ses chevaux à la crèche, leur jette l'ambroisie, et les abreuve ensuite de nectar.
Telle est la vie des dieux. Parmi les autres âmes, celle qui suit et ressemble le mieux à la divinité, élève la tête de son cocher vers cet envers du ciel, et se laisse emporter par le mouvement circulaire. Mais, troublée par ses coursiers, elle ne contemple qu'avec peine les êtres doués d'une existence réelle. Telle autre, tantôt s'élève et tantôt s'abaisse ; et, violentée par ses chevaux, elle aperçoit certaine réalités tandis que d'autres lui échappent. Les autres âmes sont toutes avides de monter ; mais, incapables de suivre, elles sombrent dans le remous qui les emporte, se jettent les unes sur les autres et se foulent aux pieds, chacune essayant de se porter avant l'autre. De là un tumulte, une lutte et les sueurs d'une suprême fatigue. Par la maladresse des cochers, beaucoup d'âmes alors deviennent boiteuses, beaucoup brisent une grande partie de leurs ailes. Toutes, malgré leurs efforts répétés, s'éloignent sans avoir été admises à contempler l'être réel ; elles s'en vont n'ayant obtenu qu'opinion pour pâture. La cause de cet intense empressement à découvrir la plaine de vérité, est que l'aliment qui convient à la partie la plus noble de l'âme provient de la prairie qui s'y trouve, et que la nature de l'aile ne peut s'alimenter que de ce qui est propre à rendre l'âme légère. Il est aussi une loi d'Adrastée. Toute âme, dit-elle, qui a pu être la suivante d'un dieu et contempler quelques vérités absolues, est jusqu'à un autre périodique retour à l'abri de tout mal ; et, si elle reste capable de toujours accompagner son dieu, elle sera pour toujours hors de toute atteinte. Lorsque l'âme pourtant, impuissante à suivre les dieux, ne peut point arriver à la contemplation, et que par malheur, en s'abandonnant à l'oubli et en se remplissant de vices, elle s'appesantit : alors, une fois appesantie, elle perd ses ailes et tombe sur la terre. Dès lors, une loi lui défend d'animer à la première génération le corps d'un animal, mais prescrit à l'âme qui a contemplé le plus de vérités, de générer un homme qui sera ami de la sagesse, ami du beau, des Muses ou de l'amour. L'âme qui tient le second rang doit donner un roi juste ou guerrier mais apte à commander ; celle du troisième rang produira un politique, un administrateur ou un homme d'affaires ; celle du quatrième, un gymnaste infatigable ou quelque homme versé dans la guérison des maladies du corps ; celle du cinquième mènera la vie d'un devin ou d'un initiateur ; celle du sixième conviendra à un poète ou à quelque autre imitateur celle du septième animera un artisan ou un agriculteur celle du huitième, un sophiste ou un flatteur du peuple celle du neuvième, un tyran. Dans tous ces états, quiconque a vécu en pratiquant la justice obtient en échange une destinée meilleure ; celui qui l'a violée tombe dans une pire.
Aucune âme d'ailleurs ne retourne avant dix mille années au point d'où elle était partie ; car, avant ce temps, elle ne recouvre pas ses ailes, à moins qu'elle n'ait été l'âme d'un philosophe loyal ou celle d'un homme épris pour les jeunes gens d'un amour que dirige la philosophie. Alors, au troisième retour de mille ans, si elles ont trois fois successivement mené la même vie, elles recouvrent leurs ailes et s'en retournent après la trois millième année vers les dieux. Quant aux autres âmes, lorsqu'elles ont achevé leur première existence, elles subissent un jugement. Une fois jugées, les unes vont dans les prisons qui, sont sous terre s'acquitter de leur peine ; les autres, allégées par l'arrêt de leur juge, se rendent en un certain endroit du ciel où elles mènent la vie qu'elles ont méritée, tandis qu'elles vivaient sous une forme humaine. Au bout de mille ans, les unes et les autres reviennent se désigner et se choisir une nouvelle existence ; elles choisissent le genre de vie qui peut plaire à chacune. Alors l'âme humaine peut entrer dans la vie d'une bête, et l'âme d'une bête, pourvu qu'elle ait été celle d'un homme jadis, peut animer un homme de nouveau, car l'âme qui jamais n'a vu la vérité ne saurait s'attacher à une forme humaine. Pour être homme, en effet, il faut avoir le sens du général, sens grâce auquel l'homme peut, partant de la multiplicité des sensations, les ramener à l'unité par le raisonnement. Or cette faculté est une réminiscence de tout ce que jadis a vu notre âme quand, faisant route avec Dieu et regardant de haut ce qu'ici-bas nous appelons des êtres, elle dressait sa tête pour contempler l'être réel. Voilà pourquoi il est juste que seule la pensée du philosophe ait des ailes ; elle ne cesse pas, en effet, de se ressouvenir selon ses forces des choses mêmes qui font que Dieu même est divin. L'homme qui sait bien se servir de ces réminiscences, initié sans cesse aux initiations les plus parfaites, devient seul véritablement parfait. Affranchi des préoccupations humaines, attaché au divin, il est considéré comme un fou par la foule, et la foule ne voit pas que c'est un inspiré.
C'est ici qu'en voulait venir tout ce discours sur la quatrième espèce de délire. Quand un homme, apercevant la beauté d'ici-bas, se ressouvient de la beauté véritable, son âme alors prend des ailes, et, les sentant battre, désire s'envoler. Impuissante, elle porte comme un oiseau ses regards vers le ciel, néglige les sollicitudes terrestres, et se fait accuser de folie. Mais ce transport qui l'élève est en lui-même et dans ses causes excellentes le meilleur des transports, et pour celui qui le possède et pour celui auquel il se communique. Cet homme que ce délire possède, aimant la beauté dans les jeunes garçons, reçoit le nom d'amant. Effectivement, comme nous l'avons dit, toute âme humaine a par nature contemplée les êtres véritables ; elle ne serait point entrée sans cela dans le corps d'un humain.
Mais, se ressouvenir à la vue des choses de la terre de cette contemplation, n'est point facile pour toute âme. Certaines âmes n'ont, en effet, que brièvement aperçu ce qui est dans le ciel ; d'autres, étant tombées sur la terre, ont eu le malheur de se laisser entraîner dans l'injustice par de mauvaises compagnies, et d'oublier les mystères sacrés qu'elles avaient alors contemplés. Il reste seulement un petit nombre d'âmes qui en ont gardé un souvenir suffisant. Quand donc ces âmes aperçoivent ici-bas quelque image des choses qu'elles ont vues dans le ciel, elles sont alors frappées d'étonnement et ne peuvent plus se contenir. Elles ignorent pourtant d'où leur provient ce trouble, car elles n'ont pas des perceptions assez claires. C'est qu'ici-bas, en effet, les images de la justice, de la sagesse et des autres biens des âmes, ne jettent aucun éclat, et c'est à peine si l'obscurité de nos organes permet à peu d'entre nous, en rencontrant ces images, de contempler le modèle de ce qu'elles figurent. Mais alors, la beauté était splendide à contempler, lorsque, mêlés à un choeur bienheureux, nous, à la suite de Zeus, les autres, à celle d'un autre dieu, nous contemplions ce ravissant spectacle, et qu'initiés à des mystères qu'il est permis d'appeler très heureux, nous les célébrions en un état parfait, exempts des maux qui nous attendaient dans le temps à venir, admis à contempler dans une pure lumière, comme des mystes et des époptes, des apparitions parfaites, simples, immuables et béatifiques, purs nous-mêmes et point encore scellés dans ce qu'aujourd'hui nous appelons le corps que nous portons, emprisonnés en lui comme l'huître en sa coquille. Que ces paroles soient un hommage au souvenir, grâce auquel le regret de ces visions d'alors vient de nous faire à présent trop longuement parler. Quant à la beauté, elle brillait, nous l'avons dit, parmi ces visions. Retombés sur la terre, nous voyons encore, par le plus clairvoyant de nos sens, cette même beauté très clairement resplendir. La vue est, en effet, la plus pénétrante des facultés sensitives du corps. La sagesse pourtant n'est point par elle aperçue ; elle susciterait de prodigieuses amours, si elle offrait à nos yeux une image aussi claire que celle de la beauté. Il en serait de même de toutes les essences dignes de notre amour. Mais pour le moment, la beauté seule jouit du privilège d'être l'objet le plus visible et le plus attrayant. L'homme pourtant dont l'initiation n'est point récente ou qui s'est laissé corrompre, ne s'élève pas promptement de la beauté d'ici-bas vers la beauté parfaite, quand il contemple sur terre l'image qui en porte le nom. Aussi, loin de se sentir frappé de respect à sa vue, il cède alors au plaisir à la façon des bêtes, cherche à saillir cette image, à lui semer des enfants, et, dans la frénésie de ses fréquentations, il ne craint ni ne rougit de poursuivre une volupté contre nature.
Mais l'homme, qui a été récemment initié ou qui a beaucoup contemplé dans le ciel, lorsqu'il aperçoit en un visage une belle image de la beauté divine, ou quelque idée dans un corps de cette même beauté, il frissonne d'abord, il sent survenir en lui quelques-uns de ses troubles passés ; puis, considérant l'objet qui émeut ses regards, il le vénère comme un dieu. Et, s'il ne craignait de passer pour un vrai frénétique, il offrirait comme à une statue divine ou à un dieu, des sacrifices à son aimé. à son aspect, comme sous l'emprise d'un frisson, il change de visage, une sueur et une chaleur étrange le saisissent. A peine, en effet, a-t-il reçu par les yeux les émanations de la beauté, qu'il s'échauffe et que se ranime la nature de ses ailes. Cette chaleur fait fondre tout ce qui, au temps de la croissance, était depuis longtemps fermé par un durcissement, et empêchait les ailes de pousser. Sous l'afflux nourrissant de ces émanations, la tige de l'aile se gonfle et prend, depuis la racine, un élan de croissance dans toute la forme de l'âme, car autrefois l'âme était tout ailée. En cet état l'âme entière bouillonne et se soulève. Elle souffre ce qu'ont à supporter ceux dont les dents se forment. Lorsqu'elles commencent à pousser, leur développement provoque tout autour des gencives une démangeaison et une irritation. L'âme souffre d'un pareil agacement lorsque ses ailes commencent à pousser, car la pousse des ailes occasionne une effervescence, une irritation et un prurit du même genre. Quand elle porte son regard sur la beauté d'un garçon, des parcelles s'en détachent et s'écoulent en elle - de là le nom dont on appelle le désir. En la pénétrant ces parcelles la raniment ; elle se réchauffe, se repose de la douleur et se réjouit. Mais, quand elle est séparée du bien-aimé, et qu'elle se dessèche, les bouches des issues par où sortent les ailes se dessèchent aussi, se ferment et empêchent le germe des ailes de se développer. Enfermés avec le désir dans l'intérieur de l'âme, ces germes bondissent comme un pouls agité, heurtent chacune des issues qui leur sont réservées, de sorte que l'âme entière, aiguillonnée de toutes parts, devient furieuse et affligée. D'un autre côté, pourtant, le souvenir du beau la réjouit. Ce mélange de douleur et de joie la tourmente par son étrangeté ; elle s'enrage dans sa perplexité ; sa frénésie l'empêche durant la nuit de dormir et de rester pendant le jour en place ; elle court, avide, là où elle croit pouvoir apercevoir celui qui détient la beauté. Quand elle l'a vu et qu'elle s'est imprégnée de désir, elle sent s'ouvrir ce qui s'était fermé naguère, elle se reprend à respirer, et, cessant de sentir aiguillons et douleurs, elle cueille en cet instant la volupté la plus suave.
Dès lors, l'amant ne voudrait plus volontairement se séparer de son aimé : personne ne lui est plus précieux ; il oublie mère, frères et tous ses compagnons, et si alors, en la négligeant, il perd sa fortune, il ne s'en soucie point. Les usages et les convenances qu'il se piquait auparavant d'observer, il les méprise tous. Prêt à être esclave, il consent à dormir où l'on voudra, pourvu que ce soit le plus près de son désir. Outre qu'il révère, en effet, celui qui détient la beauté, il ne trouve qu'en lui seul le médecin de ses plus grands tourments. Ce sentiment, bel enfant à qui s'adresse mon discours, les hommes l'ont appelé éros. Quant au nom que lui donnent les dieux, tu en riras sans doute en l'apprenant, du fait de ta jeunesse. Certains Homérides, je crois, citent à propos d'éros, deux vers tirés d'un poème en réserve, dont l'un est tout à fait injurieux et fort peu mesuré. Ils chantent ainsi :
« Les mortels l'appellent éros ailé
Les immortels, Ptéros, parce qu'il donne des ailes. »
On peut croire ou ne pas croire à ces vers. Mais la cause et la nature des ardeurs des amants sont exactement telles que je les ai décrites.
Si l'homme que l'amour a saisi fut un suivant de Zeus, il a plus de vigueur pour pouvoir supporter le joug du dieu ailé. Ceux qui ont été les serviteurs d'Arès et qui l'ont suivi dans son évolution, quand ils sont captivés par éros et qu'ils se croient outragés par leur aimé, deviennent meurtriers et sont prêts à se sacrifier eux-mêmes ainsi que leur aimé. Ainsi, c'est en honorant et en imitant, autant qu'il le peut, le dieu dont il fut le choreute, que chacun passe son existence, aussi longtemps du moins qu'il n'est pas corrompu et qu'il vit sa première génération sur terre. De la même manière, chacun se gouverne en imitant ceux qu'il aime et ceux avec lesquels il noue des relations. Chaque homme, selon son caractère, se choisit un amour parmi les beaux garçons ; il s'en fait comme un dieu, lui dresse une statue, la charge d'ornements, comme pour la vénérer et célébrer ses mystères. Les serviteurs de Zeus recherchent un ami qui ait l'âme de Zeus ; ils examinent s'il aime la sagesse et s'il est par nature apte au commandement ; et, quand ils l'ont rencontré et qu'ils s'en sont épris, ils font tout pour le rendre tel que ce dieu est. S'ils ne s'étaient point jusqu'ici engagés dans la voie de cette activité, ils s'y appliquent alors en s'instruisant où ils peuvent et par leurs propres efforts.
Se mettant à la piste pour trouver par eux-mêmes la nature de leur dieu, ils y réussissent à force d'être contraints d'intensément regarder vers ce dieu. Puis, quand ils l'ont atteint par le ressouvenir, l'enthousiasme les prend et ils se saisissent, autant du. s qu'il est possible à l'homme de participer à la divinité, de son caractère et de ses activités. Comme ils attribuent à leur aimé la cause de ce progrès, ils l'en chérissent davantage ; et, quand ils ont, comme les Bacchantes, puisé en Zeus leur exaltation, ils la déversent sur l'âme du bien-aimé, et le rendent le plus semblable possible à leur dieu. Ceux qui suivaient Héra cherchent une âme royale, et, quand ils l'ont trouvée, ils agissent de même. Les suivants d'Apollon et de chacun des autres dieux, se conformant également à leur divinité, cherchent un jeune ami du même naturel ; quand ils l'ont rencontré, ils imitent leur dieu, persuadent leurs aimés de l'imiter aussi et les conduisent à se régler, autant que cela est possible à chacun, sur l'activité de ce dieu et sur l'idée qu'ils en ont. Bien loin pour leurs aimés d'user d'envie ou de basse malveillance, ils font tous les efforts possibles pour les rendre en tout absolument semblables et à eux-mêmes et au dieu qu'ils honorent. Tel est le zèle des vrais amants, et telle est, s'ils réalisent ce qu'ils désirent, l'initiation dont j'ai parlé, belle et béatifique initiation qui, par l'effet du délire de l'amant, peut atteindre, s'il se laisse gagner, le bien-aimé. Or, voici comment il se laisse gagner. Ayant distingué, au début de ce mythe, trois parties en chaque âme, j'ai assimilé les deux premières à deux chevaux et la troisième à un cocher. Continuons à nous servir encore de ces mêmes figures. Des deux chevaux, disions-nous, l'un est bon, l'autre est vicieux. Il reste à dire maintenant, puisque nous ne l'avons pas dit, en quoi consiste l'excellence de l'un et le vice de l'autre. Le premier a, des deux, la plus belle prestance ; sa forme est élancée et découplée ; il a l'encolure haute, les naseaux recourbés, la robe blanche, les yeux noirs ; il est avec tempérance et pudeur amoureux de l'estime, et pour ami, il a l'opinion vraie ; sans qu'on le frappe, par simple exhortation et par seule raison, il se laisse conduire. Le second au contraire est tordu, épais, jointuré au hasard ; il a le cou trapu, l'encolure épaisse, le visage camard, la robe noire, les yeux glauques ; il est sanguin, ami de la violence et de la vantardise ; velu tout autour des oreilles, il est sourd, et n'obéit qu'avec peine à l'aiguillon et au fouet. Quand donc le cocher, apercevant un objet digne d'amour, sent toute son âme se pénétrer de chaleur et se voit atteint par le prurit et l'aiguillon du désir, celui des deux chevaux qui est docile aux rênes, alors comme toujours dominé par la pudeur, se contient pour ne pas assaillir le bien-aimé. Mais l'autre coursier n'est détourné ni par le fouet ni par l'aiguillon du cocher ; il bondit et saute avec violence, donne toutes les peines à son compagnon d'attelage et à son cocher, et les, contraint à se diriger vers le jeune garçon et à lui rappeler le souvenir du charme des plaisirs d'Aphrodite. Tout d'abord cocher et compagnon résistent, car ils sont indignés qu'on les pousse à des actes indignes et affreux. Mais à la fin, lorsque leurs maux n'ont plus de bornes, ils se laissent entraîner, cèdent et consentent à faire ce qu'il ordonne' : ils s'attachent au bien-aimé et contemplent cette apparition fulgurante qu'est un aimé pour un amant. A cette vue, la mémoire du cocher se reporte vers la nature de la beauté, et il la revoit de nouveau affermie avec la tempérance sur un trône sacré. Cette vision le remplit de frayeur ; saisi de crainte, il se renverse sur le dos et tire en même temps et avec tant de force les rênes en arrière, que les deux chevaux sont contraints de s'asseoir sur leurs croupes, l'un de bon gré, car il ne résiste pas, et l'autre, le violent, tout à fait malgré lui. Tandis qu'ils se reculent, l'un, sous le coup de la pudeur et de la stupéfaction, inonde l'âme entière de sueur ; mais l'autre, guéri de la douleur que le mors et la chute lui causèrent, ayant à peine repris haleine, se répand en colères et charge d'outrages son cocher et son compagnon d'attelage sous prétexte qu'ils ont, par lâcheté et couardise, abandonné leur poste et violé leur accord. Il les contraint de revenir à la charge, et c'est à grand-peine qu'il cède à leurs prières de remettre à plus tard. Quand arrive le terme convenu, comme ils font semblant d'oublier, il les rappelle à leur engagement, les violentes, hennit, tire sur les guides et les oblige pour de mêmes propos à s'approcher du bien-aimé. Quand ils s'en sont approchés, il se penche sur lui, raidit sa queue, mord son frein et tire avec impudence sur les rênes. Frappé d'une émotion plus forte, le cocher alors se rejette en arrière comme s'il allait franchir la barrière, tire avec plus de vigueur le mors qui est aux dents du cheval emporté, ensanglante sa langue diffamatrice et ses mâchoires, fait toucher terre à ses jambes et sa croupe, et le livre aux douleurs. Lorsqu'il a souffert à diverses reprises la même expérience, le coursier vicieux perd sa fougue, il obéit humilié à la prévoyance du cocher et, quand il voit le bel enfant, il se meurt de terreur. C'est alors seulement, avec respect et crainte, que l'âme de l'amant peut suivre le bien-aimé. Cependant, l'aimé qui se voit entouré de toutes sortes de soins et révéré comme un dieu, non point par quelqu'un qui simule l'amour mais qui vraiment l'éprouve : cet aimé, qui se sent naturellement porté par l'amitié vers celui qui a pour lui de la sollicitude, a pu entendre auparavant ses condisciples ou certaines autres personnes déblatérer contre l'amour et soutenir qu'il est honteux d'avoir commerce avec un amoureux, et il a pu sous ce prétexte repousser son amant. Mais, avec le temps qui passe, l'âge et la nécessité l'amènent à l'accepter en son intimité. Jamais, en effet, il n'a été dans les arrêts du destin que le méchant soit l'ami du méchant et que le vertueux ne puisse être l'ami du vertueux. Or, quand le bien-aimé a été accueilli auprès de son amant, quand il a prêté l'oreille à ses propos et joui de son intimité, la bienveillance de l'amant se manifeste de plus près, et surprend son aimé ; il sent alors que l'affection de tous ses autres amis et de tous ses parents n'est rien auprès de la tendresse dont l'entoure un amant que l'enthousiasme possède. Lorsqu'il a quelque temps fréquenté cet amant ‘ quand il a vécu dans son intimité et qu'il l'a touché dans les gymnases ou en d'autres rencontres, alors la source de ce courant que Zeus, amoureux de Ganymède, dénomma le désir, se porte à flots vers l'amant ; une partie pénètre en lui ; et, quand il en est rempli, le reste se répand au-dehors. Puis, de la même manière qu'un souffle ou qu'un son ayant frappé un corps lisse et dur revient au point d'où il était parti : ainsi, par le chemin des yeux, le courant de la beauté revient vers l'âme de l'aimé, l'atteint et la remplit, ouvre les passages des ailes, les ranime, provoque leur croissance, et remplit d'amour l'âme du bien-aimé. Il aime donc, mais il ignore quoi. Il ne sait pas ce qu'il éprouve et il est incapable de l'exprimer ; mais, tel un homme qui a pris la cécité d'un autre, il ne peut pas dire la cause de son mal et ne se rend pas compte qu'il se voit en son amant comme dans un miroir. En sa présence, il sent comme lui ses tourments s'apaiser ; en son absence, il le désire encore comme il en est désiré ; son amour est l'image réfléchie de l'amour qu'a pour lui son amant. Il n'appelle pas cette affection du nom d'amour, il la croit une amitié. Quoique plus faiblement, il désire comme lui le voir, le toucher, l'embrasser et coucher avec lui. Et certes, comme il est naturel, il ne tarde point à le faire. Tandis qu'à ses côtés il est couché, le coursier lascif de l'amant a bien des choses à dire à son cocher, et, pour prix de tant de peines, il se juge digne d'un peu de jouissance. Quant au coursier du bien-aimé, il n'a rien à dire ; gonflé de désirs et plein d'hésitations, il étreint son amant, l'embrasse comme on accueille le plus cher des amis ; et, tandis qu'ils sont étendus côte à côte, il est prêt pour sa part à ne point se refuser de complaire à l'amant, si par hasard il en fait la demande. Mais d'un autre côté son compagnon d'attelage et le cocher par pudeur et raison s'y opposent. Alors, si la partie la meilleure de l'âme, amenant les amants à une conduite ordonnée et à la philosophie, remporte la victoire, ils passent dans le bonheur et dans l'union leur existence d'ici-bas. Maîtres d'eux-mêmes et réglés dans leur vie, ils tiennent en servage tout ce qui porte le vice dans les âmes et affranchissent ce qui les pousse à la vertu. à la fin de leur vie, reprenant leurs ailes et devenant légers, ils sortent vainqueurs d'une de ces trois luttes véritablement olympiques, et c'est alors un bien si grand pour eux que ni la sagesse humaine, ni le délire divin ne sont capables d'en procurer à l'homme un plus parfait. Mais s'ils ont au contraire embrassé un genre de vie plus grossier et sans philosophie, s'ils ne se sont attachés qu'aux honneurs, peut-être alors se peut-il que, dans l'ivresse ou dans quelque autre instant d'oubli, les deux chevaux intempérants surprennent leurs âmes sans défense, les amènent au même but, leur fassent choisir le genre de vie le plus envié du vulgaire et les entraînent à réaliser jusqu'au bout leurs désirs. Quand ils se sont satisfaits, ils recommencent encore, mais rarement, parce qu'ils n'agissent pas avec l'approbation de l'âme tout entière. Ces amants aussi restent amis, mais moins unis que ceux qui se sont retenus, soit durant le temps de leur amour, soit lorsqu'il est fini. Ils pensent, en effet, qu'ils se sont donné et qu'ils ont mutuellement reçu les gages de foi les plus solides, et qu'il serait impie de briser de tels liens, et d'en arriver un jour à se fuir. à la fin de leur vie, sans ailes encore mais brûlant de s'ailer, leurs âmes sortent du corps et reçoivent pour leur délire amoureux une grande récompense. La loi défend, en effet, aux âmes qui ont commencé leur voyage céleste de descendre dans les ténèbres et d'entreprendre un voyage sous terre. Menant une vie brillante, elles sont heureuses de voyager ensemble ; et, quand elles reçoivent des ailes, elles les reçoivent ensemble en récompense de leur amour.
Tels sont, mon enfant, les grands et les divins bienfaits que te procurera l'amitié d'un amant. Mais l'intimité d'un familier sans amour, falsifiée par une sagesse mortelle, appliquée à régir des intérêts périssables et mesquins, enfantera dans l'âme aimée cette bassesse servile que la foule vante comme une vertu : bassesse qui conduira cette âme à rouler, privée de raison, autour de la terre et sous terre, pendant neuf mille ans. Voilà, cher éros, la palinodie la plus belle et la meilleure qu'il soit en mon pouvoir de produire et de t'offrir. Si j'ai été contraint d'en rendre poétiques et les mots et les phrases, c'est Phèdre qui m'a contraint à m'exprimer ainsi. Pardonne à mon premier discours et reçois celui-ci en faveur. Sois-moi propice et bienveillant. Ne me retire pas et ne mutile pas dans ta colère cet art d'aimer dont tu m'as gratifié. Accorde-moi d'être plus prisé que jamais auprès des beaux garçons. Si naguère, Phèdre et moi, nous t'avons en paroles cruellement offensé, n'en accuse que Lysias, le père de ce débat Fais qu'il renonce à écrire de telles compositions ; tourne-le vers la philosophie, comme s y est tourné son frère Polémarque, afin que son amant qui m'écoute ne soit plus hésitant comme il l'est à cette heure, mais qu'il travaille à se faire simplement, en s'aidant de l'étude de la philosophie, une vie pour éros. »

(Traduction de Mario Meunier, 1922).

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