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Herbert Marcuse

Vers la libération

Extrait :

« Cette même tendance, dans la production et la consommation, qui donne au capitalisme avancé son aspect riche et séduisant, contribue aussi à perpétuer la lutte pour l’existence, et à renforcer la nécessité de produire et de consommer des objets parfaitement superflus : l’importance prise aux Etats-Unis par ce qu’on appelle le « crédit illimité » révèle bien à quel point les revenus des gens sont employés à tout autre chose qu’a satisfaire des « besoins fondamentaux ». Ce qui était un luxe devient un besoin fondamental : évolution normale, mais qui, dans le capitalisme des monopoles, étend la compétition et le commerce aux besoins et aux satisfactions ainsi crées. Le débit fantastique de toute sorte d’objets et de services défie l’imagination, et en même temps, lui infligent une limitation et une déformation, en s’en servant dans la forme marchande pour accroître l’emprise de la production capitaliste sur l’existence des hommes. Toutefois, de cette extension de la forme marchande résulte aussi un affaiblissement de la moralité sociale répressive sur laquelle le système s’appuie. Il y a une contradiction flagrante entre, d’une part, la transformation technologique du monde, qui rend possible la libération, l’avènement d’une existence libre et gaie, et d’autre part, l’intensification de la lutte pour l’existence ; cette contradiction engendre, chez les opprimés, une agressivité diffuse qui, à mois qu’on ne la détourne sur un prétendu ennemi national qu’elle pourra haïr et combattre, s’attaquera à n’importe quelle cible : blanc ou noir, autochtone ou étranger, juif ou chrétien, riche ou pauvre. Cette agressivité correspond à l’expérience mutilée, à la fausse conscience, aux faux besoins, qui sont ceux des victimes de la répression, dont la vie dépend de la société répressive et qui ne peuvent que rejeter toute nouveauté. Leur violence est celle de l’ordre établi, et elle s’en prend a tous ceux qui, à tord ou a raison, lui apparaissent comme différents.

Ainsi, autant ceux qui organisent la répression que les consommateurs qui lui sont soumis rejettent l’idée odieuse du potentiel libérateur que renferme la société industrielle avancée ; mais c’est également cette idée qui inspire l’opposition radicale, et c’est d’elle qu’elle tire son curieux caractère d’inorthodoxie. Très différente des révolutions qui ont eu lieu à des stades antérieurs, cette opposition s’attaque à l’ensemble d’une société prospère et qui fonctionne bien – protestant contre sa Forme ; l’opposition conteste la forme marchande qui est imposée aux hommes et aux choses, et les fausses valeurs, la fausse moralité, de cette société. Du fait de cette conscience nouvelle et de cette révolte instinctuelle, une telle opposition est coupée des masses et des organisations ouvrières, qui sont intégrées à la société ; elle tend à concentrer toute l’action politique radicale dans ces minorités actives, essentiellement issues de la jeune intelligentsia des classes moyennes, et de la population des ghettos. Indépendamment de toute stratégie et de toute organisation politique, la libération devient un besoin vital, « biologique ».

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Simone Weil

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Principe créateur = divin = champ quantique = particule élémentaire = tao...
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