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Le meurtre de George Floyd
La ruse de la raison

Le meurtre de George Floyd

La ruse de la raison

George Floyd

Le mal travaille aussi pour le bien

L'évolution humaine a ceci de paradoxal qu'elle utilise bien souvent des événements négatifs, pour franchir des paliers considérables dans sa longue quête de progrès; sociaux, éthiques, philosophiques, moraux ou législatifs.

Il a fallu par exemple, l'assassinat de Martin Luther King, pour que l'ensemble de la population progressiste des États-Unis, décide d'accélérer le mouvement que le pasteur américain avait mise en route en faveur des droits civiques des noirs américains. La société humaine d'ailleurs ne se trompe pas sur l'importance des actes négatifs commis par la branche criminelle du monde réactionnaire, c'est pourquoi elle a fait de son anniversaire, le Martin Luther King Day ; un jour férié, afin de bien se rappeler l'importance de sa vie et dans cette importance il y a son meurtre.

Le meurtre raciste de trop

Aujourd'hui, l'assassinat par les forces de l'ordre US, d'un de leur concitoyen, noir américain ordinaire ; Georges Floyd, agit avec la même intensité que l'assassinat de Martin Luther King en son temps. Cet événement, aujourd'hui mondialisé, hisse l'humanité à une hauteur de fraternité beaucoup plus cohérente avec la hauteur de conscience atteinte par la majorité humaine, mais freiné par les vieilles pensées.

Ce crime, qui serait sans doute passé inaperçu avant l'apparition des réseaux sociaux et des téléphones portables, a enclenché une révolte internationale. Une vague de protestation multicolore, en soutien à la communauté noire américaine, et contre le racisme en général.

En somme, et c'est une des ruses de la raison, la violence du monde réactionnaire permet bien souvent à l'humanité de faire de grands bonds.

Bien sur, le bénéfice n'est pas toujours spontané et évident. L'assassinat des héros que sont le mahatma Gandhi, les présidents Anouar el-Sadate et Menahem Begin, ne semblent pas avoir provoquer le sursaut progressiste attendu, à l'époque, mais ces assassinats injustes continuent d'agir sur les consciences, et personne ne peut présumer de l'influence réelle de ces événements à longue échéance. Quel contemporain du philosophe Socrate, aurait imaginé l'impact que sa condamnation injuste (et le courage avec lequel il a accepté la mort en pleine lucidité), aurait sur les 2500 ans d'humanité qui suivent ?

Ce qu'éclaire l'assassinat de George Floyd

En 2020, la vision du monde occidental sur lui-même, semble totalement narcissisé. Le psychisme au pouvoir donne à nous imaginer, bien plus évolué que nous le sommes. En réalité, nous sommes encore trop proche de nos vieilles abjections pour nous dire libres et avancés.

Si nous voulons traiter correctement ces problèmes de racisme, il nous faut nous regarder en face. Notre monde est encore parfaitement émotionnel et sentimental, comme le chante Alain Souchon. Il suffit de presque rien pour que la bourse dévisse. Il suffit de 3 ou 4 antisémites médiatisés et trouvant une énième brèche (l'antisionisme), pour parvenir à inquiéter toute une communauté.

Nous sommes proche de nos archaïsmes

Nous sommes encore très proche de ces vielles visions d'autrui, de ce vieux regard posé sur l'étranger. 30 ans seulement nous séparent de l'apartheid en Afrique du Sud (avec lequel l'occident s'est accommodé pendant des décennies). 60 ans seulement nous sépare de la ségrégation aux États-Unis et du colonialisme français (dont l'état d'esprit a continué de fleurir parmi nous). Quelques mois nous sépare du placement en liste noire d'un groupe américain raciste et suprématiste.

Ce peu de distance est encore sensible dans la façon dont les médias occidentaux traitent différemment les drames dans le monde africain ou arabe et en occident.

Des 30 glorieuses au néo libéralisme. En régression

Aux états unies, entre les années 1950 et 1980, sous l'impact des Martin Luther King, et des médias progressistes, le sort de la communauté noire s'améliorait d'année en année. Elle gagnait en liberté, en pouvoir, en dignité, en respect. Entre les années 50, pleinement ségrégationnistes, et les années 70, la communauté noire s'était ouvert de nombreux pans de la société (cinéma, télévision, politique, besness). Le monde réactionnaire concernait essentiellement le politique et la partie raciste de la population. Les penseurs, les créatifs du cinéma, de la télévision, les journalistes, étaient progressifs et travaillaient à dévaluer le racisme et la ségrégation.

Les médias d'aujourd'hui, me semble t-il, n'ont pas cette volonté et il s'agit là d'un véritable manque à gagner pour le coté progressiste.

Du néo-libéralisme comme tendeur

Nous devons donc nous demander pourquoi, depuis les années 1980 cette inversion s'est produite. Nous devons nous interroger sur l'influence du néo-libéralisme dans la dégradation du monde. Nous demander pourquoi, depuis la fin des années 80, le sort des plus pauvres, dans le monde occidental, et le sort de certaines communautés, ne cesse de globalement se dégrader quand celui des plus riches progresse ? Et nous devons nous demander aussi ce que cet écartement entre riches et pauvres, est susceptibles d'engendrer dans l'humanité.

Martin Luther King

Le système pyramidal à l'œuvre

L'humanité est prisonnière d'un système pyramidal (devenu tout puissant et intense), contrôlant l'outil le plus important de l'évolution actuelle : les mass média.

Cela devient sans doute une fixation de ma part, mais je suis convaincu qu'aucun changement notoire, du point de vue social et sociétal, ne pourra se produire paisiblement et avec conscience, tant que les médias de masse appartiendront au marché. Tant que les télés de masse devront exciter les 30 % de citoyens influençables contre les 60 % de résauteurs qui ne leur font plus confiance.

Nous nous retrouvons avec une configuration proche de celle de l'époque de Martin Luther King ou une grande partie des radicaux réactionnaires n'hésitaient pas à employer les pires moyens pour juguler les progressistes; les frères Kennedy en ont fait les frais.

A l'époque, il fallut un engagement, un courage et un sacrifice considérable de la part des citoyens américains, noirs et blancs confondus, pour ouvrir quelques failles dans le béton archaïque du WASP, et commencer à faire infléchir sa mentalité ségrégationniste.

Un courage médiatique, perdu.

Mais si dans les années 60 et sous l'autorité du politique, les médias de masse naissant (la télévision), avaient globalement un état d'esprit emprunt d'éthique et de courage, cette éthique a disparue sous la tutelle du marché.

La perte d'un des plus précieux soutiens du peuple - comme l'ont bien montré Chomsky et le monde diplo - oblige le mouvement citoyen, à faire preuve d'encore plus de courage et malheureusement de violence, pour tenter quelques trouées dans la surdité de ce nouveau monde réactionnaire.

La violence de la répression crescendo.

La violence de la répression, est devenue un problème majeur de l'humanité et partout dans le monde.

L'assassinat de George Floyd n'est que le dernier résultat d'une violence répressive qui va s'accentuant depuis 30 ans dans la partie néolibérale du monde et que les médias à la solde de ce néo libéralisme, font admettre à la population.

La multitude de reportages imbedded qui filment des interventions policières brutales (sans émettre aucune analyse ou esprit critique) ou encore la multitude d'émissions de « grandes gueules » qui donnent la parole aux pires réactionnaires, sont quelques-uns des moyens de faire admettre peu à peu, ce qu'avant nous aurions trouvé inadmissible.

Journaliste imbedded et décérébré

  • Quel journaliste a posé, pour nous, la question de la pertinence des nouvelles méthodes de répression ? Menottage dans le dos, défonçage de porte, maîtrise au sol comme dans les rodéos, tir sur la personne avec des balles en caoutchouc, neutralisation au choc électrique, etc. ?
  • Quel journaliste s'est demandé si ce sont les citoyens concernés qui, en 30 ans, sont devenus de plus en plus violents et enragés, ou si les comportements et propos racistes, le mépris, l'excés de zele et la violence, a fini par les enrager ?
  • Quel journaliste s'est demandé si ces nouveaux types de neutralisation enseigné à la police, si leurs nouvelles "armures" vestimentaires, n'ont pas déconnecté la police de leurs concitoyens et de toute réflexion sur l'humain dans la personne qu'il contrôle ?
  • Quel journaliste s'est posé la question de l'influence que les allucinantes violences policières dans les films et séries, pouvaient avoir sur les policiers qui les regardent ?
  • Quel journaliste s'est interrogé sur l'influence de 30 ans de surdité néolibérale, de mépris, de thésaurisation de la parole citoyenne, sur la rage de certains citoyens ?

Du racisme qui ne dit pas son nom

Pour en revenir au racisme anti noir US à proprement parler, si ses racines plongent très certainement dans l'histoire esclavagiste des États-Unis, beaucoup de travail avait été fait pour éteindre progressivement cette antiquité ségrégationniste.

Malheureusement, quelques phrases disséminées par la perversion narcissique, à partir des sommets de la pyramide, peuvent réactiver pour un temps, les vielles idées préconçues des années 1950.

Mais à mon sens, si l'impact racial n'est pas à négliger, le véritable racisme en cours sur la planète aujourd'hui, est le racisme anti-pauvre. Un racisme qu'injecte le néolibéralisme depuis 30 ans envers les indigents, les marginaux, les laissés-pour-compte, les drogués, les cas-sociaux, les dealers, les hors-la-loi, bref, toute cette partie de la population abandonnée par ce nouveau libéralisme.

Notre esprit est encore malade.

La transformation d'un animal en humain, d'un primate naturel obéissant à ses pulsions, en homme conscient et totalement respectueux d'autrui, n'est pas une affaire de tout repos. Cette chrysalide s'échelonne sur des temps que le temps individuel ne peut pas comprendre.

2020

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L'humanité va vers l'éveil

Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.

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