
Il appartiendrait à la métaphysique de combler le vide laissé par la philosophie de la nature, en cherchant s'il ne serait pas donné à l'homme de connaître, par une autre voie que l'expérience, non plus des essences et des lois, mais des causes véritables, douées à la fois d'une faculté de changement et d'une faculté de permanence. Boutroux
La page précédente (amour) nous a permis de relier l'extase à un principe créateur. Ce moteur, avons nous dit, est présent à l'intérieur de chaque chose. Il correspond à la partie « immatérielle » de la matière. Les spiritualités le nomment Dieu. Dieu correspond donc (aussi) aux particules élémentaires- quarks, neutrinos, bosons, etc - dont parlent aujourd'hui les scientifiques.
Pour la science, ces « immatérialités » sont de simples traces. Des empreintes laissées par des « choses imperceptibles » dans des accélérateurs de particules.
Un principe créateur capable de créer à partir de lui-même le vivant et des êtres sentimentaux (nous), peut-il n'avoir aucune qualité ? À cette question, je répondrai par la négative. A mon sens, cette « énergie créatrice » - le vide, le quarks, Dieu - à des «qualités». Mais ces qualités sont encore trop subtiles pour notre intelligence en ce début de troisième millénaire. Les particules élémentaires, ne l'oublions pas, semble être présentes avant le monde qu'elles animent. Les physiciens d'ailleurs, paraissent aller dans ce sens en leur accolant certaines valeurs qualitatives - « charmes », « saveurs », « couleurs ».
Pour la mecaniqueuniverselle, les choses ont un sens.
Si le vide, (Dieu), a « produit » l'univers, c'est sans doute pour quelques raisons.
S'il a engendré un esprit capable d'évoluer, c'est vraisemblablement avec un motif.
Si sa création incluait la potentialité de l'homme, c'est sans doute dans un but bien précis.
L'immatériel (Dieu) a choisi de créer un monde apte à générer des formes vivantes dotées d'un esprit. Un esprit évoluant d'espèces en espèces vers un esprit supérieur et désireux d'atteindre le bonheur et l'extase.
En tant qu'essence, l'Amour absolu est la base de la création. Autrement dit Dieu est Amour absolu. L'extase est l'incarnation de l'amour absolu. L'homme aspire à l'extase pour ressentir l'essence originelle (Dieu).

Rien n'est comparable dans le vivant pourtant l'homme a besoin de comparaison. Jean Marc Tonizzo.
L'humanité a besoin d'aiguillon pour construire son monde, des stimulants pour évoluer vers sa perfection.
Compétition, désirs, honneurs, célébrité, pouvoir, élitisme, hiérarchie ... voilà quelques belles ruses utilisées par la vie pour motiver l'être humain. Être plus intelligent, plus rapide, plus riche, plus fort, plus célèbre, voilà quelques moteurs poussant l'homme à l'action constructrice.
Si nous étions tous égaux l'humanité ne connaîtrait pas le progrès. Pour créer, nous avons besoin de diversités intellectuelles, physiques et sociales et de comparaisons. Notre évolution est encore inconsciente. Elle se nourrit essentiellement de jugements, d'évaluations, de notations.
Au cours des temps les valeurs ont évolué.
La force pure et l'ardeur prédominaient vraisemblablement aux origines de l'humanité.
Quand l'outil, la chasse, la pêche sont apparus, l'habileté a sans doute supplanté la force.
Puis les évolutions technologiques et scientifiques, celles du commerce et du droit, ont dopé des qualités intellectuelles.
Aujourd'hui, malgré le chaos entraîné par ce nouveau palier de l'humanité, les capacités créatrices deviennent les valeurs recherchées (ce qui montre la clairvoyance d'artistes comme Beuys, Warhol, ou Duchamp).
Dans la grande aventure de l'évolution, certaines facultés sont dépréciées et écartées. D'autres, au contraire, sont recherchées et valorisées. Si, par nécessité, l'aptitude à l'agressivité prédomine chez la plupart des primates naturels - berceau de nos origines - aujourd'hui la douceur prend de plus en plus d'importante. L'intelligence froide cède du terrain à l'intelligence chaude - le QE, quotient émotionnel, capacité à comprendre ses émotions et à les utiliser en créativité.
La conscience humaine, en émergeant, change également les hiérarchies de valeurs. Les véritables sens de la vie apparaissent de plus en plus distinctement. Globalement, La témérité laisse sa place à l'intuition et à l'affection. L'art de vivre se préfère à la pulsion de domination. Le "milliardaire" perd de l'aura attractive au profit de l'artiste - même si depuis la chute de l'URSS, la précarité induite par l'ultra libéralisme restaure ponctuellement son pouvoir.
Au cours des temps, le choix des valeurs évolue. Cette évolution montre une ascension; du physique vers l'esprit et de l'intelligence froide vers le sentiment. du QI vers le QE..

En préférant, de génération en génération, un certain type d'hommes, les femmes font l'humanité. En préférant le sensible au cruel, l'intelligent à l'insensé, la femme façonne notre monde.
Nous parlons bien sûr de globalité. Des retours en arrière sont parfois nécessaires. Par exemple, les valeurs transmises par les années 1990-2000, n'ont rien à voir avec les années hippies. La précarité imposée par le marché conduit les femmes à rechercher une certaine sécurité. À préférer les qualités matérialistes aux qualités spirituelles. Ce qui favorise par exemple, le narcissisme au détriment de l'humilité, la meilleure adaptation à cette compétition sauvage, à la moins bonne adaptation. L'agressivité à la sensibilité. A préférer en somme, l'extraverti à l'introverti selon la définition de Jung.
En passant sous la coupe du marché, les médias ont également influencé ce retour machiste, violent, injuste et sombre. D'où le sentiment de noirceur et de perte d'optimisme des années actuelles.
Mais ce renforcement des qualités primaires, est ponctuel.
A l'échelle de l'histoire, l'humanité se dirige malgré tout, vers le spirituel. Elle évolue progressivement vers le sensible.
Progressivement la sélection culturelle favorise le plus doux. Elle avantage les plus aptes à exprimer leurs sentiments. Les plus subtils à transmettre leur amour.
Progressivement l'humanité évolue vers la sensibilité et la psychologie. Les religions et des philosophies en sont à l'origine. En plaçant le divinau-dessus des dominants guerriers, le judaïsme, par exemple, nous a permis de maîtriser la toute puissance du chef de clan. En plaçant le saint au dessus de l'aristocrate, les grandes religions ont orienté la société humaine vers le bien. En plaçant l'amour absolu (dieu) au-dessus de l'amour vulgaire, le bouddhisme, le christianisme, l'islam... en ont fait notre horizon.
A présent, l'amour du prochain, le respect d'autrui, la compassion, l'entraide, la non-violence, la reconnaissance de ses fautes, etc., ont été complètement intégrées par l'humanité. L'homme a incorporées ces grandes valeurs dans la société. Ces valeurs supérieures ensemencent ses lois, sa morale, son éthique et son éducation. Toutes les grandes cultures humaine, occidentales et orientales, vénèrent ces valeurs transcendantes. Aimer son prochain, le respecter, être apte à la compassion, à la générosité, à l'amitié, est préféré à leurs contraires.
Globalement, l'ensemble humain apporte son respect à l'homme bon, juste, altruiste et désintéressé. Il réprouve au contraire, l'injuste, le vénal, l'égoïste, le méchant. Et même les décennies actuelles, valorisant la manipulation, la vénalité et l'égoïsme, n'ont pas changé nos « héros ». Malgré le matraquage médiatique, sœur Emmanuelle, Gandhi, Luther King, remportent encore les suffrages de popularité. Les icônes égoïstes et vénales du marché n'ont jamais réussi à s'imposer. Et dans ces temps d'argent roi, les nouvelles préférences françaises – Yannick Noah où Zinedine Zidane – sont encore révélatrices de nos valeurs préférées.
Le marché lui-même, se choisit des icônes complément différentes de son caractère. Il hisse par exemple l’œuvre de Vincent Van Gogh (l'altruisme par excellence), au plus haut de ses exigences. Le marché place donc inconsciemment au sommet de ses valeurs, l'altruisme et le don de soi.
Pourquoi par exemple, le marché place-t-il l'art au sommet de ses choses les plus chères et les plus précieuses ? pourquoi fait-il des œuvres de l'artisteles plus chers de ses objets ? Pourquoi hisse-t-il au pinacle les œuvres du peintre le plus emblématique du détachement et du don de soi ? Le plus éloigné du marchandage et de la vénalité ? Autrement dit, pourquoi le marché aime-t-il tant Vincent Van Gogh ?

Les règles humaines actuelles sont encore très proches de celle de la nature. Bien souvent, l'homme constructeur est contraint de jouer le jeu des valeurs primaires. La compétition, la domination, l'agressivité, font encore parti de notre paysage mental. Mais au fond de nous, nous préférerions vivre dans un monde plus doux. Nos cœurs préfèrent globalement les valeurs spirituelles et chérissent l'amour d'autrui, le partage, l'entraide.
Fondamentalement, et malgré les apparences, l'humanité évolue vers ces valeurs supérieures. Depuis longtemps déjà, l'intelligence froide, le QI - coefficient intellectuel - a remplacé la brutalité. Ce type d'intelligence cède lui-même sa place au QE - coefficient émotionnel.
Notre anthropocentrisme est également en perte de vitesse. Peu à peu notre vision des autres espèces se modifie. Sous les coups de butoir de l'éthologie, de l'écologie et de l'éthique, un certain respect, s'établit. La relation des enfants actuels avec les autres espèces, sont revêtues d'amour. Leur vision de la planète n'a rien à voir avec celle de nos arrière-grands-parents. Une évolution vers l'amour existe donc au sein de notre espèce.
Pour conclure nous pourrions le dire ainsi : L'amour est le principe à l'origine de la création. Il évolue à travers le monde et à travers l'humanité. Il serait donc logique d'utiliser l'Amour comme barème d'évolution. Ou plus précisément, d'utiliser « l'aptitude à exprimer son amour » pour comparer les choses entre elles.
2001
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
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