"Dieu a créé l'homme comme la mer a fait les continents, en se retirant."— Hölderlin

De sa main droite, il (Dieu) touche de toutes parts aux extrémités de l'Océan, et la terre roule sous ses pieds. Orphée
X en algèbre; symbole littéral d'une inconnue. Ce signe nous semble donc idéal pour rassembler toutes les définitions du principe à l'origine du monde. X équivaut au vide quantique dont parlent certains physiciens, et également au Dieu des spirituels.
Nous voici donc arrivés à la sortie de ce chapitre. En page précédente nous avons tenté d'assurer l'idée de Dieu sur la paroi abrupte de notre réflexion. Nous nous sommes efforcé d'affermir le postulat selon lequel ; il existe une essence à l'origine de l'univers. Une essence dont la nature intime se définirait comme étant de : « l'Amour absolu ».
Voila le genre de questions pouvant apparaître à l'écoute du nihilisme.
« La création est de la part de Dieu un acte non pas d'expansion de soi, mais de retrait, de renoncement. Dieu et toutes les créatures, cela est moins que Dieu seul. » Simone Weil

L'étranger : Pour le philosophe, c'est dans quelque endroit semblable que nous le trouverons maintenant et plus tard, si nous le cherchons. Il est, lui aussi, difficile à voir en pleine clarté; mais la difficulté n'est pas la même pour lui que pour le sophiste. Platon
La science définit la création comme l'action de produire une chose par une combinaison originale d'éléments préexistants. La forme créée est donc potentiellement présente avant sa création.
jean paul Sartre n'aurait donc pas raison lorsqu'il écrit : Si le sens du monde n'existe pas, c'est qu'il est à construire !. Il vaudrait mieux dire : le sens du monde existe, à nous de le découvrir. Autrement dit : tous les éléments permettant de comprendre le sens du monde, sont présent dans le monde – ces éléments doivent simplement être progressivement découvert.
Et d'une certaine façon, la façon dont l'évolution se déroule, valide cette idée.
En effet, ce "quelque chose plutôt que rien", comme l'appelle Leibniz, cette création, semble débuter par le vide (quantique).
Ce vide crée la matière et la projette à partir du big bang.
L'univers se répand grâce à l'expansion.
De cette expansion émerge la terre puis le vivant.
Le vivant (et son esprit), est lui-même en évolution vers un esprit supérieur (selon nous, vers la béatitude).
Il y aurait donc un sens à l'évolution. Un sens naissant dans le vide et montant progressivement vers un esprit supérieur incarné. Le sens du monde existerait donc bien. Seule la destinée et la motivation du principe créateur restent à déchiffrer.

La division d'une quantité quelconque de matière en quantité toujours plus petite, si elle ne connaît pas de limite, ne peut mener qu'au rien écrit zenon – il appartient à la science de définir chaque attribut caractérisant ce « rien ».
Nous ne créons rien qui ne soit potentiellement présent.
Copernic, Kepler et Galilée, n'ont pas fait tourner la terre autour du soleil. Ces philosophes astronomes ont « simplement » (mais génialement) éclairé un mécanisme : «l’héliocentrisme» au moment ou l'humanité en avait les moyens, quand l'aventure humaine disposait de la conscience nécessaire pour le concevoir.
C'est la même chose pour toutes les découvertes.
Par exemple, avant l'apparition de l'homme, tous les constituants de la pénicilline étaient présent sur terre. Il manquait seulement la capacité de l'exploiter. Ces éléments existaient déjà dans l'Antiquité et au Moyen Âge mais il manquait aux Grecs et aux médiévaux certaines connaissances pour l'utiliser. Fleming lui, placé au bon moment et au bon endroit, la découvrit.
Idem avec l'automobile.
Les voitures actuelles sont le résultat d'une chaîne d'inventions successives. Leur existence décline d'un grand nombre de découvertes antérieures. La découverte de la roue, du fer, du feu, du pétrole, etc.
Il est impossible de construire une chose qui n'existerait pas à l'état latent. Il est également impossible d'élaborer une chose avec des éléments absents dans l'univers. Créer une chose sans qu'elle soit potentiellement possible, est irréalisable. N'en déplaise au philosophe existentialiste, le sens de l'univers doit donc être potentiellement présent pour « le construire ». Dans ce cas-là, nous devons parler de « révélation », non de « création ». La proposition de Jean-Paul Sartre est représentative du sentiment de toute-puissance qui anime l'esprit scientifique occidental. Un sentiment déjà perceptible dans la pensée de Descartes.
Sous un certain angle, il s'agit d'une vision nihiliste. Elle fait de l'homme la seule puissance de l'univers. Une puissance plus puissante que la puissance qui la créé. Mais entre deux hommes qui n'ont pas l'expérience de Dieu, celui qui le nie en est peut-être le plus près écrit Simone Weil.
Puisqu'elle existe, cette période d'égocentrisme scientifique, est forcément nécessaire. Elle permet de nombreuses prouesses et le dépassement de l'égocentrisme religieux. Mais ce sentiment de toute-puissance nihiliste, conduit nécessairement à l'absurde. En plaçant la création avant le créateur, l'existence avant l'essence, cet orgueil empêche toute réflexion profonde. C'est un peu comme si nous voulions transformer un nouveau-né en adulte sans passer par l'enfance. Comme si l'individu s'octroyait la paternité de sa naissance au lieu de l'attribuer à ses parents – comme dans le mythe de Platon.

Le printemps qui se couronne de fleurs nouvelles et qui se pare de ses brillantes couleurs, est une création de ta volonté comme également l'hiver avec les nuages glacés qui l'environnent.
La majorité humaine est du côté des croyants. La plupart des hommes croient en un principe créateur. Ils envisagent intuitivement un sens au monde. Ils estiment l'univers né de quelque chose. Dans cette majorité, deux groupes se distinguent :
Les pragmatiques et les spirituels.
La différence entre scientifiques et spirituels, repose sur la nature intime qu'ils octroient à ce principe créateur.
Pour la science, la principale origine du monde est vide de : « qualité affective ou sentimentale.
Les monothéismes au contraire, accordent des attributs sensibles à cette « chose ». Ils ne la considèrent pas comme « une simple trace dans un accélérateur de particules » mais comme une puissance d'amour. Les termes pour le qualifier sont d'ailleurs représentatifs de ce point de vue. Dieu, yahvé, allah, mana, braman, être suprême, principe transcendant, acte pur. C'est : « le bien absolu, l'innommable, l'un, la vérité suprême. La lumière, le verbe, l'essence, l'énergie primordiale, la connaissance, la pure conscience ou l'amour pur...
L'ascète, le scientifique, le théologien, le philosophe
Quatre sortes de personnages se confrontent à cette origine du monde. Les scientifiques, les théologiens les philosophes et les ascètes.
Mais scientifiques, extatiques où religieux, travaillent à la même chose. Leur but est de faire émerger cette puissance créatrice. d'en comprendre la nature, la logique et la motivation.
Les ascètes, les grands mystiques, font l'expérience directe du principe créateur. Une expérience intime, intérieure et sensitive. Bien souvent, après être parvenu à cette connaissance transcendantale, ces grands mystiques, comme les grands philosophes, l'a communique au monde. C'est le cas de Bouddha, Moïse, Jésus-Christ, Mahomet... Mais également de Plotin, Platon ou Spinoza.
D'autres cherchent à déchiffrer les significations profondes des métaphores offertes par l'ensemble des religions. Ils veulent les rendre accessibles au plus grand nombre. Ils sont théologiens, philosophes ou vulgarisateurs de la science, etc.
Et d'autres enfin, cherchent à déterminer de façon scientifique, la nature de ce principe créateur. Ils traquent sa présence au sein de la matière et du monde phénoménal. Progressivement, ils avancent vers le cœur mathématique de la création. Ce sont les physiciens.

Il n'y a que l'Un, le multiple n'est que représentation mentale. Nagarjuna.
Nous ne savons pas aimer Dieu parce que nous ne savons pas que Dieu nous aime. Et nous ne savons pas que Dieu nous aime, parce que nous ne l'aimons pas. Tel est le cercle vicieux auquel la révélation essaie de nous arracher. M - D. Molinié
Il y a donc 3 façons de s'occuper du principe créateur.
A mon sens, la clé est dans la réunion de ces trois « corporations ».
Les questions seront donc :
Qu'est-ce qui a créé l'univers, la terre, le vivant et l'humanité ?
Quelle est sa nature ?
Pour certaines spiritualités et philosophies, les réponses sont simples. Dieu a créé l'univers. Sa nature est un absolu positif. Un absolu d'amour, de bonheur, de joie, de bonté, de justice, de félicité, de pureté, de vérité, d'équilibre etc. On peut condenser toutes ces qualités sous le vocable : « Amour absolu ».
Pour les religions occidentales, Dieu est Amour absolu.
Pour les spiritualités orientales, le principe suprême est également un absolu. Un absolu de justice, de joie, de conscience, de vérité, etc..
Pour la physique quantique, il s'agit d'un champ d'énergie potentielle palpitant irréductiblement.
Ce vide quantique est injustement qualifié de vide. Michel Cassé dit qu'il fut plein de tout ce qui était à naître. C'est un champ de particules virtuelles. Un champ de photons, de gluons, de quarks etc., indifférenciés et parfaitement symétriques.
La brisure de cette symétrie a créé l'énergie et la matière nécessaires pour construire l'univers.
Le champ quantique est l'état minimal de l'être. L'état d'énergie minimum* du système des champs constituant le monde.
C'est un espace serein. Le repos invisible des champs. L'équilibre parfait. Autrement dit : « un espace immatériel d'énergie potentielle au repos et capable de créer notre espace matériel ». Tout le travail consiste donc à relier ces points de vue.

Nous voyons que, par une grâce divine, toutes les choses ont en elles un désir spontané d'exister d'une meilleure manière. De Cusa
L'extatique, le scientifique, le théologien comme le philosophe sont à la recherche du divin. Aujourd'hui, les scientifiques négligent encore trop à mon sens, l'expérience extatique. Le potentiel de cette expérience reste donc inexploité.
Par nature, les propositions spirituelles, embrassent un espace supérieur à celui des sciences. Non seulement elles proposent des explications sur la création, mais elles se penchent également sur la destinée humaine – cosmogonies, genèse, Apocalypse etc..
Cela n'est pas le cas de la science. Tenue par ses dogmes, elle ne peut s'aventurer vers le religieux et l'extatique.
Une chose d’emblée paraît évidente.
La science peut démontrer la nature physique des particules élémentaires, ou la probabilité de leurs présences. Mais elle est incapable de dire si les photons, les gluons, les quarks ont une nature intime. Par comparaison, si la physique quantique décrivait un être humain, elle le résumerait à ses atomes. Elle le réduirait à ses déplacements, ses actions ou ses interactions physiques. Elle n'accéderait pas au ressenti, à l'état d'âme de cette personne. Un jour les scientifiques (c'est notre avis sur la mecaniqueuniverselle), libéreront la science de cette contrainte. Ils mettront au point des instruments capables de déterminer la nature intime de l'immatérialité.
Pour l'instant, c'est à la philosophie d'essayer de réunir les choses. À elle de chercher l'endroit où d’établie la jonction entre « l'énergie amour » et la chair. Entre l'amour incarné par l'extatique et les particules élémentaires (Dieu). Ce sera le but de notre prochain chapitre. Nous y verrons pourquoi la confluence entre dieu et ses créatures, se produit dans l'esprit. Pourquoi encore, cette jonction est influencée par les différents niveaux de conscience.
2001
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
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