« L'homme, cela ne fait aucun doute, ne cesse de devenir meilleur. »— Friedrich Nietzsche
Depuis que l'humanité existe, elle travaille à se dépasser elle-même — à réguler, à canaliser, à transformer des instincts héritées de nos origines de primates naturels. C'est un travail dificile mais réel, accomplit par chaque génération et jusqu'à présent, sans le savoir.
Regardons notre ancêtre primate tel qu'il était — tel que nos cousins les grands singes sont encore aujourd'hui en partie. La loi du plus fort. La domination comme règle. La violence comme outil ordinaire de résolution des conflits. La peur comme moteur principal des comportements.
Puis regardons où nous en sommes. Pas encore à destination — loin de là. Mais quelque chose a changé. Profondément, irréversiblement. Dés l'apparition de la parole, de la conscience et de l'aptitude à nous regarder vivre, nous avons produit des tabous, des interdits, des lois pour travailler sur nos comportements. Puis nous les avons faits évoluer jusqu'à devenir ce qu'ils sont aujourd'hui. Des lois protègent les faibles. Même s'ils existent encore ponctuellement, l'esclavage, la torture sont punis internationalement. La femme, l'enfant ont des droits. La nature également. Ce n'est ni rapide ni parfait — mais l'évolution des interdits est bien réelle.
« La création des interdits est l'un des actes fondateurs de l'humanité. »— Jean-Marc Tonizzo
Ce chantier du comportement suit une logique qu'on peut résumer simplement : les instincts deviennent progressivement des pulsions conscientes — et on peut travailler sur elles, elles peuvent devenir des choix.
L'animal ne choisit pas de dominer ou d'attaquer — il obéit à ses instincts. L'homme obéit encore à certains de ses instincts, mais il peut à présent les nommer, les reconnaître, en avoir honte ou en être fier et les maîtriser.
Selon nous l'évolution conduit l'homme vers l'homme accompli — cette destination ou nous aurons éteint nos instincts problématiques, et réduit suffisament nos ego pour n'avoir plus besoin de dominer ni de se défendre.
C'est le sens profond de l'histoire de la morale, de l'éthique, du droit. La transformation intérieure d'une espèce en cours d'évolution.
« Il vaut mieux se comporter en homme de bien qu'en bon sauvage. Encore que, parfois, la distinction soit difficile à faire. »— Pierre Dac
L'invention des interdits — le tabou, la loi, l'interdit moral — est peut-être l'acte le plus important de l'histoire humaine. Avant les cathédrales, avant les sciences, avant les philosophies, il y a eu la décision d'interdire certains actes et d'en valoriser d'autres – et selon nous ces interdits découlent d'interdit déjà présent dans la nature sous forme d'instincts.
Ce premier interdit oral — quelle qu'en soit la forme — est le début de tout ce qui va suivre. La morale, le droit, la justice, la démocratie. Toute la longue histoire de l'humanité apprenant à vivre ensemble sans se détruire.
C'est une histoire qui n'est pas terminée. Mais elle a une direction.
Il est tentant, devant l'actualité, de penser que l'humanité régresse. Les guerres, les violences, les injustices semblent omniprésentes.
Ce n'est pas le "mal" qui se développe dans l'humanité mais notre sensibilité au mal. jmt
Ce qui nous choque aujourd'hui aurait été parfaitement ordinaire pour nos ancêtres il y a trois siècles.
La diminution de la violence dans l'histoire est documentée. Les philosophes, les historiens, les psychologues l'attestent. Steven Pinker, dans La Part des anges, l'a démontré avec des données : la probabilité de mourir de mort violente n'a cessé de diminuer depuis des millénaires. Ce mouvement est lent — mais il existe.
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
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