Du bien-être à la cruautéPour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. Montesquieu
L'ambiance générale d'une société découle de l'état d'esprit prédominant dans les forces au pouvoir. L'ambiance vécue par une société est fonction de la place occupée par le peuple et de ses libertés. Cette place n'est pas la même en démocratie, en oligarchie ou en dictature. Elle dépend également du caractère psychologique du système dominant.
Un pouvoir entre les mains d'un sociopathe ou entre les mains d'un démocrate offre des conditions de vie tout à fait différentes.
1/ Les sociétés sous l'emprise d'un pouvoir criminel et psychopathique.Entre 1933 et 1945, l'Allemagne nazie s'est retrouvée sous l'emprise d'un pouvoir psychopathique. Le psychopathe, lorsqu'il sombre dans le crime, massacre indifféremment ceux qu'il prétend aimer et ceux qu'il dit haïr. Hitler a assassiné son propre peuple qu'il affirmait chérir, ainsi que les peuples juif et tsigane qu'il disait haïr. C'est évidemment le système où la cruauté, la terreur et la violence atteignent leur paroxysme.
« Le fascisme est la dictature ouverte terroriste des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins et les plus impérialistes du capital financier. » — Georgi Dimitrov (définition adoptée par l'Internationale communiste, 1935)
2/ Les sociétés sous l'autorité de la perversion narcissique (Mussolini, par exemple).
Sous cette domination, le peuple doit supporter les ambitions de son dirigeant. Durant cette période fasciste, la perversion narcissique nourrissait le désir de ressusciter la toute-puissance de l'Empire romain : ses conquêtes, ses guerres, et finalement sa décadence. Tout cela advint en accéléré. Fasciné par la mythomanie d'un chef narcissique, le peuple italien vécut un mauvais remake — la caricature d'une splendeur passée, jouée par des acteurs dépassés par leur rôle.
Tout retour à un modèle de société révolu est une aberration. Depuis Rome, le monde avait largement évolué. Les aspirations du peuple italien n'étaient plus les mêmes, et ses capacités non plus. C'est pourquoi tous ces retours en arrière ont été balayés par la force démocratique. L'énergie du mouvement ascendant l'a naturellement emporté sur le vieillissement dictatorial de l'époque.
3/ Les sociétés sous le diktat des pouvoirs rigides.
C'est le cas, bien souvent, des systèmes théocratiques. Les conditions sociales, techniques et morales de ces sociétés sont stationnaires ou progressent très lentement. Si la théocratie glisse vers le fondamentalisme, le peuple régresse vers l'atmosphère originelle de la religion concernée. La vie retrouve alors sensiblement les degrés de sévérité et de cruauté de ses origines (Antiquité, Moyen Âge).
« Là où l'on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes. » — Heinrich Heine
La cruauté est à la dictature ce que la perversion est à la démocratie dévoyée. Dans un monde démocratique, social, juste et en paix, la violence est à son minimum. Le degré de cruauté et de perversion y est relativement faible. Les forces de l'ordre agissent pour le bien du peuple et non contre lui. L'amélioration du niveau de vie et le bonheur des citoyens sont au centre des préoccupations*.
* Les démocraties perverties produisent l'inverse : le bonheur du peuple est totalement négligé au profit de celui des élites.
Les disparités entre dominants et dominés y sont réduites au minimum. L'entraide, la fraternité et la solidarité y sont en revanche très présentes*. Dans ce type de cadre de vie, l'éducation peut se dispenser autour des grands principes de la loyauté, de l'amour, de la concorde et du bonheur.
* Il s'agit bien sûr d'une solidarité constante et effective, et non de cette solidarité de façade que les médias orchestrent depuis vingt ans.
Les démocraties peuvent également être vampirisées par des systèmes pervers. C'est le cas de la plupart des démocraties actuelles, soumises à l'emprise d'un système dominant, narcissique et vénal : le marché. Son influence a progressivement transformé les sociétés humaines, les rendant plus violentes car plus injustes, plus élitistes et plus corrompues. Les démocraties actuelles sont tout simplement, trop souvent, à l'image* de leurs dominants.
* Alors qu'en principe, toute démocratie devrait être à l'image du peuple.
« Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent. » — Jean-Paul Sartre
Certains animaux reproduisent plusieurs fois la même erreur, faute de capacités suffisantes pour tirer rapidement des leçons de leurs expériences. L'intelligence consiste précisément à éviter de reproduire ses erreurs. Au vu de l'histoire, il est difficile de considérer l'espèce humaine comme particulièrement douée en la matière. Il serait peut-être temps de s'y mettre. L'expérience de ces vingt dernières années doit nous servir de leçon : les pouvoirs narcissiques sont facteurs de violence et d'injustice. Une démocratie sous l'emprise du narcissisme génère toujours davantage d'écart entre riches et pauvres.
« La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent. » — attribuée à Albert Einstein
Par nature, les pouvoirs narcissiques génèrent de l'agressivité, des tensions, du stress, de la précarité et de l'inconscience collective. Soumis à ce type d'atmosphère perverse, l'ensemble de la société est contraint de développer des facultés en rapport. Elle devient de plus en plus insensible et égoïste, de plus en plus inflexible, cruelle, sourde aux autres et intransigeante — donc de plus en plus perverse à son tour.
La perversion et la cruauté n'appartiennent pas à la nature propre de l'être humain. Ce ne sont pas des comportements innés. Ils résultent d'un certain type d'éducation, d'une certaine ambiance générale, d'une certaine dégradation de l'amour et du respect d'autrui.
Évidemment, une démocratie sous l'emprise d'un marché narcissique reste préférable à toute dictature. Et l'apparition de ce narcissisme d'État n'est pas dépourvue de sens : il a permis à l'humanité de surmonter des obstacles que n'aurait pu franchir un pouvoir classique.
Pour mettre en place la Communauté européenne sans résistance majeure, il fallait ce régime ultralibéral amorcé dans les années 1980. Une société dotée d'un corps social bien organisé et bien défendu — comme c'était le cas dans l'Europe des années 1970 — aurait discuté chaque proposition jusqu'à la rendre conforme au bien des peuples.
Malgré quelques régressions, nous avançons vers des démocraties véritablement démocratiques. L'humanité possède déjà les moyens théoriques de fonctionner sous ce type de démocratie authentiquement participative, juste, sociale et fraternelle… mais chaque chose doit venir en son temps.
Voici une vidéo en trois parties, destinée à compléter cette introduction à la cruauté. La qualité en est médiocre et les propos parfois maladroitement formulés — veuillez m'en excuser par avance. Elle a pour but de donner une idée générale des forces à l'œuvre dans les diverses conduites perverses. Il s'agit d'une explication schématique, mettant l'accent sur les deux grands pôles de l'esprit humain : la névrose et le narcissisme.
C'est une description parabolique, qui ne prétend pas rendre compte de toute la complexité du sujet.
Des personnalités fortement névrosées peuvent passer à l'acte et commettre des actes graves et répréhensibles. À l'inverse, des personnalités fortement narcissiques peuvent faire de ce trait un moteur positif au service de la société. Par ailleurs, la psychopathologie ne conduit pas nécessairement au crime. Il convient donc d'accueillir ces propos avec une certaine distance : ils sont destinés à donner une idée générale d'un problème qui mériterait une analyse approfondie et spécialisée.
Bonne écoute
2001
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
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