« Un jour, notre espèce s'est séparée des autres primates. Elle s'est mise à développer sa propre culture. »— Jean-Marc Tonizzo
Il y a quelques millions d'années, notre ancêtre primate subissait son environnement. La pluie, le froid, la sécheresse, les prédateurs — autant de forces auxquelles il devait simplement s'adapter ou périr. L'environnement le définissait totalement.
Puis quelque chose d'extra-ordinaire et sans doute unique par sa densité, s'est mise en oeuvre dans l'histoire du vivant sur Terre. Notre ancêtre a commencé à transformer son environnement. A tailler les pierres, à maîtriser le feu, à construire des abris, à partir à la découverte de son monde.
Aujourd'hui, l'humanité a posé le pied sur la Lune, séquencé le génome humain, éradiqué la variole et relie six milliards d'individus en une fraction de seconde. La transformation de l'environnement par l'humanité est le phénomène le plus spectaculaire de toute l'histoire du vivant.
« La Terre n'est pas un héritage de nos parents — c'est un emprunt fait à nos enfants. »— Proverbe amérindien
Ce chantier-là a produit des merveilles — et des catastrophes. La même intelligence qui a inventé la pénicilline a inventé la bombe atomique. La même créativité qui a construit des cathédrales a construit des camps d'extermination. La même maîtrise technique qui permet d'irriguer des déserts dérègle le climat.
Ce n'est pas une raison de désespérer mais de situer notre véritable niveau de conscience. C'est une raison de comprendre que la maîtrise de l'environnement, seule, sans la maîtrise du comportement et du questionnement, ne suffit pas. Les trois chantiers doivent avancer ensemble. La technique sans éthique est dangereuse. La puissance sans sagesse est aveugle.
« Science sans conscience n'est que ruine de l'âme. »— François Rabelais
Quelque chose de nouveau émerge dans la conscience humaine contemporaine. Après des siècles de conquête, de transformation, d'exploitation de la nature — l'humanité semble être entrée dans l'ère de l'écologie, du soin de la planète. Nous commençons à comprendre que nous ne sommes pas séparés de notre environnement. Qu'on en dépend. Qu'on en est une expression.
La conscience écologique n'est pas une mode. C'est un signe évolutif — un début de compréhension que la maîtrise de l'environnement ne peut pas être une domination mais doit devenir une symbiose. Prendre soin de la Terre qui nous porte, comme on prendrait soin d'un être vivant dont on dépend.
Michel Serres l'a dit magnifiquement : il faut passer un Contrat naturel — reconnaître la Terre non comme une ressource à exploiter mais comme un partenaire à respecter.
« J'ai eu tellement de problèmes avec l'environnement que j'ai décidé de ne plus en avoir. »— Woody Allen
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
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