Pour déployer correctement notre théorie selon laquelle "l'humanité est destinée à atteindre sa perfection", nous devons nous confronter à une notion bien souvent contesté par la philosophie moderne et contemporaine ; celle de progrès.
Le concept de progrès contient l'idée de changement, de mouvement positif vers un état supérieur. Il implique donc un jugement de valeur. Il suppose également une réflexion sur la destination future de ce progrès, sur sa finalité.
Ces deux points : jugement de valeur et anticipation du futur, dépassent dès lors la stricte connaissance certaine et rationnelle des choses. Autrement dit, le progrès quitte le cadre strict du matérialisme, de la science et des philosophies fondées sur les méthodes scientifiques - le savant est un « douteur » qui
met en quarantaine tout ce qui n'est pas démontré vrai écrit Blondel. Que la science s'applique à rester au niveau de l'expérimentation et du phénomène, c’est tout à fait légitime. Qu’une partie de la philosophie adopte ce point de vue scientifique, quoi de plus normal.
Mais cela ne doit pas devenir la règle de la philosophie. En effet, l'envergure de la pensée philosophie, déborde le cadre restreint de la science dans la mesure où elle englobe l'horizon des connaissances exactes, mais également celui de l'idéal, du métaphysique,
du religieux. Autrement dit, la philosophie s'étend du phénoménal
jusqu'au transcendantal, de Dieu jusqu'à
la science. Ce qui donne un sens à la vie donne
un sens à la mort.
Antoine de Saint-Exupéry En se cantonnant au monde des phénomènes, la science, comme la philosophie rationaliste, ne peuvent fournir un sens véritablement
« hydratant » à l'humanité.
Ces deux façon d'aborder le monde laissent donc l'homme démuni
face à ses grandes interrogations : Si à ce vide philosophique, s'ajoute la décrédibilisation progressive des grandes religions par le matérialisme, et si
ces religions elles-mêmes, à cause de leur lenteur
de réforme,
nous éloignent peu à peu de leurs espaces de réconforts,
alors il est normal qu'une société se retrouve confrontée au problème de l'absurde.
En effet, face à un monde vide de sens, (et la morale ne tient debout que
grâce au sens) l'homme doit se débrouiller comme il peut :
Il y a tout d'abord l'idée couramment répandue selon
laquelle : « c'était bien mieux avant ». Il s'agit la plupart du temps, d'une réaction naturelle quand l'âge affaiblit notre élasticité d'adaptation
(à titre de comparaison, l'ex dominant primate, renversé par
son prétendant, doit penser la même chose).
Il y a ensuite le problème de la présence du
mal : génocide, traite des êtres
humains, torture, massacre, guerre, tout ces scandales capables de rendre absurde la création. Capable de faire douter de l'existence d'un progrès, si nous n'en comprenons pas le sens. Seulement,
toute violence s'explique (et c'est ce que nous faisons dans
le chapitre consacré au
mal, vers lequel nous vous renvoyons).
Il y a enfin la mauvaise utilisation
faite du concept de progrès, exploité par certains pour nourrir des narcissismes avec des aliments aussi absurdes qu'indigestes. Claude Lévi-Strauss écrit à ce propos : « l'Occident, maître des machines, témoignent de connaissances très élémentaires sur l'utilisation et les ressources de cette suprême machine qu'est le corps humain. Dans ce domaine, au contraire, comme dans celui connexe des rapports entre le physique et le moral, l'Orient et l'Extrême-Orient possède sur lui une avance de plusieurs millénaires
; ils ont produit ces vastes sommes théoriques et pratiques que sont le yoga de la ville, les techniques du souffle chinois et la gymnastique viscérale des anciens maoris ». Il suffit de voir le peu de cas accordé par les mass média aux êtres humains vivant dans les pays technologiquement sous-développés, pour mesurer l'ampleur du narcissisme circulant dans nos nouveaux médias.
En effet, bien souvent le progrès technique s'épanouit
au détriment de millénaires d'acquis spirituels, d'équilibre mental, de maîtrise de soi, ou de grandes valeurs humaines telles que l'altruisme, l'humilité, le partage etc. Mais inversement, la rigueur spirituelle, freine bien souvent aussi la progression des grandes valeurs sociales telles que l'égalité de
la femme, le respect du progrès technique, etc. Nous ne pouvons parler de progrès qu'au niveau de l'humanité toute
entière et au niveau du vivant dans son ensemble. En ce qui concerne les progrès du vivant, si
nous nous basons sur les données scientifiques
actuelles faisant démarrer la vie à partir
de l'assemblage de quelques molécules, nous pouvons parler d'un progrès
allant du simple vers le complexe, de l'unité vers
la diversité de
l'immobilité vers le déplacement, du réflexe,
vers la raison etc.. Au niveau des progrès de l'humanité, si nous comparons les conditions de vie entre les primates naturels que nous étions et
les primates culturels que nous sommes devenus, il est possible d'établir une logique de progrès.
La somme de nos connaissances à progresser.
La maîtrise de l'outil à progresser, le nombre
des outils à progresser. La complexité et la
diversité de notre langage à progresser. La diversité et la complexité de nos interdits à progresser. L'envergure de nos déplacements à progresser.
La complexité de notre médecine à progresser.
La maîtrise de nos pulsions, le nombre
de nos relations sociales à progresser. La complexité de
nos organisations sociales et la complexité de
notre morale à progresser. La capacité de se projeter vers le futur ou celle de stocker le passé ont progresser. L'étendue
des moyens pour exprimer nos émotions comme les instruments pour révéler notre créativité ont progresser. Notre rapport à l'esthétique, à la beauté à progresser, etc.
La perversion de la cité commence par la fraude des mots. Platon
Le progrès technique est comme une hache qu'on aurait mis dans les mains d'un psychopathe. Albert Einstein
Ce n'est pas la technologie qui pose un problème à l'homme mais l'utilisation par l'homme de sa technologie pour maltraiter ses congénères. Depuis l'apparition de l'objet, le mélange pulsions
/ progrès détourne la technologie à des fins agressives et
l'utilise de façon abusive.
La puissance des pulsions (domination, pouvoir, clanicité, égocentrisme, racisme, peur, agressivité) empêche la conscience et les contre-pouvoirs de jouer leur rôle de garde-fou et oriente ainsi, une partie du progrès technologique vers ce que nous pourrions appeler "le mal". Ce mécanisme est inhérent à notre métamorphose. Il découle de la
transformation du petit groupe de primates naturels que nous étions, en humanité consciente vers laquelle nous allons.
Ce détournement du progrès à des fins abusantes, durera
tant que la conscience n'aura pas pris le pouvoir sur les tendances. Autrement dit, tant que la société ne se sera pas dotée de garde-fous puissants capables de maîtriser chez certaines dominants, le désir
naturel de toute-puissance.
Ce mécanisme est relativement simple et stéréotypé, donc faciles à expliquer. Il se rencontre par exemple dans la mondialisation. Les contre-pouvoirs (médias, intellectuels ..) ne disposant pas du recul nécessaire pour comprendre tous les mécanismes de la pulsion de domination auquel s'ajoute le pouvoir corrupteur du marché, ont laissé ces nouveaux dominants développer leur toute-puissance jusqu'à prendre le contrôle de ces contre-pouvoirs même.
La mondialisation s'est donc mise en route sans réels contre-pouvoirs et sur les principes de la compétition féroce. Ce type de compétition minimise les moyens au profit des fins, donc l'éthique et la loi, au profit de la victoire.
Il réduit la réflexion au profit de la surdité. Il impose également
un principe de rivalité « sans pitié ». Il ré-instaure finalement les mécanismes de la nature, qui sont à l'opposé des valeurs spirituelles et de la culture.
Ce vieux retour vers L'inconscient, à permis le pillage de tous les pays vulnérables.
La surdité quant à elle, a mis écologiquement en danger la planète et a permis aux conflits de perdurer.
Ce type d'évolution n'offrant pas véritable d'attention à l'étude des conséquences et aux sonnettes d'alarme, seule la stupéfaction d'une catastrophe ramènent
brutalement à la réalité.
L'industrie automobile. Depuis plus de 40 ans, les risques – pollution, encombrement etc.
- sont signalés et saisis. Malheureusement, ce type de compétition primate (qui prend chez l'homme la forme de la surdité et de la compulsivité) étend
progressivement ses conduites à l'ensemble du monde. Et ce changement de comportement
inverse peu à peu
les valeurs traditionnelles de l'humanité.
Tous les systèmes correctement spiritualisé, prônent l'humilité et l’intériorité, le respect du fragile et la protection du
faible. Le marché au contraire survolte le narcissisme, donc le non respect de ce que cet état d'esprit juge inférieur et faible, pour aduler ce qu'il considère supérieur (qui est humainement l’inférieur en réalité). Les victimes du charbon ou de l'amiante, les victimes africaines, chinoises, américaines, européennes de la mondialisation, ont directement été sacrifiés par l'autisme du système dominant. Sacrifié par un psychisme incapable de voir le monde qu'elle estime subalterne - quand ce n'est pas "inutile".
Ce n'est pas le progrès technologique qui a tué les mineurs, ce ne sont pas les machines à vapeur, l'apparition du chauffage, mais le narcissisme et le goût de pouvoir et de compétition
féroce qu'il engendre. Un progrès sera fait lorsque nous aurons installé face à chaque pouvoir, des contre-pouvoirs, des autorités justes et incorruptibles, capables d'obliger les dominants à se conformer absolument à l'éthique morale humaine.
Nous aurons fait un grand pas, quand nous aurons véritablement compris des mécanismes psychologiques qui bloquent l'émergence des méthodes respectueuses d'évolution.
Certains accordent
une valeur assez générale à la notion de progrès en faisant remarquer que le domaine de la puissance technique commande en définitive tous les autres domaines de la culture humaine. C'est ainsi que le développement
général de la production d'une part, l'efficacité sans cesse croissante des techniques médicales et chirurgicales d'autre part assure à un nombre d'hommes sans cesse plus
grands de plus grandes chances de survie. Statistiquement l'âge moyen de la mort recule et ce simple fait est évidemment
un critère universel de progrès, difficile à contester car si chacun veut faire quelque chose de sa vie du moins faut-il
pour cela d'abord vivre (pour nier ce progrès il faudrait présupposer que le néant est supérieur à l'être).
L'augmentation générale de la production industrielle donne à un nombre d'hommes sans cesse plus grands la possibilité d'accéder aux loisirs, à la réflexion, à la connaissance, aux joies artistiques. Et c'est sans doute parce que le progrès technique est la condition de tous les autres qu'aujourd'hui
tous les peuples ont adopté les sciences occidentales, poursuivent un effort d'industrialisation. Le développement de la puissance technique est devenu, semble-t-il, un critère
universel de progrès. Denis Huysmans et André Vergèz
nouveau cours traité de philosophie 1974
Le mélange pulsion / progrès, nous venons de le voir, génère dans le monde un puissant sentiment d'insécurité et de danger. Les accidents du progrès obligent l'humanité à trouver sans cesse de nouvelles parades pour assainir et corriger toutes les déviances inhérentes à la mauvaise maîtrise de ce progrès. Moyens de surveillance, simulation de risques, comité de contrôle,
organisation citoyenne, regain pacifiste.. sont bien souvent des réactions réparatrices face à l'utilisation intempérante, téméraire et égoïste du progrès par les puissants
la fin dernière et cachée de l'hyper surveillance des individus par le système, n'est pas la privation de liberté, celle-ci en étant simplement la conséquence, mais la maîtrise absolue par l'homme de ses tendances agressives. Dans ce sens, l'évolution du progrès technique s'ajoute à l'évolution du droit dans le long travail de compression progressive de nos instincts transgressants.
C'est la même chose avec les valeurs libérales : Evidemment, cette façon d'évoluer en utilisant le négatif ne correspond pas à nos aspirations mais à nos pulsions. Elle démontre la
hauteur réelle de notre évolution.
Si nous avions le choix, nous préférerions sans doute une évolution
réfléchie, interdépendante, pacifique, et
fraternelle. Nous préférerions mettre en commun l'ensemble de nos énergies et la richesse de nos différentes cultures, pour accéder rapidement à une maîtrise propre et durable de notre environnement.
Nous arriverions alors sans doute à nous extraire du principe de domination-soumission et de destruction-reconstruction auxquels nous devons encore faire face.
Mais ce n'est pas encore notre réalité et nous devons encore beaucoup travailler et patiemment si nous voulons qu'elle
le devienne.
Sans progrès, il n'y a pas de paix
possible. Sans paix, il n'y a pas de progrès possible Kofi
Annan
De la nécessité d'un sens
Pour sortir de l'évolution insensée.
Le monde ne peut se réduire aux phénomènes, à la simplicité des apparences. La science elle-même en convient lorsqu'elle se confronte au côté « insaisissable »
de la matière, aux limites impensables et évanescentes du concept
temps...
Les positions anti progrès.
Plusieurs points de vue s'opposent à leur façon, au concept de progrès.
C'est le cas d'une certaine forme de pensée occidentale
(bien diffusée depuis quelques décennies par certains journalistes). Pour certains en effet, l'Occident, ayant atteint un degré de puissance technique inégalé, serait qualitativement supérieur à toutes les autres cultures.
Des diverses formes de progrès
évidemment, aucun barème de progrès ne peut être établi entre les civilisations, les sociétés, les groupes humains. Ce que l'on gagne d'un côté nous le perdons bien souvent de l'autre.
1/ progrès technique
2/ progrès du vivant
3 / progrès de l'humanité
La perversion de la technologie
L'homme, le progrès, le bien et le mal
Si l'instinct de domination ne rencontre aucune résistance, il va imposer ce mécanisme violent
comme système général.Les abus du marché
C'est exactement ce qu'il s'est passé à la sortie du communisme.
La technologie protectrice
Ce qui fait l'homme, c'est sa grande faculté d'adaptation. Socrate.
En même temps, ce nouvel amalgame : sentiment d'insécurité / développement du progrès, incite l'homme à inventer de nouvelles parades techniques et législatives, pour se protéger de l'utilisation abusive et dangereuse du progrès par les pulsions négatives.
2002
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
☀️ Découvrir le fondement