1/ L'inconnu comme désir et souffranceTout est magie, ou rien. novalis
L'homme, selon Darwin, est issu du monde naturel. Nous partageons ce point de vue, y ajoutant qu'il évolue. Il passe du monde naturel au monde culturel, récoltant au passage, une quantité de questions métaphysiques.
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
qu'est-ce qui anime le monde ?
qu'y a t-il après la mort ?
etc.).
Ce questionnement est fondamental. Sans lui, notre espèce n'aurait jamais pu évoluer jusqu'à son degré actuel.
Les questions existentielles animent une grande partie des activités humaines. Elles engendrent également de nombreuses angoisses. Ces angoisses génèrent une certaine souffrance. La souffrance, le plaisir, le bonheur, sont des guides de l'évolution. L'individu humain, comme toutes formes vivantes, fuit la souffrance et aspire à une forme de tranquillité. Pour diminuer ces angoisses, l'être humain cherche des réponses à ses questionnements. La métaphysique, la philosophie, la science, sont les fruits de cet extraordinaire mécanisme.
Le psychisme humain est ainsi fait. Aucun barrage n'empêche la montée des questions existentielles et aucune réponse incohérente ne peut les satisfaire … Ce processus oriente l'homme dans un sens précis. Non seulement l'humanité ne peut occulter ses questionnements, mais elle doit y répondre le plus intelligemment possible. Elle est donc condamnée à trouver les réponses susceptibles de lui offrir une paix définitive. Autrement dit, l'humanité est condamnée à la vérité.
La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle. Albert Einstein
L'espèce humaine est une élève exemplaire. Face à ses problèmes existentiels, elle parvient toujours à fournir les meilleures réponses du moment. Sa représentation du monde, par exemple, à évoluer au cours des temps. Les visions superstitieuses, magiques, mythiques, symboliques, religieuses, philosophiques ou scientifiques, se sont succédées dans l'histoire. Les dieux puis dieu, l'univers, le monde et l'au-delà, le fini et l'infini, le temps, l'espace et la matière, furent progressivement découvert par l'esprit humain. Ces grandes notions sont fondamentales pour résoudre nos énigmes. Elles se sont sans cesse affinées au cours des âges.
Les premières explications s'apparentaient à la magie, à la poésie, à l'image*
Pour l’Égypte ancienne, à l'origine de la création, il y a le noun, sorte de fluide primordial. Pour les mésopotamiens, la réunion entre l'eau salée et l'eau douce, donne naissance aux dieux. Pour les Grecs et les romains, tout est issu du chaos.
Selon les aborigènes d'Australie, le temps du rêve est à l'origine du monde. L'extraordinaire cosmogonie africaine, mêle des puissances de bonté, des animaux, le souffle, la terre, etc. La mort, ouvre sur le monde des esprits et des ancêtres. Ce monde est en liaison avec la nature, l'apparition de l'homme est le fruit d'un acte créateur*
A leur façon, les grandes religions ont approfondie ces réponses. Sous une certaine forme, la genèse est une tentative de rationaliser les étapes de la création. En comparant ces grandes métaphores religieuses aux données scientifiques actuelles, on en mesure, d'ailleurs, toute la pertinence.
Pendant longtemps les religions ont réussi à adapter leur livre sacré aux grandes découvertes de la science. La violence était fréquente et l'ingestion difficile. Mais les spiritualités (aidées par la philosophie), finissaient toujours par assimiler les nouveautés et y adapter leurs dogmes. À partir du XIXe siècle pourtant, la religion a dû céder le pas. La rapidité des découvertes a créé un énorme décalage. L'humanité a alors écarté le religieux du pouvoir pour offrir aux sciences, leur pleine mesure. Sciences et philosophies ont donc pris le relais en tant que fournisseurs de sens.
La science ne peut prouver que Dieu n'existe pas, car il y a quelque chose qui lui échappe par nature. Kant
Depuis plus d'un siècle, en Occident, la vision scientifique monopolise les explications du monde. Les scientifiques, convaincus de détenir la vérité, la répandent sur la planète. Seulement, leur point de vue me semble relativement hémiplégique. Il est sans doute temps de quitter cette vision monolithique (et c'est d'ailleurs ce qu'il se passe). Vérité en deçà des Pyrénées, fausseté au-delà, écrit Montaigne… On peut effectivement accorder au monde scientifique, une certaine forme de vérité en deçà du transcendantal. Mais cela ne veut pas dire qu'il l'a détienne au-delà*
C'est la même chose quand des scientifiques ou des philosophes réfutent les convictions spirituelles. Lorsqu'ils nient, par exemple, l'existence de Dieu ou de l'au-delà. Ils expriment alors tout simplement leur opinion.
Bien entendues, les dogmes scientifiques sont fondamentaux. On doit croire à la réalité du temps, de la matière et à celle des mesures ou des mathématiques. La plus grande partie de notre monde est établie sur ces données scientifiques. Ces dogmes sont nécessaires pour l'évolution humaine.
Sciences et religions sont donc établies sur des croyances. Mais d'un simple point de vue logique, la doctrine spirituelle me semble plus judicieuse.
Prenons ce simple exemple.
Depuis des millénaires, l'homme affecte une énorme énergie à percer les énigmes de la création. Pourtant, le principe créateur parvient toujours à dissimuler ses secrets à l'intelligence humaine. Cette simple réalité, selon moi, fait pencher la balance du côté de l'existence d'une puissance supérieure.
L'univers est rempli de magie et il attend patiemment que notre intelligence s'affine. Eden Phillpotts.
Certes, nous avons quitté le monde de la nature pour le monde de la culture. Mais nous avons gardé de nos origines une grande partie de nos comportements. Le combat entre dominant et prétendant en est un exemple.
Quand la religion était dans sa toute-puissance, elle imposait ses dogmes et interdisait leur contestation. Les scientifiques étaient alors sommés de faire coïncider leurs recherches avec celles des livres sacrés.
Lorsque la science a pris le pouvoir, elle est tombée dans les mêmes travers autocratiques. Les temps avaient changé, les moeurs également. La violence physique n'était plus de mise. Mais l'écrasement du religieux par le scientifique fut tout de même une réalité. Il découlait tout simplement des années d'oppression subie par la science.
Il semblerait que nous soyons en train de quitter ces mécanismes archaïques. Depuis quelques temps les antagonismes se relâchent. Le milieu scientifique (dont la souplesse est peut-être supérieure à celle du religieux), établi des points de rencontre. Il s'ouvre de plus en plus aux autres disciplines de la pensée.*
De nouveaux scientifiques, plus tolérants et cosmopolites, s'intéressent aux « vieilles questions métaphysiques ».
Nous ne sommes savants que de la science présente. Montaigne.
La vérité ne se livre pas aux violents qui prétendent la ravir, mais à ceux qui l'attendent avec respect et s'y abandonnent. Emerson
La magie, la religion, chacune à leur tour, ont fourni des explications aux questions métaphysiques. La science est la dernière en date. Sa rigueur a prodigieusement accéléré le développement de la connaissance humaine. Entre les cosmogonies primitives et la physique quantique, le monde a évolué. Entre l'idée d'atome selon Démocrate et le quarks actuel, notre conscience de la matière a changé.
L'histoire des réponses apportées à nos grandes questions existentielles, forme une courbe ascendante. Elle évolue de l'intuition vers la raison, de l'inspiration vers le pragmatisme. Il s'agit d'une marche en avant allant de la magie vers la science.
Cette évolution du magique vers le scientifique, donne le sentiment de monter toujours plus vers la vérité. Cette croyance constitue la base idéologique de certains penseurs. Des philosophes comme Auguste Comte, par exemple, pour qui la science est au sommet des connaissances.
A mon sens ils ont en partie raison. Progressivement, les explications rationnelles du monde, s'approchent effectivement de la vérité. Seulement il s'agit là d'une vérité théorique du monde, une vérité sur le papier. Cet angle extérieur, pour nécessaire et constructif qu'il soit, n'est pas la vérité elle-même. C'est l'image de la vérité, sa formule mathématique.
L'analyse de la souffrance, par exemple, n'est pas la souffrance ressentie, et l'étude du divin (théologie), ne sera jamais le divin vécu (l'extase).
Même si l'homme découvre la formule mathématique de Dieu, elle ne remplacera jamais la sensation de Dieu*.
Autrement dit, l'explication théorique du divin, ne remplacera jamais la sensation d'extase vécue. De la même façon, seul un contact intime avec le principe créateur, permet d'atteindre la vérité absolue.
Toute autre façon de rencontrer la vérité, est relative.
Par contre, chaque « vérité relative » a une importance majeure pour l'évolution humaine. Chaque découverte scientifique, œuvre pour la vérité absolue et sensitive. Elles permettent en effet de réduire progressivement le calibre global de l'inquiétude dans l'humanité. Et la réduction des inquiétudes amplifie au contraire, la quiétude. Une des valeurs majeures pour accéder à la béatitude. Autrement dit, la résolution progressive de nos questionnements, favorise le contact direct avec l'ultime vérité.
2002
la science
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
☀️ Découvrir le fondement