Du
bien suprême « Tout art et toute investigation, et pareillement toute action et tout choix, tendent vers quelque fin. » Aristote, Éthique à Nicomaque
Tous les hommes s'accordent à appeler "bonheur" ce bien suprême, unité présupposée des fins humaines. Mais, le bonheur étant toujours en avant de nous-mêmes, désiré plutôt que possédé, il est difficile de le décrire et le définir.
Saint augustin, compare l'évolution de l'humanité a la vie d'un individu. Sous la conduite de la providence divine, l'humanité passe de la jeunesse, (caractérisée par l'absence de loi), à l'âge viril (époque de la loi), pour accéder enfin à celle de la grâce. Pour le philosophe hipponien, la croissance spirituelle du genre humain correspondant à la lente maturation du corps mystique du Christ.
La philosophie de l'histoire développée par Joachim de Flore en arrive également a cette conclusion : après l'âge de la crainte (l'Ancien Testament) et celui de la foi (Nouveau Testament) l'évangile éternel devra être le règne de l'amour.
Pic de la Mirandole ; Si tu vois un pur contemplateur, oublieux de son corps et retiré dans le sanctuaire de l'esprit, ce n'est plus ici un animal terrestre ni un animal céleste, c'est une puissance divine revêtue de chair d'homme.
Roger Bacon aurait voulu, lui aussi, parvenir à un gouvernement spirituel du monde. Mais l'idéal politique et social du franciscain importe moins que son idéal scientifique. C'est l'expérience, nous dit-il dans l'Opus majus, qui nous fait découvrir les secrets de la nature; c'est grâce à la science expérimentale que l'esprit se repose dans l'éclat de la vérité. « Négliger la science, c'est négliger la vertu.» Roger Bacon a été, en outre, le premier à avoir repris l'opinion exprimée par Sénèque (lettre 64) : « C'est pour moi qu'on amasse, c'est pour moi qu'on travaille [... ], mais il restera beaucoup à faire » pour affirmer que tous les âges contribuent à constituer la science.
La doctrine spinoziste se présente comme l'itinéraire menant de l'erreur à la vérité, de la servitude mentale à la liberté qu'est la béatitude. Cet itinéraire est a la fois une démarche et un effort. Comme pouvoir, comme vie, comme liberté, la substance est le commencement de la réflexion philosophique, c'est-à-dire son principe et son fondement; mais elle en est aussi la fin, entendue comme « souverain bien», puisque la réflexion active sur le monde comme puissance, ne peut viser qu'à son propre achèvement comme pouvoir réfléchi et autonome ou, si l'on préfère, comme adéquation à soi-même et à l'être, vécue comme liberté et comme joie. A ce niveau, c'est-à-dire au cur de la « béatitude», qui est joie par la perfection unifiée du connaître et de l'agir, la substance totale devient substantialité vécue, ou existence substantielle : c'est l'acquiescientia in se ipso.
Descartes déclare : « c'est en usant seulement de la vie et des conversations ordinaires et en s'abstenant de méditer et d'étudier aux choses qui exercent l'imagination qu'on apprend à concevoir l'union de l'âme et du corps». Cela revient à dire que la compréhension de la béatitude se situe en dehors de la philosophie, et on ne peut réaliser cette union qu'en cessant de philosopher (qui, par l'imagination, projette l'esprit hors de l'immédiat).
Nous retrouvons également cette finalité positive dans la réflexion d'Auguste Comte, c'est l'humanité, le Grand-Etre, l'ensemble des êtres, passé, présent et futur qui concourent à perfectionner l'ordre universel.
Le fil directeur de l'explication Kantienne consiste à attribuer aux mouvements de l'histoire dans son ensemble une sorte de nécessité naturelle d'essence finaliste. Ce n'est pas la nature qui réalise la liberté, mais le concept de liberté qui se réalise où s'effectue dans la nature (et nous avons vu que la liberté est un synonyme de la béatitude)..
Même si
pour Kant l'idée d'une paix perpétuelle, d'une fédération des états libres et œcuméniques ou règne les droit de l'homme, n'est qu'une hypothèse, elle devient un chemin obligatoire dans la mesure ou d'une part pour l'homme c'est
un devoir, une règle obligatoire de vouloir l'imposer, et d'autre part, c'est la volonté même de la liberté de se réaliser dans l'homme, il faudrait donc pour empêcher ce processus, une force supérieure à l'évolution
naturelle humaine et supérieure également au désir qu'a la liberté de se réaliser.
La nature prépare l'avènement de la liberté en engendrant une structure et une organisation de la vie sociale propres a symboliser, mais aussi à appeler le règne de la raison.
La société est nature pour l'homme, mais une nature qu'il crée et recrée sans cesse, soumis à sa
liberté dont elle doit devenir une expression toujours purifiée.
Le véritable bonheur c'est l'accord de la nature sensible et de la nature suprasensible. Cet accord, c'est l'idée du
souverain bien comme « totalité de l'objet de la raison
pure pratique »
La philosophie kantienne est une philosophie du droit, qui plonge dans la nature et s'épanouit dans la liberté. La nature est retrouvé au moment où l'art et la culture atteigne leur plus haut point de perfection. L'art achevé devient à nouveau nature. La culture devient la vrai nature de l'homme. Désormais les hommes retrouvent l'immédiat dont il jouissait auparavant dans leur existence naturelle. Mais ce qu'il découvre maintenant ce n'est plus seulement l'immédiat primitif de la sensation et du sentiment, c'est l'immédiat de la volonté autonome et de la conscience raisonnable.
Même s'il choisissent l'évolution technique, morale et sociale comme point d'appuis à leur confiance et à leur soin, ces philosophes concluent tous à une finalité positive de l'humanité. Déjà Descartes un siècle avant, suppose que si nous arrivions à connaître la force et les actions du feu de l'eau de l'air des astres des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maître et possesseurs de la nature et sachant que tout ce que l'on sait n'est presque rien à comparaison de ce qui reste à savoir, on pourra s'exempter d'une infinité de maladie tant du corps que de l'esprit, et même aussi peut-être de l'affaiblissement de la vieillesse si l'on avait assez de connaissance de leur cause, et de tous les remèdes dont la nature nous a pourvu.
En vérité la terre deviendra un jour un lieu de guérison et déjà une odeur nouvelle l'enveloppe, une odeur salutaire et un nouvel espoir. Nietzsche
Je vous enseigne le surhumain écrit
Nietzsche dans le Zarathoustra,
l'homme est quelque chose qui doit être surmonté.
Qu'avez-vous fait pour le surmonter ?
Tous les êtres jusqu'à présent ont créé quelque chose au-dessus d'eux.
Et vous voulez être le reflux de ce grand flot ?
Et plutôt retourner à la bête que de surmonter l'homme ?
Une phrase de Nietzsche semble subtilement indiquer le sens pris par cette formidable humanité en route vers son sur-humain. Elle dit ceci : Tel le devenir du bien PAR le mal !
Progressivement l'humanité libère cette immense puissance qui se trouve neutraliser et perdue dans cette agitation sans ordre dont parle Teilhard de Chardin. Nous disons ici cette immense puissance libère progressivement l'accession facile à la béatitude, au nirvana, mais nous pourrions tout aussi bien dire qu'elle conduit aux trois états qui suivent la perception d'un centre animé de convergence universelle (le centre oméga) dixit Pierre Teilhard de Chardin, c'est-à-dire :
L'univers évolutif et convergent, où Dieu se révèle d'abord comme l'avenir absolu, à travers un seuil d'extase. Teilhard annonce un ultra-humain, c'est-à-dire un dépassement de la collectivité par elle-même, perspective d'un point Oméga, à savoir d'un point de convergence de l'humanité, annonciateur de la parousie. universalis
Même si cet état de béatitude, ce point Omega,
nous semble encore lointain, c'est vers lui que l'humanité se dirige.
Parvenir réellement à l'état souhaité par l'existentialisme, à savoir : que l'être se connaisse antérieurement à toute détermination de lui-même par lui-même, hors de tout signe, concept, jugement, choses, qui sont de la pensée à propos de l'existence, mais ne sont pas de l'existence ne serait-ce pas parvenir à la béatitude. N'est-ce pas ce que Jaspers appelle « prédéterminisme transcendantal » et Bergson " données immédiates » abolir la distinction du sujet de l'objet.
Communier, par cet indétermination avec la conscience de l'univers accéder à cet état ou l'individu fait bloc avec le tout et que l'école appelle le « moi dans le monde » Jaspers
et encore : Il n'est pas possible de préciser formellement le but final de l'histoire ; mais il est possible de préciser un but qui est lui-même la condition à remplir pour
que les plus hautes possibilités de l'homme s'ouvrent à lui : l'unité de l'humanité.
Cette unité ne saurait être atteinte par quelque généralisation
rationnelle fondée sur la science. Celle-ci, en effet, permet l'accord des hommes sur le plan de l'entendement, et non pas leur
être tout entier (... )
Pour qu'un tel rapport vraiment digne de l'homme soit possible, il faut qu'un espace soit disponible ou ne règne nulle violence.
On peut imaginer une humanité unie en vue de sa conquête, au sens d'un ordre où les conditions matérielles de la vie seraient assurées ; et tel est bien le but auquel
beaucoup d'hommes déjà consacrent leurs efforts.
2001
le temps
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
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