"Le Seigneur est miséricordieux ; mon âme le sait, mais il est impossible de décrire cela avec des mots... Il est infiniment doux et humble et si l'âme le voit, elle se transforme en lui, devient tout amour pour le prochain, elle devient elle-même douce et humble."— Saint Silouane l'Athonite (1866-1938), Moine, ermite

Faire de la philosophie, c'est explorer son propre tempérament, et en même temps tenter de découvrir la vérité Iris Murdoch.
Selon notre philosophie, l'humanité a un sens et une orientation. Elle se dirige progressivement vers son ultime perfection. Cette évolution positive procède, en partie, des progrès de la conscience. Notre conscience en effet, passe lentement d'une vision subjective à une vision objective. Elle quitte le « moi » égocentrique pour le « soi » profond (dont parle me semble t-il, Carl Gustav Jung).
Le plus haut degré d'évolution de la conscience, pourrait se qualifier de conscience pure et objective. C'est la conscience de l'extatique, du saint. Un étage encore très difficile à atteindre volontairement pour l'homme ordinaire (l'homme constructeur). Un niveau exigeant trop d'efforts ascétiques pour nos esprits inachevés.
Cette difficulté est dans l'ordre des choses. Elle fait partie de la logique de notre évolution. Pour élaborer notre monde, nous devons porter sur celui-ci un regard subjectif. Il faut pouvoir mesurer, juger, analyser, penser, comparer, passer les choses au tamis de l'ego. Parce que nous réfléchissons et agissons sur notre monde, notre évolution est unique et performante. Dans la conscience pure au contraire, le regard est contemplatif et passif.

« La joie est notre évasion hors du temps. » Simone Weil
L'humanité progressivement s'élabore, grâce à l'énergie de chaque être humain. Pendant cette période de construction, l'homme doit agir construire et créer. Et cette obligation à l'action, rend difficile l'accès à l'état de conscience pure, à l'extase. L'homme constructeur, façonne le monde pour l'humain accompli avenir. Il développe la conscience de l'humanité et la pousse peu à peu vers son plus haut degré d'élévation. Ce degré maximum de conscience atteint, nos descendants accéderont alors à la sérénité, la joie, la quiétude et la contemplation. Nous, hommes constructeurs, sommes des bienfaiteurs, des philanthropes, des altruistes, sans le savoir.
La philosophie de Jean-Paul Sartre souligne avec force un aspect de la conscience sur lequel nous voudrions, nous aussi, mettre l'accent. Beaucoup de philosophes voient en elle une plénitude de l'être, c'est là, nous dit Sartre, une vue inexacte. La conscience se définit comme présence à soi, mais elle est, par le fait même, non coïncidence avec soi, car le sujet pour être présent à soi doit se séparer de soi ; il n'est pas pleinement ce qu'il est, et il veut se faire être ce qu'il n'est pas. G. Madinier «la conscience morale » PUF.
Ce que je comprends de l'explication de Jean-Paul Sartre me paraît tout à fait juste. Pour être dans la plénitude d'elle-même, la conscience doit se vivre et non se penser. Si elle se pense, elle devient extérieure à elle-même. Elle se dédouble en quelque sorte. La parti pensante va s'imposer à l'ensemble de la conscience l'empêchant de ressentir pleinement les choses, d'être pleinement pure. Elle sera dans le monde du sujet, du moi, du je (le monde de la conscience ordinaire). Cette position de la conscience, provoque l'action, l'intention, la réflexion, le jugement etc. (ou ses inverses en négatif, l'ennuie de l'inaction, la souffrance, la frustration). La conscience absolue au contraire, produit la contemplation et l'extase.
Ici nous pouvons distinguer l'être et l'étant. L'être, pour être Être, doit anéantir le sujet en lui-même, autrement dit l'étant.
L'Être a besoin des étants pour s'incarner pleinement.
Donc les étants, autrement dit les hommes constructeurs (dont nous faisons partie), sont essentiels à l'incarnation totale de l'être. Nous sommes essentiel à l'Être, mais en tant qu'hommes constructeurs. C'est pourquoi il nous est si difficile d'accéder à l'extase, à la béatitude, à la plénitude. L'Être, pour s'incarner pleinement, doit vider le sujet de l'homme qu'il choisit. L'être devient alors cette conscience absolue. C'est la béatitude, le nirvana, l'extase, c'est l'Être en soi qui se ressent. Voilà pourquoi, dans cette expérience, il y a dissolution de l'ego, du moi, c'est-à-dire du sujet, de la personne.
Nous retrouvons bien là tout le travail de l'ascète.
Le moi « imparfait » correspond à la conscience banale par laquelle les choses sont vues à travers des milliers d'étiquettes et de stéréotypes superficiels et trompeurs. Le « moi parfait », correspondrait à une vision objective des choses. Ou plus précisément de « la chose » dans la mesure où l'objet vidé de ses « étiquettes » de ses « attributs subjectifs» , propose une «essence unique et absolue ». Essence identique dans toutes choses. Le moi parfait offre un regard délié du sujet et de ses stéréotypes. L'homme atteint alors sa conscience pure son osmose.
an 2001
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
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