LA PAPAUTE ET L'EMPIRE - Par François Laurent Professeur a l'université de Gand. Le catholicisme voulait réaliser l’unité par la force ; il échoua
devant une force plus grande, parce qu'elle est de Dieu, la liberté de la raison. L'unité chrétienne suppose que l'Église est en possession de la vérité révélée par Dieu ; partant de la , elle se croit le droit et le devoir d'imposer ses dogmes a toutes les intelligences; elle tuerait la liberté de la pensée, si elle en avait le pouvoir.
Mais la raison refuse d'accepter les chaînes qu'on voudrait lui donner au nom d'une prétendue révélation. Dieu ne révèle pas la vérité à l'homme ; il lui donne pour mission de la chercher et de la pratiquer dans les limites de son imperfection. La Papauté, expression d'une religion révélée, est incompatible avec cette loi de notre nature ; elle doit donc disparaître. L'unité restera toujours l'idéal de l'humanité; la vérité étant une, la société des âmes doit aussi être une. Mais l'unité ne saurait résulter d'une loi imposée aux intelligences, elle doit être un accord libre et harmonique : la force , loin de pouvoir fonder l'unité , est le plus grand obstacle a sa formation ; elle rend la société spirituelle , fondement de l'unité , impossible ; car la société spirituelle n'existe que par la libre activité et la libre adhésion des intelligences. Cette unité des esprits ne sera jamais absolue, comme l'imaginait l'Église Catholique; elle ne peut pas l'être, par cela seul qu'elle repose sur la liberté. Non seulement il y aura toujours des hérésies, comme dit saint Paul, mais ces hérésies ont leur légitimité divine; elles ne sont pas un crime, mais un droit.
Nous ne regretterons donc pas que l'unité spirituelle du moyen
age se soit brisée. L'homme ne doit pas regretter les langes de son
enfance. L'unité chrétienne n'est qu'une préparation a l'unité , ou si l'on veut, un pas fait dans le développement progressif de l'unité, mais ce n'est pas l'unité définitive que l'humanité est destinée a réaliser. La Papauté était impuissante a fonder l’unité véritable; elle-même s'est chargée de montrer son impuissance.
Ce fut la Papauté qui commença le déchirement de l'Occident Chrétien. Elle a vaincu l'empire, elle a vaincu les hérésies ; va-t-elle consolider l’unité chrétienne ? Le pouvoir qui veut l’unité la plus absolue, la plus tyrannique est aussi l'artisan de la division la plus scandaleuse. Deux, trois Papes se partagent la chrétienté ; ils s'interdisent, ils se foudroient mutuellement, mais ils ne peuvent s'anéantir ; l'unité chrétienne est devenue l'anarchie la plus monstrueuse. L’église ne trouvera pas en elle-même le moyen de mettre fin au schisme ; il faut que le pouvoir séculier intervienne pour rétablir l’unité catholique. La Papauté s'est montrée incapable de remplir la haute mission qu'elle s'était donnée de gouverner le monde. Les rois lui enlèvent la puissance temporelle ; les
conciles lui disputent la puissance spirituelle et s'emparent de la direction de la société chrétienne Le Pape n'est plus le vicaire de Dieu, gouvernant les âmes et dominant les empereurs; il est un chef
LE SCHISME GREC. 531
électif, subordonné aux décisions de la chrétienté, représenté dans
les conciles. Les doctrines de Constance et de Bâle donnent la main
a la reforme. L’unité chrétienne n'
est plus qu'une ruine a ajouter a
toutes celles qui couvrent la Ville Éternelle.
Boutroux
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
☀️ Découvrir le fondement