Le média idéal est une chose — leur réalité en est une autre. Christian Bobin décrivait la télévision comme "le monde qui s'effondre sur le monde, une brute geignarde et avinée, incapable de donner une seule nouvelle claire et compréhensible." Depuis qu'ils sont passés sous la coupe du marché, les mass médias sont devenus, de manière douce et perverse, des instruments de domination commerciale.
Ils n'informent plus : ils conditionnent. Ils ne questionnent plus : ils divertissent. Ils ne servent plus le peuple : ils l'exploitent. Ce sous-chapitre dissèque les mécanismes de cette dérive en cinq pages.
La télévision est devenue un business — et comme tout business, elle sert le profit avant les personnes. La logique du marché a remplacé la logique de l'information et de l'éducation démocratique. Le résultat est un paysage médiatique conçu non pour éclairer les citoyens, mais pour capter leur attention et la vendre aux annonceurs.
Le peuple a été retiré du petit écran. À sa place : les célébrités. Les émissions de jeux patronisent les citoyens, les sous-estiment, réduisent leur intimité au spectacle. Le vrai débat démocratique — celui qui implique le peuple souverain — a été remplacé par la performance narcissique d'une petite élite. Les seuls programmes qui invitent le peuple sont ceux qui l'humilient.
Après avoir été sous la coupe des pouvoirs politiques, les mass médias sont passés sous celle du marché. Une télévision corrompue corrompt la démocratie. Quand la TV sert le pouvoir et l'argent, les citoyens perdent leur capacité de pensée critique. Les médias sont à l'image de ceux qui les dominent.
Avec la chute du communisme, les dominants libéraux sont devenus tout-puissants. Pascal Bruckner notait que "la télévision incite au courage — celui de l'éteindre." Le direct, qui devrait être le format le plus démocratique, est devenu le plus contrôlé. Le massacre des valeurs se fait non par la violence, mais par l'indifférence — en ne les montrant tout simplement jamais.
Une grande partie des heures des télévisions de masse se partagent entre distraction et téléachat. L'argument est toujours le même : après une journée épuisante, le public a besoin de se vider la tête. Mais c'est le marché lui-même qui a créé cette épuisement — par la surcharge de travail, la précarité et l'anxiété. La télévision crée d'abord le stress, puis vend l'antidote. Une boucle parfaite de dépendance commerciale.
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
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