Depuis la chute du communisme et la montée en omnipotence du marché, la télévision commerciale a accompli une opération extraordinaire : elle a pris les pulsions humaines les plus basses — le goût du pouvoir, le culte de la richesse, la sexualité déshumanisée, l'impérialisme culturel — et les a diffusées, jour après jour, comme des valeurs universelles à admirer et à imiter.
Comme l'avait averti Malcolm X : « Si vous n'êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment. » Ce sous-chapitre examine chacune de ces pulsions.
À partir de la chute du communisme, toutes les conditions étaient réunies pour que le libéralisme entre dans une forme d'omnipotence. La télévision commerciale exalte ceux que le marché considère comme des "gagnants" : les dominants, les arrogants, les narcissiques. Le goût du pouvoir n'est pas critiqué — il est adulé. Les plateaux de TV sont dressés en forme d'arènes, animés par des personnalités qui confondent célébrité et légitimité.
Par nature, le peuple n'aspire pas à faire fortune. Il cherche un certain confort matériel — se libérer du danger et de la précarité — sans viser les excès de la richesse. La télévision inverse cette sagesse naturelle : elle vend le mensonge que l'argent est le bonheur, que les riches sont heureux et les pauvres des ratés. Ce n'est pas de l'information. C'est de la propagande au service du marché.
Si le marché est obsédé par le sexe — qu'il rattache au pouvoir — la véritable obsession de l'humanité est l'amour. L'industrie du sexe a remplacé l'amour par un produit commercial, diffusé en boucle comme modèle de sexualité. Ninon de Lenclos le savait déjà : "Il est plus difficile de bien faire l'amour que de bien faire la guerre."
La sexualité imposée à l'humanité par l'industrie du sexe n'est pas la continuation de la libération sexuelle déclenchée par le mouvement hippie — c'en est l'inversion. D'un côté : libération, tendresse, égalité. De l'autre : la survalorisation marchande de la domination, de la vénalité et du goût de l'argent. Une contre-révolution déguisée en liberté.
La télévision est le vecteur le plus puissant de l'impérialisme culturel occidental. Le point de vue des dominés — les premiers peuples, l'hindouisme, l'islam, le Sud global — est dissimulé, incompris ou discriminé. La culture dominante se présente comme universelle. Elle ne l'est pas. Très souvent, le point de vue des autres composantes de l'humanité est occulté.
La rhétorique médiatique de la télévision commerciale est une rhétorique narcissique — des mots particuliers, des cadres particuliers, des silences particuliers. La télévision est un instrument majeur de pouvoir. Laure Adler rappelait qu'elle doit demeurer une arme essentielle de la citoyenneté. Quand elle abandonne cette vocation, elle devient l'outil de propagande le plus efficace jamais inventé.
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
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