Ce texte éclaire notre théorie — l'humanité évolue vers la paix universelle, l'extase, l'amour absolu.Découvrir la Mécanique Universelle
La Beauté se rencontre surtout dans la vue ; mais on la trouve aussi dans ce qu'on entend, dans les combinaisons des mots, et dans la musique de toute espèce ; car les mélodies et les rythmes sont beaux. Si nous nous élevons au-dessus de la sphère des sens, nous y trouverons aussi la beauté : les occupations, les actions, les vertus, les sciences sont belles à leur façon, et il y a une beauté de l'âme.
Qu'est-ce donc qui fait que les corps sont beaux pour ceux qui les voient, et que l'oreille est touchée par des sons harmonieux ? Pourquoi tout ce qui vient de l'âme est-il beau ? Tout est-il beau du même genre de beauté, ou y a-t-il une beauté des corps et une autre beauté des autres choses ? Quelle est cette beauté, ou plutôt quelles sont ces beautés ?
Selon les uns, c'est la symétrie des parties entre elles et par rapport au tout, avec l'éclat d'une belle couleur, qui produit dans les objets visibles la beauté que l'on voit. D'après eux, pour les choses belles en général, c'est la symétrie et la proportion qui constituent la beauté. Mais qu'il y ait quelque chose de plus caché dans la beauté, c'est ce que doit révéler l'examen attentif des beautés spirituelles.
L'âme, en voyant ses parents et ses amis, est saisie d'une sorte d'enthousiasme, parce qu'elle retrouve quelque chose de semblable à ce qu'elle a déjà vu. Elle est toujours amoureuse de la beauté, parce qu'elle est portée naturellement à l'aimer. Lorsqu'elle rencontre sa mère la Beauté, elle la reconnaît, se précipite vers elle, et se rappelle d'elle-même et de ce qui lui appartient.
Quelle ressemblance y a-t-il entre les beautés sensibles et les beautés intelligibles ? Si elles se ressemblent, c'est qu'elles ont la même source. La Beauté des corps est une beauté empruntée. L'âme, au contraire, est belle par elle-même. Lorsqu'elle se tourne vers son principe, elle participe à la Beauté pure et véritable. Voilà pourquoi la beauté du corps touche l'âme : parce qu'elle lui rappelle sa beauté originelle.
« La Beauté se trouve là-haut. »— Plotin, Ennéades I, 6
Allons au Beau lui-même que nos yeux ne peuvent pas voir, que seule l'âme voit, et que nous appercevons sans organes des sens. Remontons à lui, laissons là ce que nous avons ajouté à nos corps, et voyons-le par lui-même. L'homme qui veut contempler le Beau en lui-même doit d'abord se faire beau en lui-même, et chercher à ressembler au Beau.
Comment y parviendra-t-on ? C'est ce que le prêtre de ce temple révèle à ceux qui s'en approchent. « Vous dit-il, que chacun, restant seul avec lui-même, abandonne tout ce qui est du dehors, qu'il regarde à l'intérieur, qu'il ne s'attache à aucune beauté étrangère à sa propre beauté, et s'il voit l'âme immergée dans des passions impures, ne se retrouvant plus en elle-même, qu'il se purife, laisse là tous les obstacles et revienne à lui-même. »
Voici le terme de ce voyage, voici le but de ce pèlerinage : contempler la Beauté suprême. Celui qui arrive là-haut et dont la vue est fixée sur la Beauté absolue, peut-il éprouver autre chose que le plus grand bonheur ? C'est une jouissance si profonde qu'elle ne peut trouver d'expression dans les paroles. Si quelqu'un nous demande ce qu'éprouve celui qui voit la Beauté suprême, nous lui dirons ce que nous pouvons, et nous tairons le reste.
Là, on ne voit plus deux choses — l'observateur et ce qu'il observe — mais l'un et l'autre sont devenus un. Il ne reste pas deux choses : l'observateur et l'observé ; celui qui voit s'unit à ce qu'il voit. Ce n'est plus la vision, c'est l'union. C'est la vision sans dualité. L'âme alors n'a même plus de forme, parce qu'elle est passée dans l'Un. Elle est dans la Beauté suprême, elle est devenue Beauté.
Plotin dans ce traité du Beau décrit avec une précision extraordinaire ce que la Mécanique Universelle appelle l'extase. "L'observateur et l'observé sont devenus un" — c'est la dissolution du moi dans l'amour absolu. "Ce n'est plus la vision, c'est l'union" — c'est la béatitude. Et sa montée vers le Beau — purification, intériorisation, contemplation, union — est exactement le chemin que l'humanité parcourt collectivement depuis ses origines. Ce que Plotin appelle l'Un, nous l'appelons l'essence Amour.
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
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