Plotin est le plus grand philosophe du néo-platonisme et l'un des penseurs les plus proches de la mystique que l'Antiquité ait produits. Ses Ennéades — six groupes de neuf traités — constituent un système métaphysique d'une cohérence et d'une profondeur saisissantes.
Plotin part d'un principe absolu : l'Un. L'Un est au-delà de toute détermination, au-delà même de l'être et de la pensée. Il est la source de tout ce qui existe. Par une émanation nécessaire — la procession — l'Un engendre l'Intelligence (Noûs), qui engendre l'Âme du Monde, qui engendre la matière.
L'Un est parfait parce qu'il ne cherche rien, n'a rien et n'a besoin de rien. Étant parfait, il déborde, et son débordement produit autre chose que lui. Ce qui est produit se tourne vers l'Un et est rempli, et, regardant l'Un, c'est l'Intelligence.
Plotin, Ennéades V, 2, 1
Si la procession est le mouvement de l'Un vers le multiple, la contemplation est le mouvement inverse : le retour du multiple vers l'Un. L'âme humaine, partie de l'Un, aspire à y retourner. Ce mouvement de retour passe par la philosophie, la vertu, la purification — jusqu'à l'union mystique avec l'Un.
Porphyre, le disciple de Plotin, rapporte que son maître atteignit plusieurs fois l'union avec l'Un — l'extase. Dans cet état, la distinction entre le sujet et l'objet disparaît. Il n'y a plus ni pensée ni penseur — seulement l'Un.
Souvent, m'éveillant à moi-même depuis le corps, et devenant extérieur aux autres choses, mais intérieur à moi-même, je contemple une beauté merveilleuse. Je suis assuré alors d'appartenir à la meilleure part, d'avoir la vie la plus excellente, d'être uni au divin.
Cette expérience que décrit Plotin est exactement l'état d'extase que la Mécanique Universelle pose comme la destination ultime de l'évolution humaine.
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
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