Ce texte éclaire notre théorie — l'humanité évolue vers la paix universelle, l'extase, l'amour absolu.Découvrir la Mécanique Universelle
Le récit constitue l'identité du personnage, qu'on peut appeler son identité narrative, en combinant deux composantes. D'un côté, il y a la mêmeté — l'idem, ce qui reste le même à travers le temps, le substrat permanent. De l'autre, il y a l'ipséité — l'ipse, le soi comme promesse tenue, comme fidélité à soi-même dans le maintien de soi.
Raconter, c'est toujours raconter autrement. Et c'est toujours raconter mieux ou moins bien. Le récit est jugeable. Il peut être vrai ou faux, plus ou moins fidèle aux événements, plus ou moins juste envers les personnes. Cette dimension évaluative du récit est irréductible. L'homme est fondamentalement un être de récit : homo narrans.
L'identité d'une personne, d'une communauté, se comprend comme une identité narrative qui peut intégrer le changement, la mutabilité, dans la cohésion d'une vie. Le sujet apparaît alors comme lecteur et scripteur de sa propre vie, selon le vœu de Proust.
Tout ce qu'on dit du temps l'est au moyen du récit. Temps et récit sont inséparables. Le temps devient temps humain dans la mesure où il est articulé de manière narrative ; en retour, le récit est significatif dans la mesure où il dessine les traits de l'expérience temporelle.
Ce que le récit fait avec le temps, en le rapportant, en le racontant, ce n'est pas seulement d'en donner une image ou une représentation. C'est d'en constituer la réalité humaine propre. Avant le récit, il y a le temps de la physique — une suite d'instants homogènes. Avec le récit commence le temps humain — une durée chargée de sens, de commencement et de fin, de promesse et d'accomplissement.
« La vie est en quête de récit. »— Paul Ricœur
Deux expériences maîtresses de la capacité humaine méritent d'être soulignées : la promesse et le pardon. La promesse est la figure de la capacité à tenir dans le temps, à s'engager envers l'autre et à se maintenir dans l'être ainsi tenu. La promesse est l'acte par excellence qui se situe au pôle de l'ipséité — du soi qui répond de soi devant autrui.
Le pardon, lui, est la figure de la capacité à délier, à défaire la dette contractée. Si la promesse désigne la capacité à se projeter vers l'avenir, le pardon désigne la capacité à se défaire du passé, à briser la chaîne de la dette et de la vengeance. Promettre et pardonner sont les deux grandes capacités humaines qui font de l'homme un être digne de confiance.
La thèse centrale de ce livre est que l'ipséité d'une personne implique l'altérité à un degré si intime que l'une ne se laisse pas penser sans l'autre. Le soi ne peut pas se constituer seul. Il a besoin de l'autre pour se comprendre lui-même. Soi-même comme un autre suggère d'emblée que l'ipséité du soi implique l'altérité à un degré si intime que l'une ne se laisse pas penser sans l'autre.
La phénoménologie de l'homme capable — capable de parler, d'agir, de raconter et de s'imputer ses propres actes — culmine dans la reconnaissance mutuelle. Je ne puis me reconnaître moi-même que si je reconnais l'autre comme moi-même. C'est là le fondement éthique de toute vie en commun.
Ricœur et son concept d'identité narrative — "la vie est en quête de récit" — rejoint la vision de la Mécanique Universelle : l'humanité se raconte elle-même à travers l'histoire, et c'est en se racontant qu'elle se comprend et se dépasse. Sa philosophie du pardon — briser la chaîne de la dette et de la vengeance — est exactement ce vers quoi nous pensons que l'humanité accomplie se dirige. Et "soi-même comme un autre" préfigure la dissolution des frontières entre les êtres que l'extase accomplit.
Habermas — L'agir communicationnel · Gadamer — L'herméneutique · Merleau-Ponty
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
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